CHAPITRE TREIZIEME
Les débuts de Ferdinand Gagnon
GT ERDINAND Gagnon, alors jeune homme de dix-neuf ans,
GS demeurait à Concord, New-Hampshire, avec ses parents. Il avait subi l'influence de Lanctôt et du Dr J.-N. Cadieux, de Syracuse, New-York, son lieutenant dans le mouvement de l'indépendance. Le jeune Gagnon faisait des discours en faveur de l'indépendance du Canada, et en même temps il fit la campagne présidentielle de 1868 en faveur du général Grant. Partout où il adressa la parole on reconnut qu’il avait des talents et que déjà il était un orateur qui promettait.
Peu après la campagne présidentielle, M. Gagnon se transporta à Manchester, New-Hampshire. Durant l'hiver de 1869, le jeune Ferdinand se lia d'amitié avec le Dr A.-L. Tremblay, et sous la raison sociale de A.-L. Tremblay & Cie, tous deux fondèrent à Manchester la Voix du Peuple, dont le numéro prospectus parut le 1er mars. Sa devise, “Attendre et Espérer,” indiquait que le nouveau journal était attaché aux idées et aux œuvres de M. Lanctôt. Celui-ci était imprimé par Charles-F. Livingston. La Voix du Peuple ne vécut que six ou sept mois.
Le Dr Tremblay fonda à Manchester la société Saint-Jean-Baptiste, et se créa une clientèle lucrative. Le mouvement d'émigration à la nouvelle province du Manitoba, dont M. Charles Lalime devint l'agent dans la Nouvelle-Angleterre, l’entraîna dans son courant vers ces régions encore presque sauvages. Il en revint en 1877 et mourut à Manchester au mois de mai 1879. Ses restes furent inhumés à Saint-Jacques le Mineur, Québec.
Après la discontinuation de la Voix du Peuple, M. Gagnon vint à Worcester, Massachusetts. M. l'abbé J. B. Primeau, le premier
Les débuts de Ferdinand Gagnon 69
curé des Canadiens de Worcester, venait d'arriver et avait fondé la paroisse Notre-Dame, au mois de septembre 1869. (C'était la quatrième paroisse exclusivement canadienne établie dans le Massachusetts.! La population canadienne était alors de moins de 2000 âmes, mais les Canadiens étaient déjà nombreux dans les différents villages autour de Worcester, dans un rayon de vingt milles. M. Gagnon vit de suite que le champ était propice pour un journal français, et il fonda une société de publication dont les officiers étaient les suivants: P.-L. Paquette, L.-P. Lamoureux, Antoine Lamoureux, père, L.-A. Létourneau, Ed. Charette, Ed. Lafaille, F.-X. Brazeau, G.-A. Demers. Les autres actionnaires étaient Antoine Moussette, de St-Albans, Vt.; J.-B. Gagnon et Emery Lapierre, de Concord, N. H.; Séraphin Lacasse, de Manchester, N.-H.; F. X. Marchessault, de Spencer, Mass.; M. l'abbé J.-B. Primeau, Joseph Marchessault, N. Marchessault, Joseph Désautels, Z. Lamotte, Léon Robert, Adrien-D. Girardin, M. Proulx, Cyrille Paquette, Louis-T. Tougas, Cléophas Laliberté, Henri Nault, Jean-B. Tougas, Joseph Forest, Moïse Beaudet, P. Brière, tous de Worcsster.
Le premier numéro de L’Etendard National, tel était le nom du nouveau journal, parut le 3 novembre 1869. Sous de tels auspices, on avait raison de croire que son avenir était assuré. Il y avait à cette époque, à Montréal, M. Georges-E. Desbarats qui, avec L.-O. David et J.-A. Mousseau, avait fondé un magnifique journal illustré L’Opinion Publique, qui eut dans le temps une vogue méritée. C'était une publication essentiellement littéraire à laquelle contribuaient les hommes les plus fameux de notre littérature nationale: Oscar Dunn, Arthur Buies, Gérin-Lajoie, A. Achintre, Louis Fréchette, Pamphile Lemay, Joseph Marmette, etc., alors dans le prisme de leur jeunesse. Or, ce M. Desbarats, qui possédait une grande fortune, était aussi doué de beaucoup d'énergie et d'initiative, et par-dessus tout il était homme d’affaires; il voulait répandre son journal aux Etats-Unis. A cette fin il se mit en relations avec M. Gagnon, et le 7 novembre 1870, c’est-à-dire un an après sa fondation, .’Etendard National paraissait à Montréal comme édition de L'Opinion Publique pour les Etats- Unis. M. Gagnon en était le principal rédacteur.
1. Pittsfleld et Southbridge avec des curés français, et Holyoke avec un curé canadien, existaient depuis quelques mois.
70 Ilistoire de la Presse Franco-Américaine
A part L'Opinion Publique, M. Desbarats publiait aussi à Montréal un journal illustré anglais, le Canadian Illustrated News, journaux hebdomadaires, et il fondait à New-York le Daily Graphic, le premier journal quotidien illustré publié aux Etats-Unis.
L'Etendard National eut une grande circulation aux Etats-Unis. C'était un journal d’une très belle apparence typographique. La rédaction faite par MM. David, Mousseau et Ferdinand Gagnon était de premier ordre. Au commencement de l’année 1873, M. Gagnon cessa ses relations avec MM. Desbarats & Cie pour s'associer avec Frédéric Houde et fonder le Foyer Canadien, tout en continuant à collaborer à L'Etendard National.