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168 Ilistoire de la Presse Franco-Américaine
“Pendant près d'un an, écrivait encore M. Daoust en 1893, du mois de juin 1889 au mois de mai 1890, tout alla pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Jamais avant ni depuis cette époque l'établissement du National n'a réuni famille plus heureuse, On vivait en commun. Tout le personnel du journal, rédacteur, chef d'atelier, typographes, demeurait chez M. Lenthier dont la famille occupait les deux étages au-dessus des ateliers. La vie y était réglée comme dans une communauté.
“Mais un nouvel événement devait bientôt nous arracher à notre vie paisible et régulière que nous étions venus à considérer comme le nec-plus-ultra des jouissances terrestres que peut procurer un travail consciencieux et régulier. Depuis longtemps M. Lenthier caressait un rêve dont il se plaisait souvent à entretenir ses intimes: fonder dans un grand centre canadien de la Nouvelle-Angleterre un journal quotidien.
“Enfin il touchait à la réalité. Des amis de Lowell, de bons démocrates et de véritables patriotes demandèrent, vers le commencement de 1890, à M. Lenthier de transporter ses ateliers dans ce grand centre manufacturier de l'Est où nos compatriotes étaient établis en très grand nombre. Les conditions offertes étaient vraiment alléchantes, et bien que ce nouveau déménagement dût coûter beaucoup à M. Lenthier, il accepta. Dès que le grand changement eût été décidé, les préparatifs du départ commencèrent. La publication du journal dût être suspendue pendant un mois.”
Comme on le voit par ce qui précède, les premières années du National, la période de sept ans qui s'écoula à Plattsburg, furent passablement accidentées. Mais le nom de Benjamin Lenthier commençait à devenir célèbre parmi les groupes canadiens de l'Est, et il arrivait à Lowell, armes et bagages— personnel et matériel—précédé d'une réputation bien méritée d'homme progressif et entreprenant.