CHAPITRE VINGT-TROISIEME
Les journaux de Fall-River'
ES débuts du journalisme canadien à Fall River sont associés avec le nom de Honoré Beaugrand, qui, plus tard, retourna à Montréal, y fonda la Patrie et fut maire de la ville. Beaugrand, en société avec le Dr Alfred Migneault, lança le premier journal français de Fall- River, L'Echo du Canada, en juillet 1873. Dès lors l'on vit nos compatriotes s'occuper plus activement de la naturalisation et de l’organisation de sociétés nationales. La colonie canadienne de Fall-River devenait déjà nombreuse et il fallait se réunir pour se connaître, se compter et se concerter pour l'action. Le journal était certainement le plus puissant moyen d'accélérer et de fortifier le mouvement du patriotisme dans les rangs.
Après le départ de M. Beaugrand, au printemps de 1875, pour Saint-Louis, Missouri, où il devait fonder un autre journal, M. Charles de Gagné devint rédacteur et administrateur de L'Echo du Canada. En juin 1875 le journal passait aux mains de MM. L.-G.-A. Archambault et H.-R. Benoit. Au mois de septembre M. Benoit devenait propriétaire du journal, puis le fusionnait avec son Ouvrier Canadien, qui venait de paraître, en 1875. Quelques mois après la fusion, les deux disparaissaient pour toujours. L'Echo du Canada avait des éditions à Boston et Lowell. Pendant un certain ternps M. Beaugrand s'était associé avec un Américain nommé Richards. Le journal publiait des vignettes.
Au mois de décembre 1874 un nouveau journal faisait son apparition à Fall-River. C'était une feuille moitié française et moitié an-
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1. Nous devons prévenir les lecteurs que dans la rédaction de ce chapitre, nous avons puisé certains renseignements dans le “Guide Francais de Fall-River pour 1909-10, L.-J Gagnon et Cie, imprimeurs, rue South Main, 402, Fall-River.
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glaise. Son nom était Bulletin et Charivari. Les éditeurs étaient MM. Fiske et Monroe. M. H.-R. Benoit rédigeait la partie française. Ce journal ne répondait guère aux aspirations patriotiques de nos compatriotes, et il n'eut qu'une courte existence. Aussi il est bien possible que sa mort eût été hâtée par une poursuite en diffamation de caractère au montant de $5,000 que lui intenta M. Beaugrand.
Au mois de novembre 1875 un quatrième journal hebdomadaire succédait à L'Echo du Canada et Ouvrier Canadien. Le nouveau journal, Le Protecteur Canadien. était rédigé en collaboration, avec le Dr Alfred Migneault comme secrétaire de la rédaction. Le 10 mai 1876, les ateliers du Protecteur Canadien furent détruits par un incendie. Mais le journal ne tarda pas à se relever de ses cendres; un nouveau matériel fut acheté et la publication fut reprise peu de temps après, puis vendu à Charles Gigault, éditeur du Bien Public de Worcester, en janvier 1881. Deux mois plus tard il cessait d’exister.
De tous les journaux de Fall-River, à part L'Indépendant, c'est le Protecteur Canadien qui vécut le plus longtemps. En effet, il dura près de sept ans. En 1892 nous trouvons un autre Protecteur sous la direction de M. H. Boisseau qui, cette année-là, le cédait à M. Adélard-E. Lafond. C'était dans le temps où Benjamin Lenthier, du fameux National de Lowell, parcourait les villes de la Nouvelle- Angleterre, fondant des succursales politiques du National et achetant les jounaux qu’il pouvait. À son passage à Fall-River, Lenthier s’entendit parfaitement avec Lafond, qui lui céda temporairement le Protecteur, lequel devait être et fut effectivement imprimé aux ateliers du National. Lafond envoyait la chronique de Fall-River au bureau du journal à Lowell avec ses annonces, et le reste des colonnes était rempli avec la matière du National, comme au reste pour les autres journaux subsidiaires. Le Protecteur Canadien était alors bi-hebdomadaïire.
Adélard Lafond était un jeune homme dans la vingtaine, plein d’ardeur et d'ambition et frayant avec les politiciens du jour. Il avait un talent d'organisation hors ligne, mais c'était un pauvre administrateur. Ilen a donné une preuve manifeste durant la dernière année de l'existence de son journal.
Au mois de mars 1894 le National faisait faillite et la plupart des journaux Lenthier sombraient dans la catastrophe. Le Protecteur