CHAPITRE VINGT-QUATRIEME
Les journaux de Lowell et la New England Investment Company
‘0 Cr) OWELL fut aussi un foyer ardent du journalisme. Les } SES débuts naturellement aussi en furent des plus humbles. fl CA Le nom d'Honoré Beaugrand est encore attaché à la fon-
È 7 || dation du premier journal canadien de Lowell. L'Echo du
Canada, hebdomadaire, était une édition du journal de ce nom publié à Fall-River par M. Beaugrand, et M. J.-H. Guillet en était le directeur local. M. Guillet est aujourd’hui l’un des rares survivants de cette époque lointaine où notre presse canadienne des Etats-Unis commençait péniblement son existence, l’un des derniers survivants de la jeunesse d'alors remplie d’ardeur et de patriotisme qui se dévouait pour la sauvegarde de la nationalité au moyen du journal. L'Echo du Canada, fondé en juillet 1874, vécut aussi longtemps que son homonyme de Fall-River, c’est-à-dire environ une année.
La République était aussi une édition pour Lowell du journal du même nom publié à Fall-River en 1875 et 1876. M. Guillet en était aussi le rédacteur.
La Sentinelle, fondée en 1879 par feu Georges Lambert, cessa d'exister en janvier 1880, après une année de vie. Jean-Baptiste Hurtubise acheta le matériel de ce journal et fonda L’Abeïlle, en société avec M. L.-E. Carufel.
L'Abeille eut la distinction d’avoir été le premier journal quotidien des Etats-Unis. Mais son règne comme tel ne fut pas long. La tentative échoua au bout d'environ huit mois. M. Hurtubise et ses associés ne tardèrent pas à s’apercevoir que nos populations en 188r et 1882 n'étaient pas encore mûres pour une feuille quotidienne. Notre élément n'avait pas encore acquis une importance numérique
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et sociale suffisante pour qu’un quotidien pût trouver les ressources nécessaires pour son existence.
L'Abeille fut d'abord rédigée par L.-E. Carufel. Quelques semaines après sa fondation la feuille passait aux mains d'une compagnie par actions dont les officiers et directeurs étaient: Cléophas Gaudette, président; J.-H. Guillet, secrétaire et trésorier; J.-B. Hurtubise, gérant. MM. Misaël Dupré et L.-E. Carufel étaient aussi directeurs. A l'automne de 1882 L'Abeille cessa d'être quotidienne et devint bi-hebdomadaire. Elle disparut définitivement en 1884. Lucien Carissan était alors à la rédaction avec Carufel.
Le Journal du Commerce fut fondé au printemps de 1884 par Charles Chagnon, ci-devant du Protecteur de Fall-River, et Eudore Evanturel. Le journal, qui était hebdomadaire, vécut une année. MM. Evanturel et Edouard Vincelette en étaient les rédacteurs. Eudore Evanturel était et est encore un poète d'un certain mérite qui a publié un grand nombre de poésies dans les journaux et revues littéraires.
M. Vincelette était un pianiste de talent qui venait d'arriver de Québec à peu près dans le même temps que M. Evanturei. Tout en faisant du journalisme M. Vincelette était organiste à l’église Saint- Joseph. Vincelette demeura longtemps à Lowell, mais Evanturel, à qui l'exil volontaire souriait médiocrement, retourna bientôt à Québec. Ce est qu'environ après vingt ans de séjour à Lowell que M. Vincelette s'en alla résider à Montréal avec sa famille.
La Gazette de Lowell vit le jour au printemps de 1886. Publiée par Jean Tourigny, cette feuille n’eut qu'une existen + éphémère et disparut à la fin de cette même année, après dix mois d'existence.
Mais généralement, dans nos centres de la Nouvelle-Angleterre, la disparition d’un journal ne portait pas beaucoup à conséquence. Un journal mort, il en naissait un autre. Parfois même, pendant un certain temps, il y avait deux journaux dans la même ville qui se faisaient compétition, avant que l’un des deux soit forcé de laisser le champ libre à l’autre. A Lowell, comme ailleurs, la même histoire se répétait. Plusieurs journaux ont vu le jour dans le but de faire la lutte à ceux qui existaient déjà ou e: core pour assouvir une antipathie ou une haine contre un ennemi supposé.
