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et tous deux partirent pour Woonsocket où la Tribune ne tarda pas à paraître.
M. Honoré Beaugrand, l’un des fondateurs de L'Echo du Canada, étant revenu de l'Ouest dans l’automne de 1875, fonda en septembre le cinquième journal français de Fall-River qu'il appela la République. Avec le Protecteur Canadien, qui existait déjà depuis deux ans, cela faisait deux journaux à Fall-River. M. Narcisse Cyr fut le rédacteur de ce nouvel hebdomadaire, qui disparut en février 1878. Le premier Protecteur Canadien en recueillit la succession. Narcisse Cyr avait le titre de rédacteur, mais cela ne veut pas dire que Beaugrand n'écrivait pas, car on sait qu'il était une fine plume. Seulement il se faisait assister. Narcisse Cyr devint plus tard prédicant protestant parmi nos compatriotes apostasiés. A l’école de Beaugrand, qui se distinguait dès lors par son radicalisme avancé, il ne pouvait certainement pas s'inspirer de bons sentiments envers la religion catholique, bien au contraire. C’est dans la République de Fall-River que Beaugrand publia en feuilleton son roman de mœurs ouvrières “Jeanne la Fileuse.”
En 1882, un sixième journal, Le Castor, naissait dans Fall-River, publié par Henri Boisseau & Cie, avec A.-E. Thivierge comme rédacteur. Les affaires allaient bien dès les premiers mois, puisque le journal fut successivement agrandi. L’année suivante, M. P.-U. Vaillant devenait le rédacteur en chef et co-propriétaire avec M. Boisseau. C'était à l’époque des fameux troubles de la paroisse de Notre- Dame de Lourdes, après la mort du grand patriote que fut le curé P.-J.-B. Bédard, le fondateur de la paroisse. Le Castor relatait alors chaque semaine les péripéties de la lutte qui s'était engagée entre les paroissiens et l’évêque Hendricken, de Providence, qui avait nommé un curé irlandais comme successeur de M. Bédard, et que les paroissiens avaient jeté dehors dès le premier dimanche qu’il mit le pied dans l’église. Ce fut une lutte homérique et dont les anciens de Fall- River qui y ont participé activement ou en ont été les spectateurs, gardent toujours un souvenir vivace. L’évêque ferma l'église et elle ne fut rouverte qu’un an après, les Canadiens de Fall-River ayant eu gain de cause à Rome qui ordonna à Mgr Hendricken de rouvrir l’église et d'y installer un curé canadien. Ce fut une victoire mémorable que M. Vaillant proclama avec enthousiasme dans les colonnes du Castor. Cette victoire, en effet, donna un coup formidable aux
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prétentions de certaines autorités épiscopales à vouloir contraindre nos compatriotes à s’américaniser de langue, sous le fallacieux prétexte de rendre plus facile l’exercise du culte.
Au mois d'avril 1885 le Castor passa aux mains de MM. Antoine Houde & Cie. Ils changèrent le nom du journal pour l’appeler L'Indépendant, dont le premier numéro parut le 27 mars 1885.
Le septième journal de Fall-River ne pouvait manquer d'envisager l'avenir avec calme et sans crainte, car un septième est généralement un privilégié de la fortune, s’il faut en croire un axiome fort en vogue parmi nos populations. Toujours est-il que ce septième journal a vécu jusqu’à ce jour et, comme le dit si bien le Guide Français de Fall-River de 1909-10, loin de perdre de sa vigueur en vieillissant, il semble, au contraire, marcher de plus en plus alertement dans la voie du succès.
Aussi, à l’époque où L’Indépendant faisait son apparition, le journalisme canadien de Fall-River commençait à sortir des langes de l'enfance. Le terrain était bien préparé pour les succès de l’avenir. Quand nous disons succès, nous appliquons ce mot particulièrement à L'Indépendant. Car les autres qui ont surgi ensuite n’ont guère eu de succès, puisqu'ils sont à peu près tous disparus à tour de rôle.
Le premier rédacteur de L’Indépendant fut M. Vaillant. La même année cependant, il se retirait pour faire place à M. Rémi Tremblay qui avait été ci-devant traducteur à la Chambre des Communes à Ottawa. Cette même année-là, en 1885, M. Tremblay, avec quelques-uns des principaux Canadiens de Fall-River, fondait la Ligue des Patriotes.l
En 1889, M. Onézime Thibault achetait L’'Indéperdant. Sous sa direction, et avec un rédacteur tel que M. Trembiay, le journal devint un organe de tout premier ordre, représentant dignement la colonie canadienne de Fall-River qui prenait de plus en plus une extension considérable, grâce aux flots d’émigrants qui arrivaient, comme l’on disait alors, “à pleins chars.”
Le temps cependant arrivait où nos journaux des grands centres, de feuilles périodiques devaient passer au rang des journaux quotidiens. Des journaux existants en 1893, L'Indépendant fut le troisième à devenir quotidien. Le premier numéro comme tel paraissait le
1. Le dimanche, jour de Noët 1510, ie 25e anniversaire de Îr fondation fut cétébrée en grande pompe. M. Rémi Tremblay, venu exprès d'Ottawa, était présent à la fête.
