Archives municipalen
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tendu, et le jour de la réhabilitation ne pouvait tarder. — Ce même arrêté, qui le frappait, enjoignait à la municipalité de faire murer sur-le-champ l'entrée d'une caverne {la Baume des Anges), sur les bords du Rhône, où Ton croyait voir un repaire de brigands, bien qu'elle fût située dans des rochers à pic, à des hauteurs inaccessibles. On dut recourir à des mesures plus pratiques : l'autorité militaire établit un poste sur la route, au nord, près du hameau des Jouanins, et fit placer, au sommet de la montagne qui commande la plaine de Montélimar et celle de Donzère, un canon d'alarme. A ce signal, les agents municipaux et les commandants des gardes nationales devaient faire battre la générale et tous les citoyens se rassembler en armes pour se porter sur le théâtre de l'événement. De son côté, la municipalité mit en réquisition permanente la colonne mobile, — et le battant de la cloche, qu'on avait enlevé « comme instrument de contre-révolution », fut replacé jusqu'à nouvel ordre pour sonner le tocsin.
Donzère, pris à partie dans l'affaire du Pélican^ n'en eut pas moins à se justifier devant le tribunal spécial, séant à Valence. Requis d'avoir à payer 130,000 fr. d'amende et de dommages-intérêts, en vertu de la loi du 10 vendémiaire an IV, rendant les communes responsables des délits contre la sûreté publique et individuelle, commis sur leur territoire, il dut provoquer une contre-enquête, et sur la plaidoirie de M* Salomon, homme de loi de Montélimar, le tribunal, après trois audiences consacrées à cette affaire, débouta le commissaire de sa demande et mit la commune de Donzère hors de cause. De son côté, l'agent municipal Jouanin fut réintégré dans ses fonctions.
Au milieu de ces péripéties, attaques nocturnes, prises
d*armesy battues dans les roches de Robinet ou dans les bois de Rac,de Malataverne et d*Aiguebelle, éclata tout à coup la nouvelle du 18 Brumaire (la chute du Directoire et l'avènement du Consulat). Il y avait un mois à peine, en vendémiaire, avait eu lieu dans la commune en grande pompe la prestation du serment à la constitution de Tan III ; mais le périi commun (la guerre des brigands) avait rapproché les partis, et républicains et royalistes adhérèrent à un événement qui semblait leur promettre des jours meilleurs. C'est aux cris de Vive la République/ Vive Bonaparte/ que fut proclamé, dans le temple décadaire, en présence des autorités civiles et militaires du canton, convoquées au chef-lieu, le Décret des Anciens consacrant la révolution nouvelle. — « Belle journée, dit le procès-verbal; la joie et la satisfaction étaient sur tous les visages; le ciel même par son éclat semblait ajouter à la fête. On eût dit une vraie journée de printemps (26 brumaire). »
Diaprés la nouvelle constitution, la municipalité de Tan VI dut faire place à celle du 28 germinal an VIII, nommée non par la commune, mais par le gouvernement, en exécution de la loi du 21 nivôse: le choix du préfet se porta sur Philibert Quintin pour maire, et sur Antoine Pradelles pour adjoint; — deux anciens magistrats municipaux, révoqués par le Directoire comme suspects de royalisme; mais « paciQer », telle était la politique du Premier Consul. — « Je ne veux, disait-il^ connaître ni aristocrates ni démocrates, ni jacobins ni royalistes. Tous ceux qui voudront se rallier à moi franchement seront les bienvenus. »
Philibert Quintin, Antoine Pradelles et les conseillers prêtèrent serment le 14 floréal. Un arrêté consulaire du 17 régla le costume ofticiel des premiers magistrats de la
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commune : l'habit bleu et la ceinture rouge à frange tricolore pour le maire; à frange blanche pour l'adjoint, et le chapeau français uni. — Puis, le 24 prairial, nouvelle organisation de la garde nationale: deux compagnies, Tune dite de la Fontaine; l'autre, de V Horloge. Commandant en chef, Vincent Ghabaud.