L'Etoile, aujourd’hui l’un de nos quotidiens français, fut fondé le 21 mars 1886 par le Cercle Canadien. Des membres de cette associa-
tion composaient le bureau de direction du journal: c'étaient MM. A.-A. Parthenais, Henri-J. Lanthier et Weilbrener. En 1889 le Cercle Canadien vendait le journal à Lépine et Cie. (Cette société était composée à l'origine de MM. Aimé Gauthier, Henri-J. Lanthier, Clovis Bélanger et Maxime Lépine. Louis-P. Turcotte en était l'agent d'annonces. MM. Gauthier et Lanthier se retirèrent successivement de la société au bout de quelques années, et M. Dupont fut adjoint comme associé à MM. Lépine et Bélanger. Pendant un grand nombre d'années par la suite L'Etoile connut d'assez beaux jours, malgré que ce journal fût souvent en butte aux mesquineries et à la malveillance de certains de nos compatriotes. (C'est ce dont se plaignait L'Etoile dans son numéro du 23 février 1910. “Dans le temps du Cercle Canadien, disait-elle, dans le temps de Lépine et Cie, comme maintenant, il s'est toujours trouvé des personnes charitables pour colporter de maison en maison la nouvelle que L'Etoile était à la veille de cesser sa publication et de nouveaux journaux étaient fondés dans le but de travailler à sa destruction.”
Toujours est-il qu’à la fin L'Etoile a bel et bien disparu un certain temps durant l'été de 1910. L’extrait ci-dessus fait voir qu’au mois de février 1910 L'Etoile n’était plus la propriété de la société Lépine et Cie, et ce changement de propriétaires devait précéder une catastrophe à brève échéance. Quand Benjamin Lenthier vint de Plattsburg à Lowell avec son National pour s'y implanter en 1890, cela pouvait fort bien passer comme un défi au journal déjà existant. Le National devenait quotidien le 17 mars 1891. De ce côté il avait l'avantage sur L'Etoile. Ce ne fut que deux ans après, le 20 mars 1893, que L'Etoile devint journal quotidien. L'année suivante le National devait disparaître emporté dans une retentissante faillite et L'Etoile avait désormais le champ libre.
L'Etoile eut successivement comme rédacteurs, MM. Desacq, J.-E. Marier, Alfred Bonneau, Edouard Vincelette, H. Bélanger, Charles-R. Daoust, Bruno Wilson, Jean-Louis Richard, Arthur Smith et Arthur Beaucage. Ce dernier était chargé de la rédaction depuis quelques mois à peine lorsque survint le désastre du printemps 1910 causé par la mise en liquidation judiciairement de la New England Investment Co., à qui, par ricochet, le journal appartenait depuis le mois d'avril 1909.
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La New England était une compagnie par actions fondée à Manchester, N.-H., e1. 1906 par M. Joseph de Champlain, un homme qui rêvait de grandes choses pour sa race aux Etats-Unis et avait une ambition démesurée. A cela il ajoutait un aplomb imperturbable dans les assemblées publiques, une faconde intarissable et une audace qui ne se démentait jamais. De Champlain louait des salles publiques où il convoquait des assemblées le soir, tout le monde étant admis gratis. Il faisait alors un discours devant une salle comble, exposant ses théories sur la concentration des capitaux en une vaste organisation industrielle, commerciale et financière qui devait englober tout l'élément franco-américain de la Nouvelle-Angleterre et en faire une puissance à l'instar des grands trusts américains. Les théories de de Champlain étaient magnifiques et étaient bien faites pour en imposer aux esprits simples et peu au courant de l'ordre réel des choses. Le père de la New England avait aussi un talent oratoire unique. Ce n'est pas que son langage fût très élégant ou châtié, mais sa verve était intarissable ; il sautait d’un sujet à un autre avec une souplesse étonnante: il avait le talent de mêler une foule de choses, tout cela présenté avec de grands éclats de voix, des gestes à la Danton, des mouvements de tête inspirés, des phrases sonores et ronflantes, souvent incohérentes: mais n'importe, il se trouvait toujours des crédules, éblouis par une telle éloquence, qui se laissaient convaincre et déliaient les cordons de leur bourse. Les dames et les demoiselles formaient une bonne partie de ces auditoires. Cela explique en partie comment il se fait qu’un si grand nombre de personnes du beau sexe se sont trouvées à la fin les victimes de la faillite de la New England qui avait engouffré leurs économies péniblement amassées au prix d'un long travail.
