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véritable protecteur des Canadiens émigrés dans les Etats de l'Est, publiant chaque semaine des détails importants sur les groupes de Canadiens dispersés un peu partout et leur triste situation religieuse. C'était vers cette époque que Mgr de Goësbriand, le premier évêque de Burlington, et Mgr Williams, évêque de Boston, faisaient des instances auprès des évêques du Canada pour leur envoyer des prêtres dont la présence était si grandement désirée parmi les groupes d’expatriés qui ne comprenaient pas la langue du pays.
Nous entrons ici dans l'époque où les premiers missionnaires du Canada commencèrent à venir en nombre dans les différents centres des Etats de l'Est pour y établir l'organisation paroissiale. On sait comment ils ont réussi, malgré les misères et les entraves de toutes sortes qui leur ont été le plus souvent suscitées dans l’accomplissement de leur tâche héroïque. Ils furent les vétérans du sacerdoce canadien aux Etats-Unis, dont quelques-uns survivent encore aujourd'hui. Ils furent, pour la plupart, des bâtisseurs d’églises, d’édifices religieux et de charité, etc. M. Druon trouvait ample matière à exercer son talent d'écrivain dans les articles qu’il écrivait en faveur de la desserte des nôtres aux Etats-Unis par des prêtres de leur race et langue.
Dans son discours de bienvenue aux délégués de la quatrième convention, le 7 octobre 1868, à Springfield, M. Moussette recommandait l’organisation d’une maison de missionnaires pour pourvoir aux besoins spirituels des nôtres aux Etats-Unis. Mgr de Goësbriand, trouvant que les choses allaient trop lentement à son gré, se rendit à Québec, puis à Montréal. Dans cette dernière ville il adressa la parole à la salle académique, dans les premiers jours du mois de mai 1869, pour exposer le but de la société des missionnaires. Mgr Bourget se montra on ne peut plus disposé pour seconder les vues de Mgr de Goësbriand, voyant en cela un puissant motif d'agir pour le bien des âmes et de la religion, et de suite il lui donna un prêtre qui, par la suite, accomplit de grandes choses de ce côté-ci de la ligne 45e: ce fut M. l'abbé L.-G. Gagnier qui, après une longue carrière sacerdotale dépensée au service de ses compatriotes émigrés, mourut à Springfield, Massachusetts, en 1908. Les abbés Pelletier, Lavoie, Verdier, Gendreau, Boissonneault et autres, répondirent à l'appel de Mgr de Goësbriand et l'invitation de Mgr Bourget et vinrent desservir les groupes canadiens de la Nouvelle-Angleterre, dont la situation était des plus
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pénible, étant contraints d'entendre la parole de Dieu dans une langue qui leur était étrangère, et l'exercice de leurs devoirs religieux étant aussi sérieusement entravé par suite de l'absence de prêtres de leur langue.
Une situation aussi déplorable ne pouvait longtemps subsister sans un danger grave pour le salut des âmes et la survivance de la nationalité. La première phalange d’apôtres qui vinrent ainsi trouver leurs frères exilés sur la terre étrangère trouvèrent ample matière à l'exercice de leur zèle et, de leur côté, firent connaître les besoins impérieux qui réclamaient la présence d’autres ouvriers pour la vigne du Seigneur. Tous ces faits et événements étaient relatés par l'abbé Druon dans son journal le Protecteur Canadien, et les échos s'en répercutaient dans la presse du Canada qui reproduisait les articles du vaillant journal. Un certain abbé Victor écrivait ce qui suit dans le Pionnier de Sherbrooke en mai 1869:
“Cependant, il faut bien avouer dans l’état religieux des Canadiens, un défaut d’entraînement, peut-être une tendance à l’assoupissement, dûs au manque d'organisation régulière. 11 fallait un réveil énergique, il fallait qu’un souffle puissant vint disperser les cendres et ranimer le feu qu’elles couvaient. Une grande voix s’est fait entendre. Le Protecteur Canadien, en évoquant le souvenir de la patrie, en rappelant les autels et le clocher du village natal toujours cher au cœur canadien, le mouvement religieux prit consistance et s'affirme toujours davantage.
“L'œuvre des missions canadiennes est à s'organiser avec les souhaits sympathiques et la coopération active de l’épiscopat des Etats-Unis et du Canada.”