Donzère, comme station militaire, était soumis à un régime exceptionnel que justifiaient les nécessités de la guerre contre les brigands, mais qui ne laissait pas de donner lieu parfois à des conflits de pouvoirs. Il y avait alors dans la place deux détachements, l'un du 12* régiment de dragons, l'autre de la 73** demi-brigade. Un jour, le 9 fructidor, au sujet d'une querelle domestique, le jeune Chabaud avait été arrêté et conduit en prison, par ordre du commandant militaire. Après s'être enquis du prétexte futile qui avait motivé cet acte, le maire Philibert Quintin crut devoir protester. « Vous n'ignorez pas, dil-il au commandant, que vous n'avez aucun droit sur les citoyens et je vous requiers, au nom de la loi, de remettre le jeune prisonnier en liberté. » Sur le refus du commandant: — Alors, reprit le maire^ je vais le délivrer moi-même. — Vous vous en garderez bien, répliqua l'officier, je vous le défends et je ferais mettre mes soldats sous les armes. — Et moi, s'écria le maire, je ferais sonner le tocsin.» Aussitôt, le commandant tit battre le rappel; les soldats rassemblés chargent leurs armes et viennent se ranger en bataille devant le corps de garde, sur la place de la Fontaine. C'était le soir; la journée avait commencé par le plaisir (une parade de saltimbanques), Talarme se répandit dans la commune ; le maire et l'adjoint, revêtus de leurs insignes, se présentèrent devant la troupe, accompagnés d'une foule nombreuse. Sur une nouvelle sommation du maire d'a-
voir à faire cesser une détention qui Jui paraissait injuste et sans droit, sous peine d'être déclaré responsable de ce qui pourrait arriver, le commandant se borna à répondre qu'il en écrirait à la municipalité. Alors, le maire invita les citoyens à se retirer et les soldats à rentrer dans le corps de garde. Une heure après, un soldat vint lui remettre, de la part du commandant, les clefs de la prison (1). C'est ainsi que les petites causes engendrent souvent de grands effets ; mais grâce à la fermeté du maire comme à la sagesse de l'ofûcier, Donzère n'eut pas d'autre malheur à déplorer.
Si l'hiver de l'an IX est resté tristement célèbre par sa gelée du 24 germinal, plus désastreux encore fut celui de l'an X, par suite du débordement du Rhône et du ruisseau des Iliailles,en brumaire, frimaire et nivôse. Au port de nie, aux Broutières, aux plus basses îles, à la terre de l'Homme armé, au Planari, partout des arbres déracinés, des terres ravagées; la digue qui préservait le territoire de Donzère, devant la propriété de Philibert Vincent, fut emportée; à Gombelonge, aux Riailles, aux Aupillas, les torrents ou les ruisseaux ne laissèrent dans les terres ensemencées que des pierres et des graviers. — Année vraiment néfaste dans les annales de Donzère,^ car à toutes ses épreuves vint se joindre la suppression de sa justice de paix.
Depuis 1790, le nombre des circonscriptions cantonales dans le département de la Drôme était de 59 : ce norabreayant été réduit à 28 par laloi du 8 pluviôse an IX^ Donzère, Saint-Paul-Trois-Ghâteaux, Suze-h-Rousse et Pierrelatte, chefs-lieux de canton, n'en formèrent plus qu'un, dont un arrêté du 9 frimaire an X fixa le siège
1, Archives municipales.
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à Pierrelatte. Or, étant donnée la situation de cette ville sur les conlins des deux départements de Yaucluse et de TArdèche, à l'extrémité occidentale du canton, et par conséquent plus en rapport avec le Gomtat et le Ylvarais qu'avec les communes de la Drôme, au delà, pour la plupart, de la distance voulue par la loi, le choix qui en fut fait comme chef-lieu paraissait peu justifié. « Peutêtre, lit-on dans un rapport au conseil général de la Drôme, Tétat peu sûr de la grande route et le besoin d'une justice plus active et plus immédiate sur les points où la sûieté publique était plus particulièrement menacée, motivèrent-ils cette préférence * ». Si les mesures stratégiques prises au nord de Donzère avaient, en effet, délogé les brigands de ces parages, elles n'avaient pu les détruire. Réfugiés au midi vers la Berre ou dans le bois des Blaches (territoire de Pierrelalte), qu'ils infestaient encore sous la Restauration, ils en sortaient de temps à autre pour recommencer leurs brigandages *. Quoi qu'il en soit, on ne parut consulter, dans ce choix, ni la situation géographique, ni l'intérêt des justiciables. Donzère, lorsqu'il fut question de l'annexer à Pierrelalte, dut protester, au nom de ses droits acquis et de ses intérêts gravement menacés (19 pluviôse). Saint-Paul-Trois-Ghâteaux fit plus: à peine l'arrêté du
i. Conseil général de la Drôme, session de !835, 2» partie.