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13 octobre 1893. Les deux autres quotidiens étaient le National et L'Etoile, à Lowell.
En juillet 1894, M. Tremblay ayant donné sa démission, prit la rédaction de L'Opinion Publique. M. Godfroi de Tonnancour lui succéda. Il avait rédigé ci-devant L'Espérance, de Central Falls, publié par J.-Misaël Authier.
En 1902 il y eut un remaniement dans l'administration de L’Indépendant en ce sens que M. Thibault intéressa à son œuvre plusieurs des principaux Canadiens de la ville qui s'organisèrent en une compagnie à fonds social. Parmi ceux-ci on comptait M. Hugo-A. Dubuque et feu M. Pierre-F. Péloquin. M. Thibault conserva la direction générale du journal, et il est encore aujourd'hui à la fois le trésorier et le gérant de la compagnie de L’Indépendant.
Le principal fondateur de L’Indépendant fut Antoine Houde, frère de Frédéric Houde, décédé à Montréal au mois de mars 1907. L'Indépendant, le 20 mars, annonçait la nouvelle dans les termes suivants:
Une dépêche de Montréal annonce ce qui suit:
“Un citoyen bien connu à Montréal et dans le comté de Maskinongé, M. Antoine Houde, est décédé à sa résidence No 31814, rue Notre- Dame, à Ste-Cunégonde.
“M. Houde était le frère de feu Frédéric Houde, rédacteur au Nouveau Monde et député de Maskinongé.
“Le défunt brigua lui-même les suffrages dans ce comté. M. Houde naquit et vécut durant longtemps à Louiseville où il exerça la profession d’agent d'assurances. Il y a quelques années, il vint se fixer à Montréal où il continua sa vie active de représentant des compagnies d'assurances. L’an dernier, il acquérait un hôtel à Ste-Cunégonde. Le défunt était âgé de 63 ans.”
M. Houde dont il est fait mention dans ce qui précède, a passé plusieurs années à Fall-River et ce fut lui qui en 1885 fondait L’Indépendant en compagnie de l’avocat Edward-E. Higginson de cette ville.
Le premier numéro de L’Indépendant fut imprimé sur le Market Square dans l'édifice où se trouve maintenant l'hôtel Crosson. Plus tard M. Houde transporta l’atelier dans l'édifice où se trouve actuellement le marché Whitehead. Quelques années après, il vendit ses intérêts dans le journal et il retourna au Canada.
M. Houde, pendant qu'il demeurait ici avait pris une part active à différents mouvements concernant l'amélioration des conditions de nos compatriotes.
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Un huitième journal parut à Fall-River en 1885, le Bulletin du Dimanche, mais il ne dura que quelques semaines. Il fut fondé par M. Narcisse Cyr, ancien rédacteur de la République, qui était disparue en 1878 après environ un an d'existence.
En octobre 1886 M. P.-U. Vaillant, qui avait été rédacteur du Castor et de L'Indépendant, fondait le Citoyen, un hebdomadaire, et le neuvième journal français de Fall-River. Il dura jusqu’en décembre 1888.
Le Franco-Américain fut fondé en mai 1888 par Benoit, Aubin et Cie. Ce n'était pas le H.-R. Benoit de l’ancien Ouvrier Canadien. MM. Benoit et Aubin étaient protestants et leur feuille s'était donné pour mission d'évangéliser les Canadiens de Fall-River. Mais sa carrière fut bien courte. Cette feuille était peu lue et ses opinions religieuses devaient incontestablement lui aliéner la population.
Au mois d'avril 1890 M. Henri Boisseau fonda le Bourdon, un journal humoristique. Le Bourdon vécut juste la durée de l'insecte dont il portait le nom, c'est-à-dire une saison.
M. L.-J. Gagnon, un ancien typographe au National de Lowell et à L’Indépendant, avait ouvert un atelier d'imprimerie pour les ouvrages de ville au village Flint, en société avec M. O’Reilly, un vrai Canadien-français malgré son nom anglais. En 1899 MM. Gagnon et O’Reilly fondaient le Bulletin, une petite feuille de famille, paraissant une fois la semaine. Au bout de trois ans le Bulletin disparut, les propriétaires désirant se consacrer exclusivement à leurs travaux d'impression.
En 1899 parut le Dimanche, un journal du dimanche, comme son nom l'indique. Publié par M. John Durand, après deux ans il disparut.