De Champlain avait commencé par établir une industrie de la glace à Manchester. Il était secondé dans ses assemblées et ses entreprises par de fidèles lieutenants tout aussi disposés à travailler pour la gloire du nom canadien-français aux Etats-Unis. Mais il ne devait pas limiter ses opérations à la ville de Manchester. Il résolut de fonder un organe, un journal à lui pour répandre plus efficacement l'évangile de la concentration des capitaux parmi nos populations canadiennes de la Nouvelle-Angleterre. De cette idée géniale naquit le Réveil à Manchester, fondé avec l'argent des actionnaires de la New England. Au mois d'avril 1909, la soi-disante compagnie du
Réveil acheta L'Etoile. Cela faisait un deuxième organe quotidien pour la fameuse corporation dont le chef, encouragé par ses satellites, rêvait à son endroit les plus hautes destinées. Dès lors M. de Champlain avait la haute main sur deux journaux quotidiens. Il réorganisa complètement L'Etoile, qui parut sous un format agrandi, journal à huit pages de sept colonnes au lieu de six; il acheta du matériel neuf, une grosse presse nouvelle, déménagea dans des quartiers mieux situés et plus vastes; en un mot il fit tout cela avec l'argent des actionnaires de cette pauvre New England qui n'allait pas tarder de succomber à la tâche.
Les propriétaires de L'Etoile, MM. Lépine, Bélanger et Dupont, furent parfaitement désintéressés, après les dettes et hypothèques payées, de sorte que le journal se trouvait libéré de toute obligation, sauf celle qu'il avait contractée vis-à-vis la New England, et ce n'en était pas une petite, car pour les vendeurs comme pour les acheteurs il eut cent fois mieux valu que L'Etoile restât comme elle était auparavant. Mais encore ici c'est la même vieille histoire qui se répétait : l'ambition mal dirigée et le désir effréné de s'enrichir sans travail honnête conduisent souvent à une fin lamentable. Après la vente de L'Etoile, son ancien principal propriétaire, M. Maxime Lépine, se mit au service du sieur de Champlain comme l’un des organisateurs généraux de la compagnie, parcourant les villes de la Nouvelle-Angleterre, tenant des assemblées publiques avec le grand chef et président, M. de Champlain, et autres personnages fonctionnaires à 1 titre quelconque de la corporation. C'était là le travail public pour amener l'eau au moulin, c'est-à-dire soutirer les économies des gens crédules et naïfs—des gogos, comme on avait pris l'habitude de les désigner. Le travail privé était fait par une nuée d'agents établis dans chaque centre, petit ou grand, de ia Nouvelle-Angleterre, dont la besogne consistait à vendre des parts de la New England, dont le nombre était illimité. Ces parts avaient une valeur fictive qui montait graduellement comme pour démontrer que la solidité de la compagnie montait en proportion. Mais cela importait peu; l’essentiel c'était de recevoir de l'argent, dont une partie, comme libérale commission, restait dans le gousset de l’agent et le surplus était envoyé au siège de la compagnie à Manchester.