L'élan était donné. M. l'abbé J.-F. Audet, de Saint-Hyacinthe, avait fondé une paroisse canadienne (St-François-Xavier) à Winooski, dans le Vermont, au printemps de 1868, et désormais les émigrés canadiens auraient, pour pourvoir à leurs besoins religieux, des prêtres de leur nationalité.
Veut-on avoir une idée du mouvement d'émigration à cette époque? Durant la dernière semaine du mois d'avril 1869, les trains venant du Canada, passant par St-Albans, transportèrent 2300 émigrés Canadiens. Les Américains allaient au Canada engager des employés, et le 3 mai un train en amenait environ 600 “dans des wagons fermés à clef afin d'éviter toute confusion et rendre toute désertion impossi-
ble” Si l’on considère qu'il y avait aussi les lignes de chemins de fer passant par Portland, Maine, et celles de l'Etat de New-York, on comprendra plus facilement les proportions gigantesques que prenait le dépeuplement des campagnes de la province de Québec.
Le Protecteur Canadien recrutait ses abonnés partout. M. Moussette s’occupait du côté financier de l’entreprise. Le journal se répandit jusque dans les Etats les plus reculés de l'Ouest où M. Moussette voyageait. Au printemps de 1869 M. Moussette vendit sa part du journal à M. Druon, qui en continua seul la publication, prenant un peu plus tard Frédéric Houde comme rédacteur.
Après un peu plus de trois ans d’existence, le Protecteur Canadien cessa de paraître, à la suite d’un malheur qui fut le signal de sa disparition. Au commencement de septembre 1871, l'édifice où était publié le Protecteur Canadien fut incendié. C'était pendant qu'avait lieu à Worcester, Massachusetts, la septième convention canadienne, et à laquelle assistaient M. Moussette et M. Houde. M. Druon était sous l'impression que M. Moussette s'était définitivement retiré du journalisme, et, à son insu, il vendit ses listes d'abonnés à Georges-E. Desbarats qui publiait à Montréal L’'Opinion Publique, un journal hebdomadaire illustré, avec une édition spéciale (L'Etendard National, Ferdinand Gagnon, rédacteur) pour les Etats-Unis.
M. Moussette chercha à racheter de M. Desbarats ces listes d’abonnés et le titre du journal, mais ses tentatives échouèrent, et quelque temps après il fondait avec M. Houde L’Avenir National.
M. A. MOUSSETTE
M. Antoine Moussette naquit à Saint-Césaire en 1833. Il se fixa à St-Albans, où il se livra au commerce et y fonda la société St-Jean- Baptiste. Il prit une part active à tous les mouvements pour l'amélioration sociale et religieuse de ses compatriotes. Il prit part à toutes les conventions et il sacrifia largement une bonne partie d’un commerce lucratif pour aider la cause nationale par la publication de ses deux journaux successifs. Il retourna au Canada quelques années plus tard avec la réputation méritée d'avoir été utile à ses compatriotes des Etats-Unis. Il fut pendant de longues années gouverneur de la prison de Huii, province de Québec.
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Les Canadiens qui s’occupaient il y a quarante ans du mouvement d'organisation des émigrés, ont longtemps gardé un bon souvenir de celui qui, pendant la période la plus critique pour l'existence nationale des nôtres aux Etats-Unis, a sacrifié un brillant avenir, peut-être même la fortune, pour travailler à l'intérêt de ses compatriotes émigrés. M. Moussette avait été l’âme du mouvement qui organisa “L'Union des Sociétés Canadiennes des Etats-Unis.”\
Nous avons nommé Frédéric Houde. Il a laissé une marque profonde dans le journalisme des Etats-Unis, où il a séjourné pendant cinq ans. Il en sera encore question plus longuement dans des chapitres subséquents.
Avant de clore ce chapitre, nous allons donner quelques détails sur la facture du Protecteur Canadien, et sur certains événements qu’il a enregistrés. C'était une feuille de quatre pages de sept colonnes, paraissant le jeudi. Au-dessous du titre du journal était la devise: “Aime Dieu et va ton chemin.” Et au milieu de la feuille, entre les tableaux des tarifs des abonnements et des annonces, cette autre avec l'image d’un castor: “Souvenir de Mon Pays.”
