‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 104 sur 122 · Archives de Donzère · texte numérisé non relu

Archives de Donzère

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ture galante ; en 1704, l'abjuration à Montélimar de Pierre Joubert de Navon par-devant le T. R. P. Joubert de la compagnie de Jésus ^ ; enfin, en 1708, sous le consulat de Jean Meynot^, mission prêchée àDonzère par les RR.PP. Jésuites Bernou et Bernardet, et suivie, le 6 avril, d'une plantation de croix sur la colline dite du Calvaire, où la confrérie des Pénitents avait été autorisée en 1690, à construire un oratoire qui n'y fut jamais élevé. S'il faut en croire un procès-verbal du temps ^, cette plantation de croix aurait donné lieu à certain fait merveilleux dont la tradition parle encore : une averse tombée pendant la procession, sans mouiller la croix ni ceux qui la portaient. De là, pour les fidèles à qui le ciel ne fit pas la même faveur, un miracle, opéré tout naturellement par le passage subit d'un grain, d'un nuage, d'une giboulée d'avril. Depuis, et nous le regrettons pour la légende, la croix miraculeuse est tombée sous la pioche des terrassiers du chemin de fer.

1. Très probablement le célèbre lexicographe que les uns font naître à Donzère, les autres à Lyon. Si à Donzère, ce ne pourrait être en tout cas en 1688, comme l'admettent MM. Rochas et Lacroix, d'après l'acte de naissance d'un Joseph Joubert, fils d'autre Joseph et de Françoise de Varages, inscrit à cette date dans nos Registres curiaux. Un T. R. P. de 16 ans, en 1704 : tout au plus l'âge d'un novice. — Ce qui nous paraît moins douteux, vu la dispersion et le grand nombre de Joubert du prénom de Joseph, à l'époque du savant jésuite, c'est la difficulté, pour Donzère comme pour Lyon, de revendiquer avec certitude cette illustration.

2. Jean Meynot, originaire de Burzet (Vivarais), habitait Donzère vers 1665. Boulanger en 1715, il avait épousé en 1700, Anne Grégoire, fille de Pierre Grégoire et d'Anne Guibourdanche, deux anciennes familles protestantes.

3. Procès- Verbal des Merveilles opérées par la sai?ite croix du calvaire des Pénitents de Donzère, fait /e 15 jui.i 1708.

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A cette année de bénédiction succéda cependant une ère de calamités : en 1709, l'hiver extraordinaire où les blés et la plupart des vignes, des oliviers et des noyers périrent; puis la débâcle du Rhône qui emporta plusieurs propriétés; en 1714, la gelée du 16 avril, si fatale aux mûriers qu'il n'y eut point de vers à soie cette année-là; enfin, en 1722, la réapparition de la peste au mois de juillet. Donzère, sur l'avis qu'un individu atteint de la contagion et venant du Comtat, avait passé la ligne dans les environs de Suze, dut fermer ses portes. Par ordre du marquis de Ghabrillan, commandant la ligne du Rhône, un cordon sanitaire fut établi le long du fleuve, sur la rive gauche, avec ordre aux factionnaires de tirer sur ceux qui paraîtraient sur le Rhône, venant de la rive droite. A cet effet, on construisit des corps de garde sur plusieurs points, notamment à Robinet et dans l'île de M. de Rochepierre. Donzère eut un bureau de santé ; le châtelain et les consuls devaient informer deux fois par jour M. de Ghabrillan de l'état de la ville ; les chirurgiens n'en rien cacher, sous peine de la vie ; mais déjà en baisse au mois de septembre, le fléau disparut au commencement d'octobre.

