CHAPITRE QUATORZIEME
La carrière et les œuvres de Ferdinand Gagnon
le jeudi 15 avril 1886, il parut à Worcester, un volume sur la vie et les œuvres du défunt.! Ce volume contient une notice biographique du défunt écrite par Benjamin Suite, l’auteur et historien canadien bien connu, l’oraison funèbre prononcée en l’église Notre-Dame des Canadiens de Worcester par le chanoine J.-R. Ouellette, supérieur du Séminaire de St-Hyacinthe, les conférences et principaux discours faits par le défunt au cours de sa carrière. Ce fait démontre bien comme était populaire celui que l'on considérait désormais comme le véritable créateur sur des bases solides du journalisme canadien des Etats-Unis. Avant lui, il n’y avait eu, pour ainsi dire, que des tentatives plus ou moins réussies, parmi lesquelles il faut mettre le Protecteur Canadien au premier rang. C'était encore l’époque des tâtonnements. Mais avec l’époque du Travailleur les incertitudes, les indécisions cessent, les idées se précisent et prennent corps; le journalisme représente un principe qui va sans cesse en s’affñirmant, et ce principe s'identifie dans la personnalité de Ferdinand Gagnon. Cet homme fit de grandes choses dans sa carrière relativement courte. Il n'avait que dix-huit ans lorsqu'il vint aux Etats-Unis, où il ne tarda pas à se livrer à l'œuvre capitale de sa vie, la conservation du sentiment national parmi ses compatriotes émigrés, au moyen du journal, jusqu’à ce que, après une carrière de dix-sept ans toute remplie de labeurs et de dévouement, une mort prématurée vint l'enlever dans toute la virilité de son âge et la maturité de son talent.
1. ‘Ferdinand Gagnon, sa Vie et ses Oeuvres’ Worcester, Mass. C. F. Lawrence & Cie., imprimeurs, 195 rue Front, 1886.
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Benjamin Sulte était un ami intime de Ferdinand Gagnon. Après la mort de celui-ci il écrivit une biographie que nous ne saurions faire mieux ici que de reproduire en partie.
Né le 8 juin 1849 à St-Hyacinthe, au milieu d'une population où le pur sentiment canadien-français régnait alors comme aujourd'hui dans toute sa plénitude, M. Gagnon n'eut qu'à ouvrir son cœur aux nobles inspirations du patriotisme qui se faisaient sentir partout autour de lui. Il étudia au Séminaire de sa ville natale et, dit un de ses biographes, “Il s'y fit remarquer par ses talents transcendants et son assiduité au travail. Doué d'un caractère jovial et aimable, il ne se connaissait point d’ennemis parmi ses confrères de collège.”
Le moment vint où il lui fallut en appeler à son courage et à son industrie pour vivre.
En 1868, les Canadiens se dirigeaient par masses vers les Etats- Unis. Cette année-là M. Gagnon alla d'abord demeurer à Concord, dans le New-Hampshire. En arrivant, il y fit connaissance avec les sommités politiques. En ce moment il pensait que nos compatriotes se dégoûteraient du séjour de la république américaine et que cet exode aurait une fin prompte et décisive. Ne soupçonnant pas ce que personne, en effet, n'avait su prévoir, il ne considérait la situation qu'à un point de vue momentané. Il est même probable qu'il parla et écrivit alors sans penser qu’un jour les Canadiens pèseraient dans la balance des Etats de l’Est.
Mais il ne tarda pas à s’apercevoir que l’émigration était d’une manière permanente attachée au sol de la république. Dès lors ses idées s'orientèrent vers le meilleur parti que les Canadiens émigrés pourraient tirer de la situation sous le triple rapport religieux, national et politique. Il entrevit le grand rôle que notre élément pouvait jouer dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre. Mais il est probable que la possibilité d’un gouverneur d'Etat de notre race et des grandes sociétés fédératives qui existent aujourd’hui ne lui apparaissait qu’à travers le prisme d’un beau rêve. Et cependant ce rêve est une réalité aujourd’hui.
Lorsqu'il partit pour Manchester, en 1860, il s’apercevait que l’émigration canadienne était sérieuse, qu’elle s’attachait au sol. C'était, au reste, l’époque où le mouvement de la formation des paroisses commençait à prendre corps dans les principaux centres. Pendant ce temps-là on continuait à croire au Canada que nos gens reviendraient
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du jour au lendemain. Vaine illusion! L'organisation paroissiale et scolaire aidant, les forces canadiennes devaient prendre d'années en années une énorme expansion. M. Gagnon vit celn, il creusa le problème et se convainquit que le Canada français allait recominencer de ce côté-ci de la frontière. Avec le Dr Tremblay, il fonda la Voix du Peuple, dans laquelle il commença de parler comme un écrivain qui pense, mais qui néanmoins n'a pas encore adopté un programme défini.
