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2. Ancien fermier du domaine du Grez^ Meynot aîné possédait alors ce domaine ainsi que la maison des Moreton et le pré de Saint-Benoit, acquis, en 1788, au prix de 40,000 livres, d*un sieur Chassot de Florenson, auquel Souchon de Chanron les avait vendus en 1768. — Deux anciens propriétaires de Donzère, qui eurent, dans la Révolution, d'étranges fortunes: — l'un, Souchon, général de brigade à l'armée des Pyrénées, convaincu d'intelligences avec les fédéralistes du Midi, fut arrêté, conduit à Paris jugé et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, et exécuté le 3 germinal an II (1794); — l'autre, Chassot, émigré en Allemagne avant 1789, y devint secrétaire des commandements du duc de Brunswicli. Or, sur le prix de son acquisition, Meynot aîné avait encore à payer audit Chassot un reliquat de 30,000 livres. Appelé à la commune le 12 septembre 1792 et interpellé sur le fait, Meynot en confirma l'exactitude. Sans plus délibérer, le conseil fit saisir entre ses mains et verser dans les caisses de l'Etat, comme bien d'émigré, ledit reliquat. Juste, mais trop faible «bâtiment pour l'homme qui, né F'rani;aiset possédant des biens en France, n'avait pas craint de se faire le complice de son plus mortel ennemi.
276 HISTOIRE DE DONZÈRE
toyeas se déclarèrent prêts à restituer les parties de leurs biens, reconnues communales après vérification. Jean-Baptiste Peiiiard se refusant à toute restitution, le conseil arrêta qu*il serait poursuivi judiciairement.
Pendant qu'un géomètre de Mirabel procédait à la mensuration, assisté de Veyrenc, commissaire, et de trois indicateurs (Jean- Jacques Merlier, Charles Gharnasson et François Ghastemoux), l'Assemblée législative, par la loi du 14 août, ordonnait le partage des biens communaux, se réservant toutefois d'en déterminer le mode ; mais le 11 octobre, la Convention nationale suspendit Texécution de cette loi ; — ce que Donzère ne savait pas encore le 16 (les nouvelles officielles mettant alors plusieurs jours à lui arriver de Paris); — en sorte que les impatients, parmi lesquels Pierre Tourrel, Joseph Duc, Mathieu Souche, Jean Benoît, André Bompard, etc., se plaignant des lenteurs de la municipalité à procéder audit partage, s'insurgèrent : en maints endroits, notamment à la Double^ les remparts furent ouverts, et plusieurs membres du conseil, insultés dans l'exercice de leurs fonctions.
Veyrenc, député au conseil du département par la municipalité, y exposa le 18 octobre les causes de cette insurrection (qu'il connaissait probablement mieux que personne) et les dangers qui pourraient en résulter si l'on ne se hâtait d'aviser. Séance tenante, le conseil prit un arrêté portant : 1» que trois compagnies du bataillon de volontaires de l'Ariège en garnison à Saillans, district de Grest, seraient requises de se rendre sur-le-champ au lieu de Donzère et d'y rester jusqu'à nouvel ordre ; 2® que deux commissaires seraient, en outre, envoyés audit lieu, avec mission d'y employer tous les moyens de sagesse et de fermeté, propres au rétablissement de la tranquillité,
et d'y recueillir tous les renseignements relatifs à la connaissance des délits et de leurs causes pour en faire le rapport au conseil ^
Ces mesures comminatoires ne ramenèrent dans les esprits qu*un calme apparent. Au fond, la majorité de la population voulait ce partage et les intéressés euxmêmes n*y paraissaient pas hostiles *. Restitution par quelques-uns, répartition égale pour tous d'un bien commun, voilà, en somme, à quoi se réduisait toute la question. Après tant d'années de misère et de servitude, il tardait au peuple de participer pour quelque chose aux bienfaits de la Révolution ; mais, ne pouvant acquérir des biens nationaux, il se rabattait sur les biens communaux, sans songer qu'il s* attaquait à son propre patrimoine.
A peine de retour de son ambassade, Veyrenc déposa son rapport sur les biens usurpés. C'était raviver rinsurrection dont il venait de requérir la répression au conseil du département. Ce jour-là, en effet (4 novembre), nombre de citoyens se portèrent à la mairie, disant que, puisque toutes les opérations de mensuration étaient faites, il n'y avait plus qu'à déterminer le mode de partage tant des biens usurpés que des biens communaux. Mais le conseil déclara n'avoir rien à statuer en l'état, et il invita les citoyens à respecter les lois, les personnes et les propriétés. Sous l'empire de la loi du 11 octobre, le conseil ne devait pas d'autre réponse aux impatients ; car si le 16 octobre ils avaient pu prétexter d'ignorance, il n'en était pas de même le 4novembre,après la promulgation de la loi. Le plus sage
1. Procès-verbal du conseil du département de la Drame, 18 octobre 1792.