‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 63 sur 220 · CHAPITRE VINGT-CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIEME

Be ‘jamin Lenthier et ses journaux

YWRSTAN autre he, me qui a imprimé profondément sa marque K dans le journalisme canadien-français des Etats-Unis est M. Benjamin Lenthier, Voici un nom qui pendant un S) temps, fit grand bruit dans nos principaux centres de la Nouvelle-Angleterre. M. Lenthier n’était pas seulement un éditeur de journaux; il était de plus un politicien professionnel et actif. Quand il arriva sur la scène à Lowell, il y avait déjà quelques années que Ferdinand Gagnon était disparu, mais son journal lui avait survécu. Ce dernier avait réussi à maintenir son Travailleur sans l’aide financière de la politique. Mais Benjamin Lenthier n'avait pas de ces scrupules.

M. Lenthier s'était donc promis de faire de son journal ou de ses journaux des organes politiques, si l'occasion s'en présentait. Mais il fallait faire surgir cette occasion. Elle se présenta enfin en la personne de M. Josiah Quincy, un chef démocrate du temps dans le Massachusetts, et chargé d’organiser la deuxième élection de Grover Cleveland à la présidence en 1892. Benjamin Lenthier, au cours de cette fameuse campagne présidentielle de 1892, se lança dans la mêlée pour le compte du parti démocrate, au moyen de ses journaux qui avaient pour mission de répandre les doctrines et principes démocratiques parmi les Canadiens naturalisés citoyens américains. Il payait même de sa personne en faisant des harangues devant des assemblées politiques d’électeurs de langue française.

Pendant quelques mois les eaux du Pactole coulèrent dans la caisse du National et servaient en même temps à alimenter les multiples feuilles subsidiaires qui sortaient du bureau-chef pour se dé-

verser aux quatre vents de la Nouvelle-Angieterre et jusque dans l'Etat de New-York.

C'était l’âge d'or du journalisme canadien aux Etats-Unis au point de vue des ressources financières. Le bailleur de fonds faisait les choses royalement, et c'est aussi royalement que M. Lenthier employait les largesses du donateur. On aura une idée des grandes dépenses auxquelles avait à faire face M. Lenthier quand nous aurons dit que dans l'été de 1892 il possédait pas moins de dix-sept journaux. Ce qui avait fait dire à un mauvais plaisant du temps, propos qui avait atteint une certaine popularité, que c'était “la bête aux dix-sept têtes.” L'épisode de Benjamin Lenthier et de ses journaux est un curieux chapitre. Mais n’anticipons pas davantage sur les événements. Nous allons exposer dans les quelques pages qui vont suivre la carrière de M. Lenthier dans le journalisme en le prenant à son début.

En mai 1880 il fondait à Glens Falls, N.-Y., une feuille hebdomadaire qu'il baptisa du nom de Drapeau National. Après avoir vécu un an et demi, le Drapeau National changea de nom et devint le Guide du Peuple. M. le professeur J.-O.-D. de Bondy, associé de M. Lenthier, rédigea avec talent ces modestes organes de la population canadienne pendant les trois années de leur existence successive. M. Lenthier ne fut pas longtemps à constater que si le terrain, toujours fécond partout où l’on rencontre des Canadiens patriotes, était aussi fertile qu'il l'avait jugé, le champ où il avait jeté à pleines mains la semence de l'éducation était maintenant tout occupé et qu’il était trop restreint pour y continuer avec avantage l’œuvre entreprise.

Ce fut alors qu'il songea à se transporter plus près de la frontière canadienne, dans le vieux comté de Clinton où les nôtres, au nombre de plus de 26,000, étaient la majorité de la population. Plattsburg, chef-lieu du comté, jolie petite ville que baignent les eaux limpides du beau lac Champlain, semblait être en effet un centre approprié pour établir sur des bases plus solides et plus larges un organe sérieux de notre nationalité.

C'est le 7 juin 1883 que le National faisait à Plattsburg sa pre-

1. Les notes qui vont suivre sur la carrière de M. Lenthier à Glens Falls, Plattsburg et Iowell sont en grande partie empruntées au numéro souvenir du “National” portant la date du 7 Juin 1693, publié à floccasion du ide anniversaire de ia fondation de ce journal. Ce numéro débute par un article signé de Charles-R. Daoust, le rédacteur d'alors, sur l'histoire du ‘’Nationai'’ et des entreprises journalistiques de son propriétaire.