C'est en arrivant à Worcester qu'il épousa, le 16 octobre 1869, Mlle Malvina Lalime. Il avait à peine vingt ans. En cela, comme sur plusieurs autres points, il donnait un bon exemple à ses jeunes compatriotes en se mariant à un âge aussi tendre. Car les mariages précoces font les grandes familles, et les grandes familles font qu'une race se multiplie vite et conquiert plus facilement sa place au milieu des autres races qui l'entourent dans un pays comme celui-ci. De cette union naquirent dix enfants, dont sept étaient vivants à la mort du chef de la famille, au mois d'avril 1886, après seize ans et demi de mariage.
C'était une tâche bien difficile, il y a quarante ans, de faire prospérer des journaux canadiens-français aux Etats-Unis. Dans ce tempslà, en dépit de tous les départs qui se faisaient incessamment, le cri au Canada à l'adresse des émigrés était: “Revenez au plus vite! Vous n'avez que faire dans les autres pays!” Mais M. Gagnon vit plus clair que ceux qui croyaient encore à la possibilité de ramener nos gens au Canada et se refusaient obstinément de se rendre à l’évidence des faits. Il était sur les lieux; il «avait que les Canadiens émigrés étaient pour la plupart fixés d’une manière permanente sur le sol de la république. Son but se dessina distinctement. Il choisit Worcester, la ville centre du Massachusetts, comme le théâtre de son activité. Aussi bien, la colonie canadienne y était déjà nombreuse, le sentiment national s’y était admirablement conservé et y était dans la plénitude de son développement. Il en avait eu une preuve quelques mois auparavant lorsqu'il était venu assister à la fête St-Jean-Baptiste. C'est le 3 novembre 1869 que parut le premier numéro de L’Etendard National. Ce fut un événement, venant à un aussi court intervalle de la Voix du Peuple. Cela dénotait une détermination bien arrêtée et un courage peu ordinaire. Un seul autre journal existait alors, le Protecteur Canadien, à St-Albans, Vt. Le journalisme canadienfrançais prenait décidément racine dans la Nouvelle-Angileterre.
Une année s’écoula, toute remplie par le travail, et l'espoir du succès. Mais n'était-il pas téméraire d'espérer la réussite d’une entreprise permanente? Les Canadiens-français comprendraient-ils l’utilité d’avoir un organe absolument dévoué à leurs intérêts? L'épreuve réussit néanmoins. La presse de Montréal fut la première à le reconnaître, et salua cette sœur cadette qui se faisait entendre à l’étranger. “L'imprimerie devenant une ressource aux mains de nos compatriotes émigrés, dit M. Benjamin Sulte, nous commençâmes à croire qu’il en résulterait des conséquences avantageuses. M. Gagnon devint, à nos yeux, comme un journaliste de la province de Québec. Il parlait et on l’écoutait. Worcester était maintenant le centre d’une idée neuve, forte, séduisante, un peu téméraire même, croyons-nous.”
Vers ce temps, comme nous l’avons vu plus haut, un autre Canadien surgit avec les qualités du patriote et du journaliste. Il se nommait Frédéric Houde. M. Gagnon et lui s’entendirent; mais avant que de contracter une union plus étroite, ils combattirent séparément pour la même cause. Le 8 novembre 1870, la propriété de L'Etendard National passa à L'Opinion Publique de Montréal, où il était imprimé comme édition spéciale pour les Etats-Unis. Les gravures, le format plus large, un luxe d'impression bien entendu se combinaient avec les articles de M. Gagnon pour donner aux Canadiens émigrés une tribune imposante, digne d'attirer l’attention.
Visant toujours à de plus grands résultats, M. Gagnon lançait, le 18 mars 1873, en société avec M. Houde, le Foyer Canadien, qui se personnifia plutôt dans M. Houde; aussi ce dernier en devint-il l'unique propriétaire, après dix-huit mois d’existence.
Mais il y avait place désormais pour deux journaux. Le 16 octobre 1874 M. Gagnon fondait le Travailleur, qui fut publié hebdomadaïirement jusqu’en octobre 1879, alors qu’il parut deux fois la semaine.