Maxime Lépine passa ainsi l’été de 1909 à pérorer sur les estrades en compagnie de son chef, réfutant les attaques dont la New England
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était alors l'objet de la part de certains journaux et autres et promettant la richesse à ceux qui mettraient leur agent dans les caisses de la New England. Pendant ce temps-là L'Etoile publiait des articles flamboyants, chantant la gloire de M. de Champlain et les hautes destinées réservées à la New England, et les rapports des assemblées tenues ici et là dans les villes de la Nouvelle-Angleterre pour servir d'amorce aux économies de nos populations. La rédaction de ces articles et de ces rapports était typique. Dans les premiers, la New England était représentée comme la panacée qui devait régénérer la race canadienne-française aux Etats-Unis et la mettre sur un pied d'égalité avec le grand monde de l'industrie et de la finance américaines. La New England devait être le noyau des grandes entreprises que, grâce à la concentration des capitaux, le grand homme, l'homme de génie qu'était Joseph de Champlain, devait créer, comme des chemins de fer, des banques, etc. Il n'était pas jusqu'à la question religieuse que le président de la New England ne se faisait fort de régler en ce qui concernait la nomination des évêques et des curés dans les diocèses ou paroisses canadiens-français. Les rapports des assemblées étaient écrits dans un style choisi pour la circonstance: enthousiasme délirant, une salle comble, une véritable ovation aux orateurs, des tonnerres d'applaudissements, etc. Tels étaient les termes familiers de ces rapports qui ne différaient guère les uns des autres. Tout cela était répété dans le Réveil de Manchester, car il faut remarquer qu'une partie du Réveil était faite avec la matière de L'Etoile, à Lowell même. Le rédacteur des deux journaux dans le temps était Arthur Smith, qui se faisait surtout remarquer par la violence de son langage quand il se mettait en frais de répondre aux journaux et à ceux qu'il appelait les détracteurs de la New England.
Les événements subséquents montrèrent pleinement que les détracteurs de la New England avaient eu raison de conseiller la prudence.
Après avoir servi pendant quelques mois comme organisateur général de la compagnie, ou quelque chose comme cela, Maxime Lépine rentrait à L'Etoile en qualité de gérant, et Arthur Smith, qui cumulait les fonctions de gérant avec celles de rédacteur en chef, sortit définitivement du journal.!
1. Depuis que ceci a été écrit, M. Arthur Smith est retourné à ‘L'Etoile, après is vente de ce journal à MM. Biron et Chaput.
Désormais le sort de L'Etoile était lié à celui de la New England. L'Etoile appartenant à la compagnie du Réveil et celle-ci appartenant à la New England, ces deux journaux pour combler leurs déficits avaient naturellement la ressource de tirer sur les fonds de la New England provenant de la vente des parts. Cela marcha ainsi pendant quelque temps, tant que la compagnie de M. de Champlain ne fut pas inquiétée. Mais la catastrophe prévue depuis longtemps par les gens observateurs ne devait pas tarder à se produire, et au printemps de 1910 le branle-bas général était donné.
Il n'entre pas dans le cadre de cette histoire de relater en détail les troubles de la New England Investment Company. Ce que nous venons d'en dire est à seule fin de montrer les causes du désastre qui fondit sur L'Etoile au printemps de 1910. Une demande à la cour de raettre la New England sous séquestre judiciaire fut accordée. Plus de ventes de parts, les beaux jours, les jours d’abondance étaient passés, l'argent allait commencer à faire défaut. L'Etoile ne pr ait indéfiniment être publiée à perte. La première chose que firent les gardiens judiciaires de la New England fut de se débarrasser de tout ce qui était une source de perte. La vente de L'Etoile fut donc décidée, avec tout son matériel. En attendant, la publication en fut suspendue. Quelques semaines plus tard la vente était effectuée aux enchères publiques. Les acquéreurs furent MM. L.-N. Biron et Paul Chaput, le premier éditeur de L’Impartial de Nashua, et l’autre éditeur du Courrier de Salem. Après quelques jours de suspension, L'Etoile ressortit sous un format réduit, mais le journal était à jamais perdu pour ses anciens propriétaires. Cet épisode de notre journalisme fait voir une fois de plus la justesse du dicton: “Qui trop embrasse mal étreint.” M. Lépine avait cru qu’en cédant son journal à la New England il assurait à celui-ci une brillante existence, hélas! c'était le premier pas vers la dégringolade.
Avant de clore l’histoire de L'Etoile il n'est pas sans intérêt de remarquer que si le président de la New England n’a pas acheté d’autres journaux que L'Etoile et ie Courrier de Lawrence, ce n’est pas de sa faute. Des ouvertures furent faites à tous les autres journaux quotidiens, mais il y 2 lieu de croire que les prix demandés étaient un peu forts pour les capacités de la New England; aussi leur situation financière probablement leur permettait de se montrer plus indépendants que L’Etoile.