Le numéro du 1er juillet 1869 donne un compte rendu de la fête de St-Jean-Baptiste à St-Albans et Burlington, Vermont. ainsi qu’une correspondance de Biddeford, Maine, sur la célébration de la fête nationale dans cette ville. Il n’y est pas question de la grande célébration qu'il y eut cette année-là à Worcester, Massachusetts. Dans les nouvelles religieuses il est dit que “le diocèse de Boston comprend tout l'Etat du Massachusetts avec une population catholique de 350,000 âmes.” “L’automne dernier,” continue le journal, “il y avait 128 églises et 8 autres en voie de construction, 36 chapelles ou stations, 88 séminaristes, 13 écoles paroissiales fréquentées par 6000 élèves, 5 asiles contenant 550 orphelins et orphelines, et 23 académies ou institutions religieuses pour les jeunes gens des deux sexes.” Quel chemin parcouru depuis 1869! Le diocèse de Boston d’alors comprend aujourd’hui, outre le siège métropolitain, 6 sièges suffragants.
Ce même numéro du 1er juillet contient une correspondance de Southbridge signée Alexandre Lataille, rendant compte d’un recense-
1. Cette première fédération des sociétés nationales aux Etats-Unis comptait. en 1873, quarante-trois sociétés, tant dans les Etats de l'Est que dans ceux de l'Ouest. Elle cessa d'exister en 1881.
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ment que celui-ci avait fait. “Je vous envoie aujourd’hui,” dit-il, “le recensement de Southbridge, dont je suis l’un des plus anciens citoyens, bien que je ne sois âgé que de 23 ans. Quand mon père, Joseph Lataille, est arrivé ici je n'avais que dix-huit mois, et il n’y avait que trois familles canadiennes; maintenant on en compte 360, avec une population de plus de 2000 âmes, et je pense que le nombre va encore augmenter.”
Le correspondant apprend aussi qu'il n’y avait pas alors de société de bienfaisance à Southbridge, mais que quatorze d’entre eux appartenaient à la société St-Jean-Baptiste de Worcester; qu'il y avait 392 jeunes gens dont 14 étaient employés dans les magasins, qu’un prêtre français, M. l'abbé Baret, y était résident, de même qu’un médecin canadien, le Dr Joseph Fontaine.
LE REV. ZEPHIRIN DRUON.
Le Rév. Zéphirin Druon était un prêtre français venu d'Europe avec Mgr Rappe, plus tard évêque de Cleveland, Ohio, et celui qui fut plus tard Mgr de Goësbriand, évêque de Burlington, Vermont. Mgr Rappe a été inhumé à St-Albans, près de son vieil ami. Au lendemain de la mort du Rév. M. Druon, survenue à St-Albans le 27 janvier 1891, le St. Albans Messenger lui consacrait la notice suivante que nous traduisons :
Le Rév. Zéphirin Druon peut être considéré comme le prêtre pionnier du diocèse du Vermont, car il a vu 38 années de service en cet Etat, dont 25 ans au moins passés à la cure de l’église Ste-Marie. Avant d'entreprendre ses labeurs ici, le Père Druon avait été à Rutland et Montpelier, venant directement de cette dernière place ici. I1 fut l’un des deux vicaires généraux de ce diocèse et, depuis le Troisième Ccncile de Baltimore, en 1888, il était curé inamovible et il était l’un des conseillers de l'évêque de Goësbriand. Le Père Druon vint en ce diocèse peu après l’arrivée ici de l’évêque. Il avait continuellement exercé le ministère ici jusqu’au 1er janvier 1889, alors qu’il partit pour l’Europe dans le but de récupérer sa santé, et il fut absent dix-huit mois. Ù
Le défunt était âgé de 62 ans et il laisse sa mère, âgée de 89 ans, une sœur et deux neveux—tous demeurant en France. Le Père Druon avait été un infatigable travailleur et durant son ministère en cet Etat il a bâti 14 églises, y compris la vieille église Saint-Pierre à Rutland, et celles de Brattleboro, Montpelier et Northfeld, et plusieurs autres endroits. Il a aussi complété la construction de
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l'église Ste-Marie en ce village. Depuis son retour d'Europe sa santé a graduellement décliné et bien qu'il ne voulût pas admettre, jusqu’à quelques jours avant sa mort, que son état était précaire, ses amis, il y a plusieurs semaines, notèrent un déclin rapide dans sa vitalité. Mgr de Goësbriand était ici lundi et le Père Coffey est arrivé de Rutland lundi soir. Plusieurs autres membres du clergé étaient ici et avaient été avec leur vénérable collègue durant la journée, mais le Père Coffey était le seul pasteur présent lorsque le Père Druon rendit le dernier soupir.
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