Le Travailleur fut l’œuvre capitale de Ferdinand Gagnon. Ce journal fut l’objet de ses préoccupations constantes depuis le jour où il en avait jeté les bases jusqu’à son lit de mort. Pendant les douze années que le Travailleur fut sous la direction de son fondateur, ce journal fut incontestablement le principal organe des Canadiens des Etats-Unis, celui qui commandait la plus haute autorité et s’imposait davantage à l'attention du public de tous les journaux français qui parurent durant cette période.
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Dès son début dans la carrière qu’il avait embrassée, Ferdinand Gagnon avait attiré sur lui l'attention, non seulement ici, mais aussi au Canada où la presse le signalait tout particulièrement. Il se passait quelque chose ‘au-delà des lignes,” comme on disait au Canada en parlant des Etats-Unis. Un vent nouveau y soufflait. C'était tout uniment la voix du bon sens qui parlait d'organiser les groupes émigrés, au lieu de chercher à leur faire reprendre le chemin du pays natal. Ceci paraissait dépasser les conceptions de nos frères du Canada. La tentative semblait folie. Etablir un nouveau Canada, alors que l'ancien se maintenait à peine! Mais M. Gagnon parla, écrivit, organisa—et il fallut se rendre à l'évidence.
Ferdinand Gagnon était journaliste par vocation; c'était son rôle, son élément; son tempérament, ses heureuses qualités le prédisposaient à ce genre de carrière, où il pouvait rendre de si éminents services à ses compatriotes, comme effectivement il les a rendus surabondamment. Sa première impulsion fut pour le barreau, où il était de taille à briller au premier rang dans son pays natal, mais une sorte d’instinct le poussa à traverser la ligne 45me où il sentait qu'il y avait quelque chose là à organiser dans le sens de l'expansion de la race française.
Il fallait un courage peu ordinaire pour entreprendre la lutte pour la vie dans une carrière qui offrait si peu de chance au point de vue de l'avancement financier, et dans un temps où tout était encore à créer dans le domaine paroissial et scolaire, ce qui réclamait toutes les contributions que pouvaient donner nos compatriotes. Mais M. Gagnon fut tenace; il avait un but, il s'était tracé une ligne de conduite pour l’atteindre, il ne dévia pas de la route de l’honneur et des sentiments élevés, et il put maintenir et faire progresser son œuvre pour le plus grand bien de ses compatriotes émigrés, tout en lui donnant les moyens de soutenir honorablement sa famille. Mais il eut surtout le mérite immense d’avoir été le précurseur par excellence dans le journalisme canadien des Etats-Unis et d’avoir indiqué la voie à ceux qui l'ont suivi dans la carrière. Car Ferdinand Gagnon fut véritablement le modèle du journaliste sincère et patriote. La Providence, qui veille à tout, l’avait sans doute suscité dans un temps où la présence d’un tel homme parmi les émigrés canadiens était d’une si impérieuse nécessité pour diriger l’œuvre d'organisation nationale dans la patrie nouvelle. A cet égard, M. Benjamin Sulte, dit ce qui suit:
Il était, de sa nature, organisateur. Homme d’affaires, si vous voulez, mais avant tout, organisateur. Les éléments d’un ordre de choses lui venaient pour ainsi dire dans la main, il les façonnait et leur communiquait son esprit de direction. A chacune de ses visites dans un centre canadien, il laissait les germes de quelque association utile. A l'instar de Titus, il ne perdait jamais sa journée.
C'était un travailleur intrépide qui se reposait en changeant de sujet. Je l’ai vu écrire au milieu de nos conversations, ne perdant pas un mot de ce qui se disait autour de lui et donnant la réplique à haute voix, tout en conduisant sa plume.
Comme il savait causer! Cent fois j'ai regretté de ne pas voir les talents de ce genre plus répandus dans nos cercles. Nous qui sommes si Français pourtant, comment se fait-il que nous négligions tant la conversation mesurée, suivie, intelligente, instructive et toute d'initiative? M. Gagnon n'avait qu’à prendre la parole pour être écouté. Il ne parlait pas, il causait. On en demandait encore, toujours, après qu'il s'était tu. Les Canadiennes ont le don de la parole; je voudrais qu'elles prissent leur rôle du côté de l’agrément et que tous nos compatriotes fussent obligés de leur parler selon la manière de M. Gagnon.
