‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 114 sur 122 · Moniteur universel de Tan III · texte numérisé non relu

Moniteur universel de Tan III

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s'approvisionner ni à Montélimar ni à Valence, envoya, dans plusieurs départements, des commissaires chargés d'y faire des achats de grains, et qui revinrent à la fin de ventôse, avec des provisions de blé et de méteil, que la municipalité répartit entre les habitants les plus nécessiteux. Sage mesure qui lui permit d'opérer dignement sa retraite. S'il lui fut donné, en effet, de gouverner la commune pendant la période la plus orageuse de la Révolution, elle ne parut faire preuve, lorsqu'elle se trouva aux prises avec deux insurrections. Tune religieuse et l'autre agraire, ni d'une fermeté ni d'un esprit supérieurs aux événements. Animée de passions personnelles et composée d'hommes de tous les partis, elle finit par subir la domination des plus violents. Née sous le gouvernement révolutionnaire, elle devait disparaître avec lui.

Déjà, par divers arrêtes, Jean de Bry avait pourvu aux charges administratives et municipales du canton ; mais il ne fallut rien moins qu'un ordre, menaçant les nouveaux fonctionnaires (Louis-Antoine Meynot, juge de paix ; Joubert aîné, maire, et Jean Quintin de Beauvert , agent national) d'être déclarés suspects, s'ils n'acceptaient; tant les souvenirs de la Terreur hantaient encore les meilleurs esprits. Cependant, après son installation par Jean-Baptiste Mathieu, commissaire du gouvernement, la nouvelle municipalité s'empressa de donner des gages à la réaction, et, dès sa première séance, le 11 germinal, elle arrêta que l'ancienne administration aurait à rendre ses comptes; il fut même question de faire rembourser par les fauteurs et auteurs des troubles, lors de l'invasion de la maison Ricou, en 1792, les 1,500 fr. que la commune avait dû payer aux détachements de Montélimar, de Saint-Paul et de Pierrelatte.

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On se contenta de l'arrestation des plus compromis, tels que Jacques Roussel, Antoine Catalan, Noël et Pierre Chevalier, Mathieu Souche et Jacques Héraud. Veyrenc, en homme avise, avait pris la fuite, laissant à la charge des « frères et amis » sa dette à payer à la réaction. Toujours est-il qu'on ne le revit plus dans la commune. Salvator moins heureux, décrété de prise de corpset transféré des prisons de Montélimar en celles de Valence, y attendait son jugement. — Or, le 12 Qoréal, le bruit de son évasion s'étaut répandu, le conseil ordonna une perquisition, mais sans résultat. Deux jours après, le 14, alarme nouvelle. On disait même qu'il avait été vu la nuit, visitant ses partisans : une fausse alerte dont le conseil profita pour procéder le lendemain au désarmement des révolutionnaires : Jean-Jacques Merlier, les Dumas père et fils, André Bayle, Joseph Blanc, Pierre Tourrel, Jean-Baptiste Gilles, etc.

Si nous en croyons les procès-verbaux du temps, les griefs ou les prétextes ne manquaient pas au conseil pour motiver sa mesure. — A l'un (Joseph Blanc), on reprochait d'avoir pris part au partage des biens communaux; à l'autre (Jean-Baptiste Gilles), d'avoir fait . partie du comité de surveillance ou d'être un enragé robespierriste ; à un troisième (André Bayle), d'avoir prêché la loi agraire ou tenu des propos contre les royalistes, — qui ti levaient, disait-il, le nez dans la commune » ; — à d'autres enfin d'avoir conspiré dans le cabaret de Joseph Clément. A leur tour, les Jacobins donzérois subissaient la loi des suspects : c'est le jeu et la morale des révolutions. Toutefois, cette opération ne se fit pas sans résistance : Pierre Tourrel, Dumas père, entre autres, ayant protesté, on les conduisit prisonniers à Montélimar, la prison de Donzère n'étant pas en état

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de les recevoir. Bientôt, trois autres citoyens, Joseph Blanc, Juge et Benoît, subirent le même sort pour avoir favorisé Févasion d'un proscrit, réfugié dans les îles du Rhône.

Ces actes de répression ne laissaient pas le peuple indifférent, et le 10 brumaire an IV, lors du renouvellement de l'administration, il protesta à sa manière, en s'abslenant de paraître à rassemblée générale. Sur les 62i citoyens actifs qui, deux mois auparavant, avaient voté Tacceplation de la constitution de Tan III, il s'en trouva à peine 220 pour Tclection du juge de paix (Jean- Baptiste Mathieu), en remplacement de Meynot aîné, et 96 pour celle du président de l'administration (Philibert Quintin). Jean-Pierre Pradelles, et à son refus, Antoine, son fils, et Joubert aîné furent élus : l'un agent municipal et l'autre adjoint de la commune. Après quoi, François Meynot, chargé, par le département, du gouvernement provisoire du canton, fut introduit, et, sur sa proposition, l'assemblée, avant de se séparer, constitua un comité des subsistances. Gomme Ihiver de l'an III, en effet, celui de l'an IV sévissait : hiver de disette et de misère, des pluies continuelles ayant fait verser les blés et perdu la récolte. La municipalité dut taxer le pain. Réquisitionnée par le gouvernement, elle se vitréduite à déclarer son impuissance: les riches même, disait-elle, avaient épuisé leurs denrées pour satisfaire à la taxe de l'emprunt forcé *.