Benjamin Lenthier et ses journaux 165

mière apparition. Assez modeste à son début, il n'affichait aucune prétention exorbitante. Il faisait un appel au patriotisme éclairé des différents groupes canadiens disséminés sur les deux rives du lac Champlain, dans les Etats du Vermont et de New-York, s'engageant de son côté à défendre vaillamment la grande cause nationale et à travailler avec ardeur au développement matériel et moral de ce fort contingent que l'émigration avait conduit à l'ombre du drapeau étoilé.

Le premier qui assista M. Lenthier à la rédaction du National fut M. Léon Bossue dit Lyonnais, qui par la suite s'établit dans la ville de New-York. M. Lyonnais cumulait en même temps les fonctions de typographe, métier qu'il avait déjà exercé. Il put ainsi rendre d'excellents services dans le temps où tout était à organiser et où le propriétaire devait faire des achats considérables de matériel.

Le National était à peine installé dans son nouveau logis que son rédacteur, Charles-R. Daoust, quelques mois après son arrivée, retournait au Canada. Il fut remplacé à la rédaction par M. Louis- Alphonse Lesieur Desaulniers, jeune avocat de Trois-Rivières, qui à de belles capacités d'écrivain joignait un talent réel pour la musique. Pendant près de deux années il consacra les nombreux loisirs que lui laissait sa position d’organiste de l'église Saint-Pierre à des études sérieuses dont les lecteurs du journal étaient les premiers à profiter.

“Dès les premiers jours de l'établissement du National à Plattsburg, M. Lenthier avait acheté une grosse presse à cylindre qui devait faire des merveilles, et Dieu sait si elle en fit! Mais aussi quels soins on en prenait! Pour ne pas l'user trop rapidement on lui avait épargné la brutalité de ces pouvoirs-moteurs ordinaires, tels que l’eau, la vapeur ou l'électricité, pouvoir sans âme qui vous massacre une presse plus que de raison. Pendant près de deux années qu'elle servit à imprimer régulièrement le National, toutes les semaines, elle ne fonctionna que par le “‘jackass-power,” moyen des plus primitifs et variable à volonté. Cependant ce pouvoir-là devint bientôt si rare et si coûteux qu'il fut décidé qu'ii vaudrait mieux se débarrasser de la bonne vieille presse devenue désormais un meuble aussi encombrant qu'inutile. Aussi, à partir du mois de mars 1885 jusqu'au mois de juin 1889, le National fut imprimé sur les presses du Morning Telegram, un journal républicain qui, pour une somme raisonnable, aida à répandre parmi la population canadienne les saines doctrines de ia démocratie.”

diem

Fou VU EU EE

ét ns HF

A Vi Lt bed

RELATED rmresremensd nue rails

RS

Sn TE EF RREN PCA Fr

SAREHENE

PPACTOET EEE Pre

166 Ilistoire de la Presse Franco-Américaine

C'est ici la place de parler d'un homme qui contribua puissamment au succès du National par la propagande qu'il fit en faveur de ce journal, M. Joseph-F. Pinard, de Claremont, N.-H. Nous ne savons par quel hasard M. Lenthier et M. Pinard, demeurant à une aussi longue distance l'un de l'autre, vinrent à se rencontrer. Avec son flair habituel le propriétaire du National reconnut en M. Pinard des qualités qui en feraient un agent d'abonnements de premier ordre, et de son côté, celui-ci dut voir dans l'entreprise du National une œuvre de patriotisme qui méritait le dévouement d'un patriote comme il l'était lui-même.