Lorsque la fête de la Saint-Jean-Baptiste fut célébrée avec un éclat inusité, à Montréal, en 1874, M. Gagnon s’y rendit et donna une conférence qui fut la plus admirée de tous les morceaux oratoires dont nous avions été prodigues en cette rencontre. Il arrivait porteur d’une réputation déjà retentissante; il repartit après avoir dépassé l'attente de ses plus fervents amis et soulevé un enthousiasme extraordinaire. La promptitude de sa pensée, l'enchaînement de ses discours, le geste savant et simple de l’érudit, la prestance de l’homme, la voix admirablement sympathique, tout cet ensemble avait créé une profonde sensation dans notre monde. Il reparut à la Saint-Jean-Baptiste de Québec, en 1880, et remporta le même succès. Nous nous disions: “Les Canadiens des Etats-Unis ont une tête!” Et en 1884, à la réunion des anciens élèves du collège de Saint-Hyacinthe, il brilla de nouveau au premier rang. Que de fois, dans les conventions de nos compatriotes aux Etats-Unis, n’a-t-il pas fait entendre sa parole vivante et instructive! Ce qu’il disait si bien avec sa plume, il savait l’exprimer dignement par le langage parlé. Je l’ai suivi quelque peu dans ces occasions, et j'ai cru m'apercevoir qu'il possédait la rare faculté de préparer, tout en parlant à l'auditoire, la phrase qui allait suivre. Aussi était-il toujours correct et très français dans son débit.
Le 15 avril 1886, après une maladie de sept mois, soufferte avec un courage admirable et tout à fait chrétien, M. Gagnon mourut, sans agonie, conservant jusqu’à la minute suprême ses facultés mentales. Il n'avait pas trente-sept ans! Mais dans cette courte carrière, toute
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consacrée au bien-être de ses compatriotes, il avait proclamé les principes d’une idée, qui fut le but suprême de sa vie—la préservation de la langue française et du culte cathoïique parmi les nôtres au milieu des autres éléments sur le sol de la république. Et ce qu'il avait fait pour atteindre ce but était assez pour remplir une vie deux fois cette durée. Lui, mort, l’idée qu’il avait tant préconisée survécut et ceux qui vinrent après lui dans la carrière du journalisme n'’eurent qu’à s'inspirer de son patriotisme ardent et de son esprit éclairé pour continuer l’œuvre nationale dont Ferdinand Gagnon avait de façon si énergique jeté les bases.
Depuis qu’on le savait frappé par une maladie implacable, les autres journaux des Etats-Unis, et ceux du Canada, donnaient souvent de ses nouvelles et témoignaient en même temps leur admiration pour ses qualités, et les sympathies générales des Canadiens envers sa famille. Aussi, sa mort causa-t-elle partout une sorte de deuil national.
M. Benjamin Sulte terminait son esquisse biographique par le touchant hommage suivant à la-mémoire de l’illustre défunt:
Ce que l'on dira de lui plus tard ne diminuera en rien l'admiration qu'il inspire à présent. Durant sa courte vie, il a eu le temps de fondre sa propre statue au complet. Et d’ailleurs, n’a-t-il pas fait école? Voyez ces écrivains qui rédigent aujourd’hui des journaux dans vingt endroits des £tats-Unis—est-ce qu'ils ne semblent pas tous les fils de Ferdinand Gagnon? Je les lis. Je retrouve en eux ses idées pour la plupart, son patriotisme, ses talents—car il y a beaucoup de mérite dans cette presse nouvelle—et n'est-ce pas là un triomphe surprenant dont nous devons être glorieux? Qui eut pensé à ces choses, il y a quinze ans? M. Gagnon a labouré un vaste champ qui produit déjà de riches et abondantes récoltes.
Rendons hommage à sa mémoire. Ses jours si bien remplis nous ont été consacrés. Que la jeunesse mette son ambition à le suivre. Nous n’avons pas de plus beau modèle d'homme public. I! est difficile aussi de rencontrer un citoyen dont la vie privée soit, comme la sienne, exempte de reproche. Sa bonne humeur même est digne d’être mentionnée. Tout se réunit pour que le respect individuel, l'amitié, la reconnaissance nationale lui élèvent dans nos cœurs le monument du
souvenir. Une belle place dans l’histoire, telle est la récompense des âmes d'élite!
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A ce témoignage il convient ici d'ajouter l’article ému, tout d’effusion, très juste dans ses vues, que M. Godfroy de Tonnancour,! alors rédacteur du Travailleur, publiait dans ce journal au lendemain du décès de M. Gagnon. En voici les principaux passages:
“Un immense nuage de deuil vient de s'étendre sur nos populations canadiennes des Etats-Unis. La catastrophe que nous redoutions depuis si longtemps, le malheur que nous priions Dieu de conjurer, la calamité nationale qui nous menaçait sont enfin arrivés: M. Ferdinand Gagnon est mort.”