Cependant, le 4 brumaire an IV, la Convention avait décrété l'amnistie pour tous les délits depuis 1789, excepté pour les crimes de droit commun. Salvator et ses adhérents se trouvant dans ce dernier cas, lajus-

' 1. Archives municipales.

tice à leur égard dut suivre son cours. Par jugement du Tribunal criminel de Valence rendu le 17 brumaire (René Bérenger président), Jacques Roussel, Noël et Josepb Chevalier, Mathieu-Roch Souche, Antoine Catalan et Jacques Héraud furent acquittés et remis en liberté. Salvator, sur qui pesaient les charges les plus graves, dut en porter la peine *. 11 y eut, parmi ses adhérents, une sorte de conspiration pour la remise de cette peine: l'un d'eux, André Bayle, fut surpris colportant dans les maisons un Mémoire en faveur du condamné. Traduit devant le Président de l'administration, Bayle ne nia pas le fait ; « ledit Mémoire lui ayant été remis, disait-il, par la femme de Salvator ». Il ne paraît pas que l'affaire ait eu des suites '.

Depuis le 24 vendémiaire, une brigade de gendarmerie était établie à Donzère. Vainement l'administration centrale avait fait un appel aux citoyens du canton, à l'effet de former un détachement de 50 hommes pour le maintien du bon ordre et de la tranquillité publique; soit indifl'érence chez les uns, soit crainte, chez les autres, de servir d'instruments à la contre-révolution,

1# Archives municipales ,

2. Après l'amnistie accordée en l'an VIII par le gouvernement consulaire aux quatre départements de l'Ardèche, de la Drôme, de Vaucluse et des Basses-Alpes pour tous les faits relatifs à la Révolution, Salvator reparut à Donzère. Il y mourut, en 18 il, laissant cinq enfants, dont trois de sa première femme (Jeanne Barnavon), qui répudièrent l'hérila^je de leur père, et deux de sa seconde (Cécile Isoard). Il avait racheté, en 1806, d'un sieur Point, de Valence, qui l'avait acquise en l'an V, comme bien national, la petite chapelle rurale de Combetonge, et il l'avait cédée, en «807, au curé de Donzère (Arsac), qui, en 18H, la recéda à la fabrique de l'églii^e. Salvator, en la laissant au curé au prix de 160 franco, y avait mis la condition d'une messe annuelle pour le repos de son âme, le jour de la Saint-Louis. [Archives de Véglise,)

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personne ne s'était présenté. Toutefois, si le zèle pour le service local paraissait refroidi, il n'en était pas de même pour le service militaire, et lors de la formation du contingent, tous les jeunes patriotes en état de porter les armes se déclarèrent prêts à marcher pour la défense de la patrie; « n'ayant pas, disaient-ils, accepté la constitution pour la laisser violer; ni juré haine éternelle à la royauté pour souffrir son rétablissement » (19 floréal). Déclaration naturellement peu goûtée par leurs adversaires ; car Donzère avait aussi ses muscadins ou Jacobins blancs, qui parcouraient les rues par bandes, le bâton en main, et faisant la chasse aux patriotes. — Ceux-ci, réunis le soir dans le cabaret de Joseph Clément, s'excitaient aux représailles. De là souvent, à leur sortie, cris et tapage nocturnes, qui obligeaient la municipalité à sévir contre eux, tout en fermant les yeux sur les provocations des royalistes.

Cependant, la constitution de l'an 111 et la journée du 13 vendémiaire étaient venues marquer un temps d'arrêt dans la réaction et relever le courage et les espérances des patriotes. Sous cette nouvelle impulsion, le directoire du département avait fait choix, comme jurés, de deux anciens révolutionnaires (Jacques Roussel et Guillaume Blanc) sans avoir, comme le voulait la loi, pris l'avis de la municipalité. « Choix malheureux », dit le conseil, et contre lequel il protesta, proposant de remplacer les deux révolutionnaires par Jean-Pierre Pradelles et Léon Goudail-Javelin ^

Commissaire du gouvernement, mais homme de la légalité avant tout, François Meynot n'avait pas cru devoir s'opposer à la protestation de la municipalité. C'en était

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