‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 116 sur 122 · Archives de la commune · texte numérisé non relu

Archives de la commune

favoriser les rassemblements et les chants contre les patriotes, chaque jour provoqués, injuriés et maltraités dans la commune ». Ce même décret nommait, en remplacement de Philibert Quintin, de Pradelles et de Joubert aîné, — Bouvier, président de l'administration municipale; Esprit Jouanin, agent municipal, et Verger, adjoint. — Ainsi finit, comme la première, cette seconde campagne de la municipalité donzéroise contre le pouvoir central, — campagne inspirée et dirigée par François Meynol, à qui sa révocation semblait conseiller une autre attitude, s*il ne voulait pas donner prise à ses adversaires. — « Une querelle personnelle, disaient-ils ; le dépit d'une ambition déçue. » Cependant, si injuste que lui parut sa disgrâce, le vieux patriote avait le cœur plus haut : il avait vu, sous la Terreur, les révolutionnaires à l'œuvre dans le canton ; il voulut s'opposer à leur retour ; mais en présence des progrès de la réaction, il ne comprit pas que ce retour était fatal; — et dernière amertume, suspect aux royalistes comme républicain, aux républicains comme modéré, il subit le sort du parti visé par le coup d'État du Directoire. Dès lors, il se retira de la scène politique, laissant au jeune Louis Meynot, son neveu, volontaire de 1793, la tâche de continuer dans la commune les traditions libérales de la famille.

Donzère n'en eut pas moins son 18 fructidor : les vieux républicains triomphaient, et non seulement au chef-lieu, mais dans toutes les autres communes du canton, où le renouvellement des autorités s'était opéré en leur faveur. Néanmoins, leur victoire ne fut suivie d'aucune représaille : l'âge et l'expérience les avaient assagis, et loin de justifier les craintes de la réaction, la municipalité de l'an VI parut s'appliquer à ramener

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dans la commune Tordre et la paix. C'est ainsi qu'inaugurée en pleÎR carnaval, elle dut prendre un arrêté contre les masques et les farandoles nocturnes, qui provoquaient des rassemblements et servaient de prétexte aux querelles des partis. — Après quoi, tout entière aux afidires locales, elle vota rétablissement d*une nouvelle fontaine au centre de la ville, la réouverture des écoles, négligées dans ces derniers temps, et nomma une commission chargée de constater l'état des chemins vicinaux.

Voulant, disait-elle, seconder les vues du gouvernement et raviver l'esprit républicain, elle rappela tous les citoyens à l'observation de la décade et des jours fériés, — et prêchant elle-même d'exemple, elle célébra, le 30 ventôse, la fêle de la Souveraineté du Peuple, et le 20 messidor, celle de V Agriculture, l'une des plus populaires. Ce jour-là, commissaire du gouvernement, juge de paix, président de l'administration municipale, agents municipaux des communes, précédés et suivis d'un détachement de la 51® demi-brigade, en station à Donzère, se rendirent au pied de l'arbre de la Liberté. Après une harangue patriotique du commissaire du gouvernement, saluée par les cris de vive la République I le cortège se remit en marche et se porta dans un champ où devait se disputer le prix de l'agriculture : là, le président Bouvier ouvrit, au bruit des fanfares et des refrains nationaux, un sillon avec une charrue attelée de deux bœufs parés de pampre et de rubans tricolores. Plusieurs laboureurs ayant pris part au concours, les vainqueurs (Joseph Marturier et André Amblard) furent conduits en triomphe devant l'autel de la Patrie; le président y fit en quelques mots l'éloge de l'agriculture, « de tous les arts, dit-il, le plus utile et le plus digne

d'intérêt », et la journée se termina par une agape rustique, des danses et des farandoles.

Alors que Tancien culte était aboli, ces fêtes païennes ne laissaient pas d'avoir leur côté moral et salutaire. Haltes d'un moment dans la marche de la Révolution, elle y puisait de nouvelles forces pour les rudes épreuves qu'elle avait encore à traverser, surtout dans le Midi où déjà s'étaient levés les jours de la Terreur blanche. Donzère, entre autres, passait pour un lieu de refuge de prêtres réfractaires, parmi lesquels son ancien curé ^Garen), celui de Châteauneuf-du-Rhône (Pierre Ferrent, déjà déporté, mais revenu, et disparu de sa cure depuis le 25 fructidor an VI), et ceux de Rac (Soulier) et d'Allan (Reynaud), tous activement recherchés. Par ordre du commandant militaire de la région (Merck], des perquisitions eurent lieu à Donzère, notamment chez les citoyennes Prieur et Joubert, où l'on croyait qu'ils se cachaient; mais grâce à une pieuse complicité ils purent se dérober aux recherches. — D'autre part, situé sur la frontière du Haut-Comtat, quartier général des bandes royalistes du baron de Saint-Ghristol et de son digne lieutenant Montauban, Donzère ne pouvait que se ressentir de ce triste voisinage. Ces bandes, « armées, disaient-elles, pour la bonne cause », et composées « en grande partie de voleurs et d'assassins * », s'étaient déjà rendues célèbres par le massacre des patriotes de Bollène et le sac ou le pillage de plusieurs maisons, en l'an Y. Depuis, elles avaient plusieurs fois paru dans les environs : le 5 frimaire an VI au domaine de Blache-le-Haut; le 30 vendémiaire an VII, au nord sur la route nationale, près de Malataveme[voY, p. 24);