2. Notamment le 4 germinal an VIII où le tocsin les mit en fuite ; mais le 2 prairial, ils revinrent plus nombreux (environ 50) et lorsqu'on tira le canon d'alarme, le coup était fait et la bande dispersée. Sur la route, à l'endroit môme où la malle-poste avait été dévalisée, « on trouva, dit M. Devès, 2,162 lettres non ouvertes et beaucoup de papiers déchirés. » Cependant, les jeunes gens de Donzère ne revenaient pas toujours bredouille de cette chasse aux brigands: le 9 prairial (même année], ils en prirent deux et cinq le 22 messidor ; un sixième fut tué.
9 frimahre arrivé dans la Drôme, il dépêcha son raaire (M, Thune) à Paris, avec mission de présenter au grand Juge une pétition, revêtue de la signature de plusieurs communes voisines et revendiquant pour Saint-Paul l'honneur de représenter le canton, comme étant « le lieu le plus central et celui avec lequel lesdites communes avaient le plus de relations * » ; mais le siège était fait, et Pierrelatte resta en possession du cheflieu. Donzère, comme compensation, conserva sa brigade de gendarmerie et sa station militaire. — Par sa situation sur la route nationale et sur le Rhône, il avait encore, en l'an X, une certaine importance. Il comptait 32 soldats aux armées, un chef de brigade (Quintin de Beauvert), 150 hommes de garde nationale, plusieurs forts contribuables ', et 314 électeurs.
Cette même année, le préfet de la Drôme, « considérant que la source véritable de la liberté est dans la pratique des vertus sociales et privées », institua, pour l'anniversaire du 14 Juillet, le couronnement d'une rosière dans toutes les communes du département. Une rosière, le 14 Juillet ! la municipalité pensa avec raison qu'un hommage à la vertu civique répondrait mieux à l'esprit de la fête, et c'est un cultivateur (Claude Tatin '), le plus ancien du pays et, paraît-il, le plus digne, qui
4 . Archives nationales, — Mémoire de la commune de Pierre latte, 1836. — Mémoire de la ville de Saint-Paul-Trois-Chàteaux, 1836.
2. Diaprés un sénatus-consulte de Tan X, Joubert, Goudail-Ja- ▼elin, Louis Meynol, Jean-Baptiste Peillard père, Antoine Pradelles, Quintin de Beauvert, et Philibert Quintin étaient compris dans les 600 les plus imposés de la Drôme.
3. Sa petite- fille (Rose Tatin), qui fut de la fête, vit encore {voir p. 136).
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fut choisi et couronné ce jour-là, comme au temps de Tâge dor \
Ce qui ne paraissait pas renouvelé de cet âge fortuné, c'étaient les Gnances de la commune ; car les réquisitions et ses désastres de Tan IX et de Tan X Tavaient singulièrement appauvrie. — Ne possédant ni halle ni octroi, ses ressources étaient faibles; ses dépenses, non couvertes par ses recettes, avaient accusé en Tan IX un excédent de 737 fr., et de 1,676 fr. en Tan X. Pour comble, son dernier percepteur (Pierre Miellé) avait pris la fuite, en laissant le vide dans sa caisse, et la commune devait plusieurs années d'arrérages à celle des pauvres. — Ses dettes (7,228 fr.), tant en principal qu'en intérêts, jointes aux déGcits de ses budgets, s'aggravaient chaque année. Bien qu'un arrêté consulaire sur les îles de démarcation du Rhône eût réglé cette affaire, Donzère avait encore dans son rôle foncier les terres des îles Margiries, qui ne faisaient plus partie de son domaine, et il demandait à être déchargé de cette imposition. Il se plaignait, en outre, qiie dans le nouveau recensement, nombre d'arcs de boutiques avaient été pris pour des portes par les commissaires, et de simples lucarnes pour des fenêtres *. Puis, c'étaient maints travaux en suspens : réparations aux fontaines, aux chemins ravagés par les eaux, à la digue du Rhône, au lavoir public; assainissement du quartier de la Porte- Neuve, etc.
