‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 118 sur 122 · menaçait ruine, il fut démoli en · texte numérisé non relu

menaçait ruine, il fut démoli en

clocher, ayant été abandonnée. Bien plus, les deux petites fenêtres cintrées, à vitraux, s'ouvrant sur le chœur et dont ou voit encore les traces extérieures, sous le grossier pâté de maçonnerie qui les masque, avaient été murées. Plus tard, en 1809, 1 église, qui n'a qu'une seule nef, se trouvant trop petite, vu Taccroissement de la population, il fut question de Tagrandir d*une ou de deux nefs latérales; mais la dépense était considérable, et les ressources de la commune insuffisantes. On se contenta d'une restauration ; mais quelle restauration I Sur les plans et devis de Saulayra, architecte- voyer de Montélimar, et de Joseph Paume, maçon de Pierrelatte, les travaux furent mis en adjudication du 2 au 4 sep*tembre 1810, et adjugés à Barthélémy Brun, maître maçon de Donzère, sur Tenchère * de 2,950 fr. Brun s'adjoignit comme associé Pierre Dalbignac, autre maçon de Pierrelatte, et l'exécution de l'église commença. On la disait sombre, enterrée, malsaine: on exhaussa le sol de 55 centimètres au niveau de la rue, au moyen d'un terrassement ; mais pour faciliter ce terrassement, on avait dû supprimer les marches par où l'on descendait dans l'église, élargir ou plutôt détruire l'ancien portail roman pour le passage des tombereaux chargés. 11 y avait dans le chœur, du côté de l'épître, et sous les chapelles latérales, des caveaux funèbres où reposaient d'anciens notables ou bienfaiteurs de l'église : les Moreton, les Gontard, les Fayn, les Joubert, etc. (voyez p. 113 et 114). Ces caveaux se trouvèrent mis K découvert; mais ils ne renfermaient que des ossements, que l'on respecta et remit en place. Ce nivellement opéré, et les bases des colonnes de la nef enfouies, on construisit une tribune entre le portail et les premiers piliers, et de 1. Archives de la commune.

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nouveaux fonts baptismaux dans Tépaisseur du mur à gauche dudit portail. On déplaça la chaire adossée à Ton des piliers, le troisième à droite près de la petite porte de sortie, pour la reporter à gauche sur un support en deroi-voûte avec une rampe en fer, remplacée depuis par un escalier voûté, taillé dans l'épaisseur du mur. A rentrée du chœur, la balustrade en bois fit place à une autre en fer et à panneaux. Pour éclairer Tintérieur, on construisit deux nouvelles fenêtres dans les murs du nord, l'une sur le chœur et l'autre sur la tribune, et l'on agrandit celle qui était au-dessus du portail, que l'on remplaça par un « portique d'ordre toscan », en pierres de Saint-Restitut, — la porte à deux vantaux et en bois de noyer, peinte en gris. Après quoi, le maître autel, exhaussé d'un mètre, et les dalles de pierres rétablies : deux assises dans toute la longueur de l'église; deux autres vis-à-vis des arcs doubleaux et le restant pavé en carreaux de terre cuite, on badigeonna à l'intérieur, on crépit à l'extérieur et de ce travail qui ne dura pas moins de 148 jours, — Philibert Quintin étant maire, Arsac, curé,— l'ancienne église romane de Donzère sortit à peu près défigurée.

Telle quelle, cependant, veuve de sa façade, de ses fenêtres et de son portail romans, et flanquée, au nord» d'un énorme remblai de ierre comme contrefort, — avec sa porte de basse-cour, ses fenêtres à grands carreaux, son air de halle à l'extérieur, et les étranges fresques infligées à son chevet et à ses chapelles, elle se recommande encore à l'attention des archéologues par ce mélange de grandeur et de simplicité qui caractérise Parchitecture des premières églises chrétiennes. — A part, en effet, un commencement d'arc brisé à l'une de ses arcades, sa voûte à plein cintre, sa belle nef, son

dôme et les arcs qui le supportent ; ses piliers et les chapiteaux qui les couronnent accusent le style roman du XI* siècle. Cependant, le chevet et Tabside paraissent antérieurs. Peut-être datent-ils de Téglise primitive. Au-dessus du dôme, qui sert d'assise à une tour carrée, percée d'étroites ouvertures, s'élève une pyramide romano-byzantine, qui a successivement arboré et porté à son sommet la croix, le coq et le bonnet phrygien : c'est le clocher.

Vers ce même temps, Pierrelatte, chef-lieu de canton, ayant bénéficié de toiis les avantages que Donzère avait perdus, crut le moment favorable de réveiller, après plus de trois siècles, un procès qui, depuis la Révolution et l'apparition du Gode forestier, n'avait plus de raison d'être. Nous en avons dit plus haut les origines et les vicissitudes. Jusqu'ici, Pierrelatte avait fait de vains efforts pour s'approprier une partie de nos bois, lorsque, s'autorisant de la tolérance de l'administration forestière, il s'avisa, en 1808, de vouloir y faire une coupe à Javalenc Donzère, reconnu de tout temps propriétaire de tous les bois situés dans ses limites, protesta; mais l'année suivante, Pierrelatte renouvela ses tentatives. Sommé de produire ses titres, il ne put exhiber qu'un fragment de vieux parchemin (voir p. 87), relatant la sentence arbitrale de 1295, qui l'autorisait à mener paître son bétail à Javalenc, de la Saint-Michel au Carême et à y « bûcherer * ». — Mais, répliquait Dtïnzère, « c'est là ce que l'ancien Droit appelait un modus servituliSf et non un titre de prc-

1. Appè8 qne les habitants de Donzère avaient fait leur coupe. Ceux de Pierrelatte ne pouvaient faire usage que de la serpe, et leurs bourriques devaient être muselées, dès qu'ils entraient sur notre territoire. {Archives de la commune,)

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priétc. — Avec de pareils moyens, ajoutait le maire, il serait trop facile de s*enrichir. » — Une question de rachat d'un droit d'usage, voilà à quoi, en vertu de la législation nouvelle, se réduisait tout le litige. Mais quoi I le droit de Pierrelatte à ce rachat paraissait-il certain, hors de doute, incontestable ? Non, si ron considère que la sentence de 1295 était moins un acte de cession, qu'un acte de tolérance de la part des coseigneurs de Donzère (voir p. 88). Restreinte, conditionnelle et limitée, elle laissait subsister tout entière leur juridiction tant sur les lieux que sur les personnes. Pierrelatte n'était pour ainsi dire qu'usufruitier; Donzère conservait son droit de propriété; droit, d'ailleurs, « affirmé par les déclarations de ses anciens consuls en 1678, et en 1728, époque de la re vision des feux, et conQrmé par le silence de Pierrelatte * ». C'est pourquoi, mis en demeure en 1809 d'acquiescer à sa deman«le d'une certaine portion de terrain pour lui tenir lieu de son prétendu droit d'usage, Donzère s'empressa d'opposer une fin de non-recevoir.

Cependant, le débat menaçait de s'envenimer. Un sieur Téoule, membre influent du conseil de Pierrelatte et l'un des principaux moteurs de l'affiure, s'y intriguait activement. Déjà même des altercations avaient eu lieu entre les habitants des deux communes. Donzère, le 10 décembre 1809, députa à Valence le maire Philibert Quintin et le conseiller Quintin de Beauvert pour y défendre auprès du préfet les dioifs de la commune, contre des adversaires qui comptaient moins, disait-il, sur la validité de leurs titres que sur l'appui peu justifié de l'administration forestière; mais le préfet

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