Archives de la commune
nas*,les Garamantrand, les Robiiion, les de La Cour, etc., semblaient s'éclipser, d'autres leur succédaient, eten plus grand nombre. Un trait du temps, cette démangeaison nobiliaire, à la veille d'une révolution qui devait faire table rase de tous les privilèges. Roturiers parvenus ou enrichis, c'était à qui, soit à prix d'argent, soit par une alliance, soit de sa propre autorité, troquerait son ancienne condition contre « la savonnette à vilain. » Après la noblesse des preux, celle des affranchis. Suivant Ghérin, en 1789, les quatre cinquièmes de la noblesse n'avaient aucun droit d'y prétendre. A Donzère,'entre autres, Jean-François Goudail, l'ancien marchand de Lyon, avait fait souche de gentilshommes. Ses fils ou petits-fils, capitaines, majors ou écuyers, en héritant du nom de Javelin qu'il s'était donné, avaient conquis à l'armée sinon le droit, du moins l'honneur de le porter; mais comme si ce désir de valoir mieux que les autres et d'en faire montre était inhérent au cœur humain, non contents d'une particule, il ressort de certains actes du temps qu'ils s'en adjugeaient deux, sans se douter que cette particule ne constituait nullement la noblesse : la terre ou le village, depuis le xii° siècle, nommant en effet les personnes, sans pour cela les anoblir.
Toutefois, aucun de ces nobles ne siégea en cette qualité à l'assemblée des trois ordres du Dauphiné, tenue d'abord à Vizille le 21 juillet 1788 ; puis le 5 septembre à Romans; assemblée à jamais mémorable d'où partit le signal de la Révolution. Donzère y députa Louis- Antoine Meynot, comme représentant du tiers État, — A temps nouveaux hommes nouveaux. Si les tenants du
1. Aujourd'hui, cette famille. Tune des plus illustres de Donzère, y revit encore dans la personne d'un pauvre cultivateur, ancien soldat, portant dignement le nom de ses ancêtres.
262 HISTOIRE DE DONZÈRE
passé songeaient encore à présider aux destinées de la commune, l*heure était proche où ils allaient se trouver en face d'hommes, pénétrés de l'esprit moderne, et qui aspiraient à devenir à leur tour le parti dirigeant. Nés roturiers et restés roturiers, sortis, les uns d'une boutique de marchands ou d'une boulangerie ; les autres d'une ferme ou d'une corporation de métiers ; le plus grand nombre de la classe des cultivateurs, ils avaient puisé dans leur condition ces principes d'ordre, de travail et d'économie qui font que les familles prospèrent. Tous avaient conquis dans la Principauté le rang de a Notables », qu'ils ne devaient quitter que pour s'élever plus haut : au rang de citoyens dans la France libre. Déjà cette Principauté, née de. Gharlemague et longtemps vassale de ses successeurs les empereurs germaniques, cette Principauté qui avait résisté à Louis XI, et compté parmi ses princes les Hélie dePompadour, les Jean de Montchenu, les Claude de Tournon, les de Brézé, les de la Fare, les Farnèse, les Jean de l'Hostel, les François de la Baume de Suze, les Raynaud de Villeneuve, etc., n'était plus qu'un nom géographique; mais ce nom, il n'appartenait qu'à la Révolution de l'effacer en rendant à tout jamais la vieille terre impériale à la patrie française. Un fermier, voilà ce qui représentait alors à Donzère son dernier prince ; et comme si ce prince évéque (Charles La Font de Savines) n'eût pas attendu, pour abdiquer, la nuit du 4 août, à peine député par le clergé aux états généraux, il s'en était retiré ; mais il n'en siégea pas moins comme évêque jusqu'en 1793 : « il avait, dit Gallia christiana^{t. XVI), juré en 1790 la constitution civile du clergé ».