‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 49 sur 220 · JOSEPH LEBŒUF · texte numérisé non relu

JOSEPH LEBŒUF

Joseph LeBœuf est né à St-Hyacinthe, province de Québec, en 1838. Ses parents émigrèrent aux Etats-Unis en 1847, alors qu'il n'avait que neuf ans. En 1865 le jeune LeBœuf fut admis à la pratique du droit. Doué d’une grande somme d'énergie et parlant également bien le français et l'anglais, il exerça la profession d'avocat à Cohoes, où il se créa une clientèle payante. Il se lança bientôt dans la politique et fut assez heureux pour se faire élire juge des sessions de la paix par une majorité de 600 voix, aux élections de l'automne de 1869. Il siégeait à la cour pour les affaires civiles seulement. Son terme d'office était de quatre ans. En 1872 la législature de l'Etat porta le traitement annuel du titulaire de cette charge à $1,325, plus les honoraires.

Le juge LeBœuf était alors d’un caractère rangé, économe, prudent et il s'intéressait à l'avenir et au progrès des Canadiens aux Etats-Unis. Il prêcha par l'exemple aussi bien que par ia parole. Ii acheta de grands terrains à Cohoes en 1872, donnant ainsi à ses com-

“L'Arenir National” et le juge LeBocuf 111

patriotes un exerr: ‘e pratique de placement de ses épargnes et d'attachement au sol de la patrie d'adoption. Les fêtes canadiennes, non seulement dans l'Etat de New-York, mais aussi dans la Nouvelle- Angleterre, n'étaient pas complètes sans la présence du juge LeBœuf, qui était un orateur agréable et savait plaire à son auditoire. Les succès qu'il remporta ainsi dans les conventions nationales, où ses périodes déclamatoires étaient tant prisées, eurent un effet fâcheux sur son caractère. Les louanges et l'adulation furent la pierre d'achoppement contre laquelle il s'est heurté; il négligea sa clientèle pour courir à la popularité. Il s'adonna alors à une vie errante qui ne pouvait nécessairement pas lui rapporter le profit qu'il aurait réalisé s'il fut resté d'une manière stable dans le joli petit centre de Cohoes, où la colonie canadienne avait commencé à occuper une position importante. À côté des défauts de vanité, il possédait de précieuses qualités qui le mettaient en évidence parmi ses compatriotes par son patriotisme ardent et parmi les Américains à cause de sa connaissance parfaite de la langue anglaise et de ses aptitudes pour les choses de la politique. Il fut président du comité exécutif de la convention de Troy, en 1867, et jusqu’en 1879 il fut délégué à presque toutes nos conventions nationales. Il demeura à Holyoke pendant quelques années, et dans l'automne de 1879, après la convention de Worcester, où i! avait fait ses adieux, il partit pour Chicago.

La gloire, la renommée n'avaient pas enrichi Joseph LeBœuf, au contraire. Il avait résolu d'aller tenter fortune sur un autre champ d'action vers ce Ouest lointain, cette terre promise qui avait déjà attiré tant des nôtres. Dans le dernier discours avant son départ, qu'il prononça à cette convention de Worcester, présidée par Hugo-A. Dubuque, il eut des accents qui produisirent une profonde impression sur son auditoire. À la veille de se mettre en route pour un voyage qui l'affligeait, malgré sa détermination, il fit un discours d'adieu dans lequel il passa en revue le passé et les progrès accomplis par nos compatriotes en ce pays. Vers la fin la voix lui manqua, l'émotion le suffoqua et il se retira avec des larmes dans les yeux.

M. Ferdinand Gagnon proposa alors un2 résolution de remerciements à l'adresse de M. LeBœuf pour les services signalés qu'il avait rendus à sa race et exprimant aussi les bons souhaits de la convention, laquelle fut adoptée à l'unanimité au milieu des applaudissements.

Après quelques années passées dans l'Ouest, le juge LeBœuf revint dans l’Est, se fixant à Manchester, N.-H., où sa femme le précéda dans la tombe au commencement de l’année 1902. M. Lebœuf mourut

en 1909.

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