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L'histoire de L'Etoile nous a amené un peu loin. Il faut maintenant que nous retournions en arrière pour reprendre la suite, par ordre chronologique, des journaux de Lowell.
En 1887 M. S. Courchesne publiait un journal humoristique intitulé le Farceur, qui ne vécut que quelques mois.
L'un des journaux qui vécut le moins longtemps est le Bien Public, dont le premier numéro parut le 17 avril 1888. Cette entreprise avait été lancée par M. Louis-P. Breault, un typographe, avec l’aide d'Edouard Vincelette comme rédacteur. Trois numéros seulement furent publiés. D'autres feuilles eurent encore une existence plus courte; il y en a qui n’eurent qu'un seul et unique numéro.
Après la disparition du Bien Public—si on peut employer ce terme pour un journal qui n’a sorti que trois numéros— surgit à côté de L'Etoile, en mars 1889, un autre journal appelé L'Union. Le journal devint bi-hebdomadaire avec une édition du dimanche ayant pour titre le Journal du Dimanche. Edouard Vincelette en était le rédacteur. MM. Moreau et Duverger l’achetèrent en septembre 1889 et le publièrent pendant quelques mois, après quoi le journal disparut en 1890 avec l’arrivée de Benjamin Lenthier et de son National qu’il avait transporté de Plattsburg, N.-Y. Comme de tous les journaux disparus le National est celui qui a fait le plus de bruit et, avec le Travailleur, a occupé la place la plus considérable dans l'esprit de nos compatriotes, nous en avons fait le sujet de deux chapitres spéciaux qui suivent celui-ci. Le règne de Benjamin Lenthier dans le journalisme fut relativement court à Lowell—de 1890 à 1894—mais il fut retentissant, comme nous le verrons plus bas. Son nom était fameux, non seulement à Lowell, mais dans toutes les parties de la Nouvelle-Angleterre et dans l'Etat de New-York. Il eut d’humbles débuts à Lowell, mais il sut se servir habilement de la politique pour arriver à ses fins.
Ardent démocrate, son journal et plus tard ses journaux furent des organes essentiellement démocratiques. Il était arrivé à Lowell durant l’administration Harrison. Dans tout le pays alors les démocrates commençaient à se préparer pour prendre la revanche de la défaite de leur parti en 1888. M. Cleveland devait être élu président pour la deuxième fois en 1892. D'ici là toutes les forces démocratiques devaient être sur pied pour assurer le retour du candidat du parti à la Maison Blanche. C'était une véritable mine que M. Len-
thier ne manqua pas d'exploiter. La campagne électorale terminée avec l'élection de M. Cleveland, les subsides démocratiques prirent fin et dès lors le National ne pouvait compter que sur ses seules ressources pour son existence. Après les jours d'abondance vinrent les jours de disette. Les pauvres employés en connurent quelque chose lorsque, le samedi arrivé, ils ne recevaient qu'une maigre pitance, juste assez pour les empêcher de crever de faim. La catastrophe finale se produisit au printemps de 1894.
La disparition du National laissait encore une fois le champ libre à L'Etoile.
Au mois de mars 1890, à peu près dans le temps où le National s'implantait à Lowell, paraissait L'Indépendance, fondée par Boniface-C. Gagnon. Ce journal disparut au bout de six mois.
Le Soleil a paru en 1888 pour éclairer les électeurs pendant la campagne électorale de cette année-là.
En 1902, J.-E. Lambert fondait la Revue. Cette feuille a existé trois ou quatre ans.
Lowell aussi eut sa feuille protestante avec L'Artisan Canadien, qui vit le jour en 1880 et n’a paru que quelques mois.
Dans cette histoire des journaux de Lowell, nous voulons faire une mention spéciale d’un homme qui a occupé une place considérable dans le journalisme canadien des Etats et qui aujourd’hui est descendu dans la tombe. Nous voulons parler de M. Aimé Gauthier.