Temps de crise, en somme, pour la commune, et de Favis du conseil, pas d'autre moyen de salut pour elle que le recouvrement de ses biens, a illégalement partagés » en 1792. Dans cette vue, il sollicita et obtint du
1 et 2. Archives municipales.
préfet du département Tautorisation de plaider contre les détenteurs de ces biens, qu'il pourrait, disait-il, affermer au profit de la commune. Mais lescopartageants n'attendirent pas d'être mis en demeure de s'exécuter ; tous, à leur honneur, firent l'abandon volontaire de leurs lots, et le 21 pluviôse an XI, le conseil nomma une commission chargée de se rendre sur les lieux et de planter les limites. Gela fait, et les lots formés, le 13 germinal, il convoqua à la mairie une assemblée générale des habitants, afin de procéder à l'adjudication. Ces divers lots, affermés pour 9 années et la première payée d'avance, produisirent une somme de 1,325 francs, qui, en allégeant les charges de la commune, lui permit d'achever ses travaux *.
Donzère ne pouvait rester indifférent au mouvement qui semblait pousser la nation vers un gouvernement stable. Depuis 1789, elle avait tant souffert de l'anarchie qu'elle se sentait heureuse de voir, même aux dépens de sa liberté, sa fortune entre les mains d'un soldat glorieux. A la veille donc du grand acte qui allait consacrer l'élévation de Napoléon à l'empire, le conseil municipal de Donzère (20 prairial an XII — 1804) lui vota une adresse dans laquelle, rendant hommage « à ses victoires et à la sagesse de son gouvernement, il se joignait de cœur et d'âme aux membres du sénat », pour l'acclamer empereur.
« Citoyen général Premier Consul, ajoutait-il, vous ne pouvez plus rien pour votre gloire ; vous pouvez tout pour notre bonheur.
« Votre nom sera associé à ceux de Titus et de Marc- Aurèle '. »
! et 2. Archives ck la commune.
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Un an après, le 4 prairial an XIlî, Donzère célébrait par des feux de joie et des farandoles le couronnement de Napoléon 1'^ comme empereur des Français et roi d'Italie, et Tannée suivante, le 7 décembre, l'anniversaire de ce couronnement et de la bataille d'Austerlitz, — deux journées à jamais mémorables, disait le maire dans sa proclamation.
Pendant que ses enfants participaient, sous les drapeaux, aux victoires de la grande armée, Donzère travaillait et prospérait. C'est à peine si le calme y fut un moment troublé par la réapparition, en 1809, de quelques brigands à Bel-Air ou dans les montagnes de Rac. Depuis que, par l'adjudication du 13 germinal an XI, les pauvres avaient pu se rendre fermiers d'une parcelle de terre communale, il n'y avait plus d'autre parti que celui de Tunion et du travail. C'est à qui tirerait le meilleur parti de son champ et de son industrie. Napoléon, qui avait été Jacobin, faisait de ses anciens frères et amis des sénateurs ou des barons : il &t de nos anciens Terroristes des censitaires, et c'est ainsi que les Jean-Baptiste Gilles, les Mathieu Souche et autres, prirent part, en 1809, à la nomination des collèges électoraux et des juges de paix dans le département.
Toutefois, si le commerce et l'agriculture progressaient dans la commune, le goût des arts s'y était peu développé : témoin, l'état de délabrement de son Portail Neuf * et surtout de sa vieille église. Déjà, dans des réparations antérieures, le chevet avait subi le percement d'une porte à travers l'épaisseur de son mur de droite pour donner accès à la nouvelle sacristie; Tancienne, qui se trouvait comme enfouie sous la voûte du