1. L. Devès, les Brigands^ épisodes inédits de la réaction thermidorienne, p. 65.

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le 7 fructidor, dans le bois des Mattes (Rac); le 11 et le 13, à Bel-A.ir où les courriers durent rebrousser chemin et se réfuj^'ier à Donzère. Chaque nuit, nouvelles alertes, et la commune manquait d'armes et de munitions. Ses habitants expiaient l'indiCTérence qu'ils avaient assez longtemps montrée pour la réorganisation de la garde nationale. Aussi, menacés de nouveau le 15, s empresscrent-ils d'adresser, le 16, à la municipalité la pétition suivante :

(( Citoyens administrateurs,

« Depuis plusieurs jours, des bandes de brigands armés se montrent sur le territoire de Donzère. Justement indignés de tant d'audace, nous tous, citoyens de cette commune, nous ne formons qu'un même vœu, celui d*avoir des armes pour leur courir sus et les repousser.

« Si les avenues de notre commune que traverse la grande route, — les îles du Rhône, des rochers et des défilés d'un côté ; de Tautre, des bois, des vallons dé* serts et des montagnes, nous rendent celle guerre difficile, notre dévouement saura surmonter tous les obstacles: mais il nous faut des armes. Commandez: nous sommes prêts à marcher. »

Cette pétition renvoyée par la municipalité à l'administration centrale resta sans réponse, ou plutôt on se contenta d'envoyer à Donzère une compagnie de soldats polonais sans solde, et sans autres vivres que du pain. Autant de maraudeurs dans le pays : ils en partirent, ayant fait plus de mal que les brigands. On les remplaça par la garde nationale et par une colonne mobile, chargée de veiller, dans le canton, à la sûreté publique.

Cependant, le 15 brumaire an VIII, à 8 heures du soir, la messagerie nationale venant de Marseille, ayant dépassé Bel-Air, arrivait près de l'auberge du Pélican^

au nord de Ghâteauneuf-du-Rhôae, lorsque plusieurs individus, armés de fusils et de sabres, et criant i\ travers champs : « Arrête ! arrête I » firent irruption sur la route. A l'instant, la voiture fut environnée par ces brigands. — « Nous voulons, dirent-ils, l'argent de la République »; et pendant que les uns couchaient en joue le conducteur, les autres pillaient la voiture. Après quoi, celui qui paraissait commander la bande s'écria : « Chasseurs de Louis XV 111 *, en avant, marche ! » et ils se retirèrent *.

C'est sur le territoire de Afontélimar que le fait s'était passé : ce qui n'empêcha pas l'administration de cette ville, ni le commissaire du gouvernement près le tribunal spécial de la Drôme, de s'en prendre à la municipalité de Donzère. Déjà, à la suite d'un fait semblable dans la nuit du 30 fructidor, l'administration centrale avait suspendu provisoirement de ses fonctions d'agent municipal, Jouanin «comme n'ayant pas, disait-elle, prêté un concours suffisant à la force armée >. Reproche immérité, Jouanin était un de ces hommes qui avaient traversé la Révolution sans dévier de leurs principes, comme patriotes, ni de leurs devoirs comme fonctionnaires publics. Percepteur de la commune, en l'an IV, il était sorti de sa charge, la tête haute et ses comptes fidèlement rendus. Agent municipal, il remplissait son mandat avec une fermeté qui n'excluait pas la modération, et le 7 fructidor, à la tête d'un détachement armé, il s'était porté sur Rac contre les brigands. Sa disgrâce ne provenait donc que d'une calomnie ou d'un malen-

1, Il y avail, en effet, parmi ces bandes Insurgées une compagnie de ce nom, que le général Merck attaqua et rejeta au delà du Pont-Saint-Esprit.

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