Donzère dans ces temps désastreux dut recourir à l'emprunt : en 1720, sous le consulat d'André Quintin et de LaurentAmblard, il comptait parmi ses créanciers: lecollecleur ou trésorier, l'hôpital, le chapitre de Saint-Paul, les Dames religieuses de Sainte-Ursule de. Viviers, etc. ; en somme, un passif de 1,351 livres 4 sols 4 deniers. Situation que la peste et quelques années après, en 1733, un nouveau débordement du Rhône (4,349 liv. de dégâts : les eaux s'étant répandues au-dessus de la grande digue, construite pour la défense des îles), et les dépenses (1,222 liv.) d'une garnison pendant l'hiver de 1734,

ne firent qu'aggraver. Puis, en 1745, Ricou étant consul, passage de Fanibassadeur du Sultan, et le chemin royal était alors peu praticable surtout au-dessus de Donzère. Il fallut construire des chaussées, jeter des ponts. Pendant 14 jours, tous les habitants y travaillèrent par corvées *.

Avec les charges de la commune, accroissement du nombre des pauvres, par suite du malheur des temps. Alors rhôpital (la charitat), ses rentes et quelques coins de terres, vignes, prés ou jardins ; le don, en 1585, d'une maison près le Pourtalet, par Biaise Theule, en expiation de la part qu'il avait prise au pillage du cloître en 1562 ; plus deux pensions annuelles, l'une de 18 liv. par l'évêque ; l'autre de 15 liv. par Georges Joubert, en 1669, constituaient ce que Ton appelait le bien des pauvi'es, régi par un recteur, au sortir des fonctions consulaires. Ce recteur ne pouvant suffire à l'œuvre, Blondeau, curé de la paroisse, en 1748, proposa de lui adjoindre 3 notables, élus en conseil général ; lesquels, avec le curé, devaient composer un Bureau de charité : le recteur, le secrétaire et le trésorier se recrutaient parmi les membres du Bureau. Ce Bureau avait ses assemblées présidées par le curé ; il était chargé d'administrer le revenu des pauvres et de le distribuer. Tous les dimanches, à la porte de l'église, à midi, avait lieu la distribution de 60 livres de pain, que la commune avait le droit de prendre chaque semaine, pour les pauvres, au four banal.

Après avoir réformé l'hôpital, Blondeau voulut réformer l'école. Depuis l'abbaye et son école laïque .« obligatoire» suivant l'expression moderne, il n'y a pas trace d'un établissement d'instruction dans l'histoire de la

• i. Archives de la commune : Comptes des Péréquateurs ,

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commune avant le xiv° siècle. A peine y remarque-ton de loin en loin un moine ou sacristain chargé, dans le prieuré, d'instruire les enfants pauvres. Ceux des riches recevaient l'instruction première dans la famille. Mais quand l'organisation de la commune -vînt rendre accessible à tous l'exercice du consulat et des charges publi-^ ques, le besoin de savoir lire, écrire et compter s'imposa, et de là un premier essai d'école communale, tour à tour interrompu ou repris suivant les temps et les ressources de la commune. Au xvi® siècle, « un maislre d'escolle » exerçait au plus bas prix : « pourveu, disait-il, qu'on lui donnast moyen de vivre et quelques guaiges pour s'entretenir d'accouslrement. » Portés d'abord à 16 sols, puis à 18 livres en 1638, à 35 livres en 1660 ; à 36 livres en 1662, à condition d'instruire « quatre enfants orphelins ou autres nécessiteux », choisis par la commune, les gages du maître s'élevaient en 1690, à 45 livres, outre la rétribution mensuelle des écoliers : i2 sols pour ceux qui savaient écrire et 6 sols pour les autres. En 1732 où il y <ivait deux écoles, l'une de garçons dans la maison Pinchinier, et l'autre de filles, le maître touchait 100 livres et la maîtresse 50 ; mais au temps du curé Blondeau, en 1748, la situation de l'école devait être plus que précaire, vu le nombre croissant des enfants pauvres. Blondeau proposa au conseil la gratuité de l'instruction pour les enfants estropiés, et l'institution d'une dot pour les filles indigentes, le jour de leur mariage. Ri^n de plus sage, en vérité ; mais sur quoi comptait le bon curé pour doter ses rosières, les ressources de l'hôpital et du Bureau de charité suffisant à peine au soulagement des plus nécessiteux ? Ses propositions ne furent point acceptées.

