‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 32 sur 220 · M. L'ABBE JACQUES COTE · texte numérisé non relu

M. L'ABBE JACQUES COTE

M. l'abbé Côté vit le jour à Saint-Romuald, comté de Lévis, le 5 avril 1829. Il fit ses études classiques et théologiques au Séminaire de Québec, et fut ordonné prêtre le 6 juin 1856 par Mgr Charles-F. Baillargeon, archevêque de Québec. Il fut vicaire à Saint-Germain de Rimouski, puis à la Rivière-du-Loup, desservant en même temps la paroisse de Saint-Antoine et la mission de Détour du Lac Témiscouata. En 1859 Mgr Baillargeon l'envoya desservir les Canadiens disséminés un peu partout dans le diocèse de Chicago, où il resta pendant trente-sept années, dont vingt ans à Chicago même, comme curé des Canadiens, de 1864 à 1884, où il a laissé les souvenirs de son dévouement inlassable et de son zèle apostolique. En 1896, la maladie et le poids des années se faisant sentir, il retourna au Canada pour passer ses dernières années à l'Hospice Saint-Joseph de la Délivrance, à Lévis, où il mourut le premier jour de mars 1911, âgé de 82 ans.

Le 4 mars 1905, paraissait dans L'Opinion Publique de Worcester un article où l'auteur faisait à grands traits l'historique du séjour de Fréchette à Chicago. A ce sujet, M. Fréchette, en date du 11 mars, adressait à L'Opinion Publique la lettre suivante:

“J'ai lu avec intérêt l’article si sympathique que vous me consacrez dans votre journal du 4 courant, et ce serait de l'ingratitude de ma part si je ne vous remerciais de ia bienveillance avec laquelle vous me rappelez l'époque où je faisais partie, comme vous, de la grande famille des Canadiens expatriés.

“Vous me permettrez cependant, dans l'intérêt de la vérité, de rectifier quelques légères inexactitudes qui se sont glissées dans votre article.

“D'abord, il n’y a jamais eu bisbille entre moi et mon excellent ami Théophile Guéroult au sujet de L'Observateur, et cela pour la

Louis-Honoré Fréchette à Chicago 59

bonne raison qu'il n'eut jamais rien à faire avec la publication de ce journal, qui était exclusivement ma propriété et celle du nommé Barclay. Il est vrai que ce dernier s'imaginait probablement être le seul propriétaire, ou n'avait pas grande foi dans l'avenir de notre entreprise, car un beau matin il n’apparut pas à nos bureaux et son éclipse dure encore.

“L'Observateur avait vécu.

“L'Amérique, qui lui succéda, eut une fin plus retentissante. C'est à la fondation de cette dernière feuille que M. Guéroult prit une part active, avec Pinta comme imprimeur, et moi comme rédacteur.

“Ce journal, comme vous dites, appuyait le parti républicain. Or, en 1870, pendant que j'étais en promenade au Canada, Guéroult tomba gravement malade et confia la direction du journal à un professeur suisse du nom de Lafontaine.

“C'était justement au moment où éclatait la guerre franco-prussienne. Quand ces résolutions dont vous parlez furent votées par la convention de Springfield, Illinois, Lafontaine trouva le moyen de persuader à l'organisation républicaine de Chicago qu'il pouvait, à l'aide de L'Amérique, contrôler la population française de notre région pourvu...

“Bref, Guéroult était mourant: j'étais en voyage; la trahison s’accomplit. Et quand je reçus la dépêche qui me rappelait sur les lieux, il était trop tard pour réagir. Notre journal, jusque-là prospère, était irrémédiablement perdu.

“Je me permets ces rectifications, en justice principalement pour la mémoire de mon ami Guéroult, qui fut toute sa vie un fervent patriote e. un brave homme sous tous les rapports.

“Je suis heureux de vous remercier aussi pour vos bonnes paroles à l'adresse de mon noble ami, M. l'abbé L.-J. Côté, l’ancien curé canadien de Chicago. Vous ne sauriez trop faire l'éloge de cette généreuse nature, de cette belle âme, et de ce cœur d'apôtre. Tous ceux qui l’ont connu et qui lui survivront diront de lui: ‘Il a passé en faisant le bien.”

“Ici une autre rectification: l'abbé Côté n’est pas né à Saint-Joseph de Lévis, mais à Saint-Romuald, dans le même comté.

“J'ajouterai, enfin, que Pierre Cauwet n’a jamais habité Chicago. Il rédigeait, dès 1862, le Courrier de San Francisco, d'où son talent poétique faisait du bruit même en France. Au début de la guerre de

1870, à la nouvelle des premiers revers de l’armée française, il s'embarqua à la Nouvelle-Orléans pour accourir au secours de sa patrie, et jamais plus on n'en entendit parler.

“Je termine en vous priant d’agréer, avec mes remerciements réitérés, l'expression de mes très sincères cordialités. Louis Fréchette.”

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