“M. Gagnon meurt à 36 ans comme Raphaël et Mozart. Lui aussi il était artiste, mais artiste de la pensée. Il taillait ses pensées dans le granit du devoir et du dévouement, et modelait ses œuvres sur les œuvres du Christ.
“M. Gagnon était un causeur aimable, instruit, spirituel et délicat; il charmait ceux qui avaient le bonheur de l’approcher. Il aimait l'honneur et la vérité.
“Comme orateur, peu de Canadiens aux Etats-Unis et même au Canada ont pu l’égaler. Possesseur d’une voix forte et sympathique, qui allait droit au cœur; doué d’une éloquence entraînante et persuasive, M. Gagnon a remporté plusieurs succès oratoires remarqua-
venir.” Les funérailles de Ferdinand Gagnon eurent lieu le 18 avril en
l'église Notre-Dame des Canadiens, à Worcester, et donnèrent lieu à une imposante manifestation funèbre, à laquelle assista une foule extraordinaire de compatriotes de la ville et venus de toutes les parties de la Nouvelle-Angleterre pour rendre un dernier hommage à la mémoire de l’homme de bien qui venait de disparaître. M. le
1. M. de Tonnancour est aujourd'hui rédacteur de ‘‘L'Indépendant” de Fall-River. 2. Au physique, M. Gagnon était de cinq pieds, neuf pouces de haut; un an avant sa
mort il pesait trois cent quarante livres.
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chanoine J.-R. Ouellette prononça dans cette circonstance une oraison funèbre qui fut une magnifique pièce d’éloquence, bien digne de celui pour qui l'Eglise en ce jour implorait miséricorde, prenant pour texte ces paroles des Ecritures: “J'ai combattu le bon combat; j'ai conservé la foi.” (2 Tim. C. 4v. 7).
Nous allons maintenant faire une simple mention des principales œuvres littéraires de Ferdinand Gagnon, telles qu’elles sont publiées dans le volume cité plus haut: “Napoléon Ier à Ste-Hélène,”” discours prononcé en 1866, devant l’Union Catholique, dans les salles de l’Institut Canadien, à St-Hyacinthe, P. Q.; discours patriotique prononcé à Worcester le 24 juin 1871; discours sur la Naturalisation et le Rapatriement, prononcé à Worcester en septembre 1871; “Le Travail,” conférence donnée à Lowell en 1873; ‘“’Restons Canadiens,” discours patriotique, prononcé le 15 juin 1876; ‘‘La Saint-Jean-Baptiste,” discours patriotique prononcé le 24 juin 1879 à Worcester; “Restons Français,” discours prononcé à Cohoes, N.-Y., le 22 juin 1882; “La Charité,” conférence donnée à Lowell en 1883; discours patriotique prononcé à Worcester le 25 juin 1883; “A l’Alma Mater,” discours prononcé à la réunion des anciens élèves du Séminaire de Saint-Hyacinthe en 1884; “Eloge sur la vie et les œuvres de M. l’abbé Hyacinthe Martial,” prononcé devant les membres de la Société St- Jean-Baptiste et les paroissiens de Saint-Joseph, à Grosvenordale, Connecticut, le 6 mai 1883; “Réponse à l’adresse qui accompagnait une presse à imprimer, donnée par les Canadiens des Etats-Unis et du Canada,” le 16 octobre 1883; “Secours Mutuel,” conférence donnée à Burlington, Vermont, en août 1884; “La Bénédiction d’une Statue”; “Plaidoyer Patriotique,” en faveur des Canadiens de la Nouvelle-Angleterre et de l'Etat de New-York, à l’audience-enquête tenue à Boston le 25 octobre 1881; “Montcalm et Lafayette,” fragment d’un discours prononcé devant l'Association Montcalm et la Garde Lafayette, à Worcester.
Un peu plus d’un mois avant sa mort, le 12 mars, Ferdinand Gagnon écrivait dans le Travailleur un article intitulé “Nos Adieux,” que l’on ne peut lire sans éprouver une profonde émotion, car c’est le cri suprême du patriote chrétien qui voit la mort approcher, envisage avec une résignation toute chrétienne la situation et met sa dernière espérance terrestre dans la survivance du Travailleur. Mais quelques années plus tard le Travailleur disparaissait dans la tourmente qui
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emportait les nombreux journaux de Benjamin Lenthier, comme nous le verrons ci-après.
Voici les “Adieux” de Ferdinand Gagnon: