‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 48 sur 220 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

“L'Avenir National” de St-Albans et Trov, et le juge LeBœuf

EORGES-E. Desbarats, de Montréal, était entreprenant à la façon des organisateurs des grands trusts américains. Il voulait faire de son Opinion Publique de Montréal le seul

‘; journal qui put fournir la nourriture intellectuelle aux Canadiens émigrés. Cet esprit s'est manifesté bien des an-

nées plus tard quand la Presse et à sa suite la Patrie ont fait de si

grands efforts pour étendre leur circulation dans les centres de population canadienne-française des Etats-Unis. Non content d'avoir acheté

L'Etendard National de Worcester, en 1870, il voulut remplacer le

Protecteur Canadien de St-Albans. quand l'établissement de ce jour-

nal fut incendié en septembre 1871. M. l'abbé Zéphirin Druon avait

déjà fait de grands sacrifices pécuniaires pour le maintien de son journal, et il était peu disposé à en faire de nouveau pour en reprendre la publication après cet incendie. Il vendit donc le titre du journal et les listes d'abonnés à M. Desbarats, qui s'était rendu à St-Albans

dans le but de faire cette acquisition. Frédéric Houde, qui était à

la rédaction, se trouvait à la suite de ce désastre contraint de se voir

ainsi sans situation dans la carrière qu'il avait embrassée et dans laquelle il s’est illustré plus tard.

M. Moussette aurait voulu racheter le titre du Protecteur Canadien, mais M. Desbarats l'avait devancé. Il se rendit alors à Montréal, acheta un matériel d'imprimerie neuf et revint à St-Albans fonder avec M. Houde L'Avenir National, au mois d'octobre 1871. Cette feuille était habilement rédigée; elle s'occupait des intérêts des Canadiens émigrés et des affaires pclitiques du Canada, pour lesquelles M.

Martei Re Homes Peaugrand

br Louis-J

Por ti Archambanit

Rémi Tremblas Joseph LeBceuf

“L'Avenir National” et le juge LeBocuf 109

Houde avait un penchant marqué. M. Moussette s'occupait de l’administration.

Après deux années d'existence, grâce à l'initiative et l'énergie qu'il déployait, le journal de M. Moussette avait plus de 3,500 abonnés tant dans l'Est que dans l'Ouest. M. Emery F ‘rrin, depuis lors et récemment mis à sa retraite comme traducteur à la Chambre des Communes à Ottawa, succéda à M. Houde à la rédaction de L'Avenir National durant l'été de 1872. M. Perrin a dû faire erreur en écrivant dans le Spectateur de Hull, en 1901, qu'il avait remplacé M. Houde en 1871, car au mois de juillet de la même année (le 13,) L'Etoile de l'Est, publié à Southbridge, Mass., reproduisait un extrait d'article de M. Ho':de, rédacteur de L’Avenir National.

La compétition active que se faisaient alors les quelques journaux des Etats-Unis avec ceux du Canada rendait la carrière du journalisme peu rémunératrice. M. Moussette, lassé de faire des sacrifices, vendit en 1873 son journal à une société de publication organisée à Troy, N.-Y. M. le curé Brown et MM. Jules Pelletier, L. Demers, A.-F. Rouleau et Médard Venne en étaient les principaux actionnaires, à part M. Moussette, qui s'était réservé assez de parts comme garantie de la balance d'argent qui lui revenait.

M. Arthur-E. Valois, jeune avocat de Montréal, demeurait à Cohoes, N.-Y. The Cataract, journal anglais de Cohoes, avait entrepris de publier des colonnes françaises et M. Valois avait été chargé de cette rédaction. Ses aptitudes le désignaient d'avance comme rédacteur de L'Avenir National qui maintenant allait être publié à Troy; il accepta la position. Troy, comme l'on sait, touche presque à Cohoes. Malgré ses talents, le jeune Valois n’était évidemment pas l’homme qu'il fallait pour rédiger un journal dont la clientèle se recrutait parmi une population croyante et imbue de principes religieux, car ses écrits laissaient parfois beaucoup à désirer au point de vue de la religion. C'était à un tel point que M. l'abbé J.-B.-H.-V. Milette, alors comme encore aujourd’hui, curé à Nashua, N.-H., qui passait pour avoir prêté son appui aux nouveaux propriétaires, dût intervenir et protester publiquement contre les “doctrines malheureuses propagées et défendues par la rédaction.” M. le curé Brown avait aussi

cessé tous rapports avec cette feuille, qui était évidemment tombée dans le discrédit.

110 Iistoire de la Presse Franco-Américaine

Mais L'Avenir National n'était pas au bout de ses tribulations. A cause de la mauvaise direction qui lui avait été imprimée la liste des abonnés était tombée à 1000 à peine quand M. Moussette reprit possession du journal qu'il vendit le même jour à M. le juge Joseph Le- Bœuf. Après une interruption de six semaines dans sa publication, L'Avenir National parut de nouveau vers le 1er juillet 1874. Au mois de juin 1875, M. L.-G.-G. LeBœuf, frère du juge, a acheté la feuille qui eut M. Misaël Authier, en ces dernières années consul des Etats- Unis à St-Hyacinthe, puis à la Guadeioupe, comme co-rédacteur. Après avoir végété pendant encore un an, L'Avenir National mourut en 1876. Des mauvais plaisants disaient dans le temps que le journal était mort d'une indigestion de “bœuf.”

Le juge LeBœuf fut pendant un temps un homme célèbre dans l'Etat de New-York et toute la Nouvelle-Angleterre. C'était une personnalité typique dont l'existence aventureuse était bien connue. Ce n'est pas en attachant son nom à L'Avenir National que le juge LeBœuf s'illustra. Mais tout de même le peu de temps qu'il consacra au journalisme nous justifie d’esquisser à grands traits la carrière d'un homme qu'on pourrait appeler un grand Canadien parmi les nôtres des Etats-Unis.

Page 1