‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 115 sur 122 · Archives municipales · texte numérisé non relu

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assez aux yeux de l'administration centrale, pour le ranger dans le camp réactionnaire ; et le 14 ventôse an V, il fut révoqué et remplacé par Louis Joubert, dit Navon, de Rac. Louis Joubert était le frère cadet de Joubert l'adjoint. Soit rivalité politique entre les deux frères, soit cette tentation qui pousse tant de petites ambitions locales à vouloir être quelqu'un ou quelque chose, il s'était fait, à Rac, le chef des révolutionnaires, rôle qui pouvait le recommander à Padministralion centrale, inquiète des progrès de la réaction royaliste dans le département, non à la municipalité de Donzère, soupçonnée d'avoir des intelligences dans ce parti. Quoi qu'il en soit, lorsque, le 22 ventôse, il se présenta au conseil en sa qualité de commissaire du Directoire exécutif, lé conseil, sur l'avis de François Meynot, s'empressa de protester, au nom de la constitution, portant que les deux frères ne pouvaient être en même temps membres de la même administration, et qu'au Directoire seul appartenait le droit de nommer aux fonctions de commissaire du gouvernement. Après quoi, s'élevant contre les précédents de Louis Joubert (sa conduite dans les troubles de Rac), qui devaient, disait-il, l'exclure d'un tel poste, il déclara qu'il y allait de l'ordre et de la tranquillité du canton. — Il arrêta enfin qu'il en serait écrit tant à l'administration centrale, pour l'inviter à retirer son arrêté, qu'à la députation de laDrôme *.

Devant cette opposition, le directoire du département dut surseoir à l'exécution de son arrêté ; mais la guerre n'en était pas moins déclarée, et les hostilités ne pouvaient tarder à s'ouvrir. C'était à la veille des élections : le commissaire du gouvernement près l'administration

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centrale avait adressé à toutes les communes du départe* ment des instructions, relatives à la tenue des assemblées primaires et au choix des hommes, « choix qui, selon lui, devait se porter de préférence sur ceux qui avaient servi la révolution dans ses plus mauvais jours. » Or, la loi interdisant aux fonctionnaires publics de s'immiscer dans la tenue des assemblées primaires, le conseil en prit prétexte pour se refuser à Tenvoi desdites instructions aux communes du canton (27 ventôse). Ainsi, par un de ces revirements si fréquents en révolution, ce n'était plus, comme en 1792, le département, mais la municipalité de Donzère, qui luttait sur le terrain de la loi; — lutte inopportune, cependant, et même impolitique, car elle faisait le jeu des royalistes qui alors mettaient tout en œuvre pour 'sem parer des élections. Ils avaient en effet leurs listes de candidats. Prêtres réfractaires, émigrés rentrés conspiraient secrètement, pendant que des bandes armées parcouraient les campagnes, in* timidant les électeurs. Déjà le 5 ventôse, une de ces bandes avait fait son apparition aux portes de Donzère. — Bien plus, le 1*' germinal, jour de rassemblée primaire, les républicains se voyant molestés se retirèrent, laissant leurs adversaires élire leurs candidats; — vicr toire que les réactionnaires célébrèrent, le soir, par le chant du Réveil du Peuple dans les rues, sous les fenêtres des patriotes. — Puis, le lendemain, à la nouvelle que des troubles avaient eu lieu la veille à AUan au sujet de l'assemblée primaire, le président Philibert Quintin, Pradelles, agent municipal, et Joubert, adjoint, avec soixante hommes armés de fusils, de sabres, de pistolets et de bâtons, et commandés par Peillard fils, se portèrent tambour battant, sur le village insurgé, sous prétexte d y rétablir Tordre, en réalité pour y disperser

rassemblée et désarmer les patriotes. Ils en furent quittes pour leur fausse équipée, n*ayant trouvé, à leur arrivée, aucun trouble à apaiser ni personne à désarmer.

Dès lors, la division et l'anarchie régnèrent plus que jamais dans le canton. Royalistes et républicains y étaient aux prises; les premiers « avaient le verbe haut au conseil»; plusieurs communes refusaient l'impôt, leurs agents n'osant plus se rendre au chef-lieu. Ce que voyant, l'administration centrale envoya dans le canton deux de ses membres, les citoyens Vais et Olivier, comme médiateurs. Ceux-ci, le 4 thermidor, convoquèrent dans Tauberge du Pélican, sur la route nationale entre Montélimar et Donzère, le président, les agents et adjoints des communes du canton ; une conférence eut lieu à la suite de laquelle la paix fut signée, et « scellée quelques jours après dans un banquet civique », au cheflieu.

Paix de courte durée. Après le coup d'État de fructidor contre les royalistes, l'administration centrale crut devoir jeter le masque et porter le dernier coup à la municipalité de Donzère; — et d'abord, Je 10 vendémiaire an VI, la population ne fut pas peu surprise, en voyant arriver tout à coup dans ses murs un escadron de gendarmerie, venant de Montélimar et commandé par le chef d'escadron La Réveille du Rocher, à Teffet de procéder à une visite domiciliaire chezTagent municipal Pradelles, Joubert adjoint, Peillard fils, commandant de la garde nationale, et Pradelles jeune, qui avait l'entreprise des fourrages de l'armée d'Italie et de l'intérieur. Ces visites domiciliaires se prolongèrent jusqu'à onze heures du soir, en présence de la municipalité, qui rentra en séance à une heure du matin, pour protester, au nom du

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peuple, contre ce qui venait de se passer, et ne se sépara qu'après avoir voté l'envoi de son arrêté à la députation de la Drôme, et à tous les pouvoirs publics. Cet événement, l'apparition inattendue de la force armée, ces visites domiciliaires aux flambeaux chez des personnages influents de la commune; leurs maisons cernées et gardées par des gendarmes, la carabine au poing; tout cet appareil déployé, la séance de nuit de la municipalité impressionnèrent vivement la population. Rien cependant ne transpira de l'examen des papiers, entre autres de certaines lettres saisies chez Peillard tils. Sur l'observation faite par François Meynot au chef d'escadron, à propos de la lecture de ces lettres : « Nous sommes des confesseurs, lui dit celui-ci, et l'on peut s'en rapporter à notre discrétion *. »

Deux jours après, le 12 vendémiaire, nouvel arrêté de Tadministration centrale, confirmant la nomination de Louis Joubert, et, dans la nuit du 15, notification dudit arrêté, par un gendarme d'ordonnance, au président de l'administration municipale du canton de Donzère,. avec ordre de procéder à l'installation du nouveau commissaire du Directoire exécutif et de recevoir son serment, — ce qui eut lieu, le lendemain 16, non sans nouvelle protestation de la part de la municipalité, contre un acte qui n'avait pas cessé de lui paraître inconsti tutionnel. — Il manquait, en effet, à cet acte la sanction du gouvernement : il fut signé le 18 brumaire par La Réveillère-Lépeaux, président du Directoire. Barras, qui lui succéda, fit plus : il révoqua, par décret du 23 pluviôse, la municipalité, « comme n'ayant cessé d'accorder une protection ouverte aux ennemis de la République et de

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