En 1900 un troisième quotidien vit le jour à Fall-River; il s'appelait le Journal. La nouvelle feuille était la propriété de M. Edmond Côté, alors marchand de meubles et agent général pour la compagnie des machines à coudre Wheeler & Wilson. M. Côté était un homme fort actif et très entreprenant et il était très heureux dans ses affaires, mais ses succès dans le journalisme furent maigres. Quand il fonda le Journal il préparait sa candidature à la mairie. Dans ce temps un groupe de Canadiens de Fall-River, estimant que leur nombre et leur influence leur donnaient droit de prétendre à l'élection d'un maire de leur nationalité, encouragèrent M. Edmond Côté à se porter candidat
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pour la nomination dans le parti républicain. Les électeurs canadiens de ce parti auraient bien voté en masse pour le choix de M. Côté aux caucus, mais le clan de langue anglaise, qui était de beaucoup le plus considérable, ne l’entendit pas de cette façon. Un autre candidat était désigné pour le choix en la personne du maire sortant de charge. Tout de même M. Côté continua à mener sa campagne au moyen du Journal et autrement pendant l'été et l'automne de 1900, dût-il adopter l'étiquette d'indépendant si les démocrates n'en voulaient pas. Mais les démocrates n’en voulurent pas. Quoiqu'il en soit, peu de temps avant les caucus, M. Côté annonça qu'il se retirait définitivement de l’arène.
C'était un homme tenace que M. Edmond Côté. Certains Canadiens marquants de la ville l’avisaient de ne pas persister dans ses ambitions, d'attendre un moment plus propice, de préparer ses batteries en attendant, qu’il s’attirerait ainsi beaucoup de sympathie pour une autre année; mais il ne s’effaça que lorsqu'il eût acquis la conviction que sa cause était désespérée, et alors il était trop tard pour se ménager des sympathies pour l'avenir.
Pour revenir au Journal, au point de vue financier la publication de cette feuille fut un désastre. M. Côté, probablement fatigué de débourser chaque semaine une somme considérable pour combler le déficit, au printemps de 1901 décida de discontinuer la publication du Journal, après environ un an d'existence. Durant ce temps il avait occupé deux locaux; il avait ses presses et son propre matériel. Le rédacteur était M. J.-L.-K. Laflamme que M. Côté avait relancé à L'Indépendant où il était “city editor.” Après la chute du Journal, M. Laflamme s’en alla à la Tribune de Woonsocket, où il remplaça M. G. Vekeman, un vétéran du journalisme et un écrivain fécond et distingué dont le nom de plume était Jean des Erables.
En 1902 M. L.-J. Gagnon fit une autre tentative dans le champ du journalisme avec un nouvel hebdomadaire qu'il appela L’Eclaireur. Au bout de deux ans il fut transformé en journal quotidien. Il faut croire que la marge des profits n'était pas encourageante, puisque peu de temps après L’Eclaireur cessait de paraître.
Dans l'automne de cette même année 1902 M. Charles de Gagné fondait le Petit Courrier, de retour à Fall-River après un assez long séjour au Canada. Le Petit Courrier, comme son nom l'indique, est une petite feuille du genre badin et plutôt humoristique, versant
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cependant à l’occasion dans le genre sérieux lorsque des questions importantes se présentent intéressant particulièrement la nationalité. Car M. de Gagné, qui est aujourd'hui le plus ancien journaliste militant du jour, est un patriote éprouvé, qui s’est trouvé mêlé activement dans tous les mouvements nationaux qui ont agité la population canadienne de Fall-River depuis plus de trente ans. Le Petit Courrier paraît encore et il est imprimé aux ateliers typographiques de M. L.-J. Gagnon.
Enfin, pour clore la nomenclature des journaux de Fall-River, le dernier né, si on peut l'appeler proprement un journal, est la Liberté, un petit hebdomadaire à huit pages de quatre colonnes, fondé vers le mois de mars 1910, par J.-L.-J. Dupuy, un ancien journaliste qui a déjà été attaché à la rédaction de plusieurs journaux. La Liberté n'est pas précisément ce qu’on peut appeler un journal à nouvelles. C'est plutôt une feuille d'annonces agrémentée d'illustrations et dont la principale raison d’être paraît être de mousser les affaires d’une certaine société mutuelle appelée le Secours Ouvrier ou de son vrai nom The Workman’s Aiû Policy, faisant opération dans le Massachusetts et fondée en 1883 et dont le représentant à Fall-River est le propriétaire même de la feuille, le Prof. J.-L.-J. Dupuy. La Liberté contient aussi généralement des articles sur des sujets variés touchant la cause nationale et religieuse de nos populations, et c'est ce qui lui vaut de n’être pas absolument ignoré comme journal digne de ce nom. Cette feuille compte encore au nombre des journaux existants.!
La Correspondance, une feuille du dimanche, parut pendant quelques semaines à partir du 24 octobre 1909; elle était publiée par M. Alain Chaput, ci-devant reporter à L'Indépendant et L'Opinion Publique.
Le Foyer Canadien, fondé en 1894, après la chute de son Protecteur Canadien, par Adélard-E. Lafond, vécut peu de temps.
1. La “Liberté” paraissait encore lorsque ce chapitre a été écrit, mais aujourd'hui nous avons lieu de croire qu'elle est disparue.