Cependant, le canal de Donzère ne s'achevait pas vite :

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la prise d*eau établie, les difficultés avaient commencé. Ilfallut creuser etconstruîre le canal de dérivation au pied des grands escarpements des rochers de Robinet, dans des terrains formés par les débris de ces rochers, et souvent ravagés par des torrents. De là jusqu'à Robinet où commence la plaine de Donzère, un luxe de constructions et de dépenses qui absorbèrent promptement, et sans grands résultats, des sommes considérables et découragèrent les premiers entrepreneurs. Aussi, les travaux furent-ils abandonnés. Donzère, en somme, y perdait peu ; la prise d*eau ne permettant pas d*arroser les terres plus élevées qu'elle et comprises entre Robinet et la Berre. Tel n'était pas le cas de Pierrelatte situé plus bas et partant plus apte à recevoir Tirrigation, qui, pour sa plaine assoiffée, devait être comme la rosée promise, c'est-à-dire la fin de sa stérilité. Depuis le temps (1562) où, réquisitionné par des Adrets, Donzère avait double charge « à cause que au lieu de Pierrelatte n'avoit rien à manger ni à boire * », ce même lieu de Pierrelatte ne paraissait pas avoir prospéré. Peu ou point de produits agricoles, et pour comble aucun négoce. Taxé à 2 feux seulement et réduit à recourir à Texorcisme pour purger son territoire des chenilles qui l'infestaient ; aux emprunts pour réparer la toiture de sa halle et sa chapelle de Saint-Roclï, il envoyait ses malades à l'hôpital de Donzère '. Tour à tour vendu ou racheté par François P', sur le point d'être annexé au duché de Valentinois, s'il dut à la protection du duc de Lesdiguières d'échapper au prince de Monaco, il semble qu'il gagna peu à se

\, Archioes de Donzère.

2. Archives de Pierrelatte : ud compte consulaire de 1570 cite une quittance de 3 sols par Ducros, « qui porta sur un âne un pauvre malade h Thôpital de Donzère ».

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donner au prince de Conti, lequel, soit par sou châtelain, soit par ses fermiers, empêchait les habitants de ramasser des glands et des herbages dans leur bois des Blaches et faisait abattre les avant-murs de leur ville, pétarder le rocher *, etc. Ils ne comptaient pas moins sur ce prince pour la reprise des travaux du canal, propriété, en 1743, d'André Vivien, du Bourg- Saint-Andéol, inspecteur des travaux publics du Vivarais. André Vivien vendit en 1754, ses droUs au marquis de Gastellane, seigneur de Lagarde-Adhémar et de Valaurie. Secondé par Bousselet qu'il avait chargé de l'exploitation du canal, le marquis reprit les travaux, à rectifier sur plus d'un point. Ainsi, le canal qui s'étendait sur 13,800"» de Robinet aux Blaches, à 4,800™ au delà de Pierrelatte, n'avait qu'une largeur de 3 à 4° ; largeur suffisante pour les irrigations d'alors, mais non, si l'on avait à arroser les terres qui composent la plaine, comprise entre les deux caps avancés de Donzère et de Montdragon ; c'est-à-dire 13,000 hectares. Or, en vain l'intelligent marquis voulut-il opérer des réformes, ses longs démêlés à la Judicature de Donzère, avec les cohéritiers de Vivien, Bouvier de Robinet, fermier du chapitre, et le Receveur des fermes et gabelles du Roi, à Pierrelatte, l'empêchèrent de mener son œuvre à bonne fin ^. Pendant que l'entreprise du canal périclitait, le projet de redressement et de reconstruction d'une partie de

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