Il n'y avait que quelques mois que M. Pinard travaillait pour le National quand l'augmentation constante et régulière de la liste des abonnés décida M. Lenthier à déménager de nouveau pour être plus près des ateliers du Telegram, où le journal était imprimé. A la veille de ce déménagement, M. Desaulniers quittait la rédaction du National pour aller s'établir à Lewiston, Maine, où il devait entrer à la rédaction du Messager. Il partit de Plattsburg le 26 avril 1886. Environ un an après ses amis apprirent, avec une profonde émotion, sa fin tragique. Par une erreur de pharmacien, M. Desaulniers prit à la place de vin une dose de poison et succomba en peu d'instants, malgré toutes les ressources de l’art médical. Sa jeune épouse, qui allait être mère, avait aussi bu quelques gouttes de la drogue fatale et mourut quelques minutes après lui. A la suite d’une opération césarienne l'enfant survécut quelques heures et put être baptisé avant de mourir. Ainsi furent emportés en quelques heures le père, la mère ct l'enfant, et deux jeunes orphelins furent laissés seuls à la suite de cette navrante tragédie.

Ce que nous venons de raconter au sujet de la fin lamentable de M. Desaulniers et de son épouse se passait le rer avril 1887.

Dans l'intervalle, les ateliers du National avaient été transportés au troisième étage de l'édifice Weed & Moore, rue Clinton. L'administration et la rédaction avaient été installées au rez-de-chaussée. M. Ambroise Choquette, de Montréal, avait remplacé M. Desaulniers à la rédaction. 11 y resta près d’un an. Au commencement de l’année 1887, M. Choquette quitta son poste pour aller s'établir à Worcester, Massachusetts.

Pendant près de six mois, M. Lenthier se trouvait seul à faire la rédaction et à voir à l’administration du journal, et il songea alors à

Benjamin Lenthier ct ses journaux 167

aller relancer son ancien rédacteur, le jeune Daoust, qui travaillait à la Patrie de Montréal depuis plus d'un an. M. Daoust nous apprend que la circulation du National ayant considérablement augmenté, le salaire de son rédacteur avait par ricochet subi une hausse remarquable. 1I1se laissa donc séduire et retourna à ses premières amours. Il n'y resta pas encore longtemps cette fois. Une dépêche lui ayant appris la maladie grave de sa mère à Montréal, il retourna au pays natal.

M. Lenthier étant alors absent dans l'Ouest, où il s'était rendu pour préparer un nouveau champ d'action pour le journal, M. Daoust sut se trouver un excellent remplaçant en M. Léon Famelart, un jeune Français qu'il avait connu dans la métropole canadienne. M. Famelart entra au National au mois de novembre 1887. Son passage fut signalé par un nouveau courant de popularité qui porta le journal au premier rang. Mais au printemps suivant M. Famelart, profitant d’une vacance dans les bureaux de la Presse, s'en retourna à Montréal.

Un homme dont on peut dire qu’il passa comme un brillant météore dans le firmament de l'intelligence est M. Georges Lemay, alors établi à New-York et qui avait collaboré au National depuis plusieurs mois sous le nom de plume de Edmond Dantès. Il remplaça à la rédaction M. Famelart, vers l ‘lieu de mai 1888. Il rédigea le National pendant neuf mois, et ournal acquit alors une réputation méritée par les articles vigoureux et au style châtié qu'y écrivait M. Lemay. Georges Lemay avait fait des études classiques au petit séminaire de Québec. Après un cours des plus brillants, il demeura quelques années à Québec, puis il alla s'établir à New-York.!

Georges Lemay quitta le National au mois de février 1889 pour retourner à New-York, où après avoir rédigé le New-York-Canada pendant les quelques mois que ce journal a vécu, il réussit à obtenir une belle position dans un des départements municipaux. Comme son ancien patron, Benjamin Lenthier, il était démocrate en politique. Dans l'été de 1892, durant la campagne qui précéda la deuxième élection de Cleveland à la présidence, il avait fait de la propagande politique en faveur de celui-ci.

1. Avant son départ de Québec, M. Lemay avait épousé l'une des trois filles de feu le docteur Hubert Larue, professeur À l'université Laval et homme de lettres distingué. À ses talents littéraires M. Lemay doignait un goût remarquable pour la musique, et il était surtout flûtiste très distingué. Comme tel il était une précieuse acquisition pour tes orchestres. 11 y a déjà bien des années que cette belle intelligence a été fauchée prématurément par la mort dans la grande métropole américaine.

MUTADSLRENRNE | ORAN OME SA EEE EDES OP RENE MEN MLACIAMENUE ME M SRREOEND EN NEN ME ILANLETEALUEAN NN TANT

DETTE RC EEE

Page 1