û? Tricastinos flexit. — Tite-Live, XXI, xxxi
et passe par Donzère *. De Donzère, jusqu'en deçà de la petite rivière de la Riaîlle, la rive gauche du Rhône est bordée de roches tertiaires à pic, dans le massif desquelles a été taillée la voie du chemin de fer ; quant à la route, elle saute le contrefort rocheux au petit col de Bel-Air, et nous pensons qu'Annibal a pratiqué ce col. Suivant toujours cette route, qui de la Riaille au Rouhion coupe la plaine en ligne droite, les Carthaginois sont vraisemblablement venus camper le deuxième jour (après une marche d'environ 29 kilomètres) entre le Rouhion et son affluent le Jabron, sur le mamelon situé à TE. de la ville de Montélimar. »
Telles furent, suivant le dernier historien d'Annibal, les deux premières étapes de l'armée carthaginoise après avoir passé le Rhône '. On connaît la suite de cette merveilleuse expédition, qui n'a de comparable, dans l'histoire, que celle du général Bonaparte en Italie, sous le Directoire; on sait la part qu'y prirent nos ancêtres : il avait suffi au chef carthaginois de se dire l'ennemi de Rome, pour s'en faire non seulement des alliés, mais des guides sûrs à travers les Alpes, et des auxiliaires qui n'épargnèrent ni leur courage, ni leur sang, dans les mémorables batailles de la Trébia, de Trasimènè, de Cannes et de Zama.
Rome ne tarda pas à prendre sa revanche contre les alliés d'Annibal. Garthage détruite, les Romains, sous
1. Si, comme nous le pensons, Donzère s'appelait alors /ieria, ou s'il n'était simplement qu'un oppidum, les habitants ne durent pas peu être surpris, en voyant, du haut de leur colline, défiler cette armée d'Afrique avec ses escadrons aux allures étranges et ses éléphants monstrueux, vivantes forteresses, couronnées d'hommes au visage noir.
2. Hennebert, Histoire d'Annibal , t. II, liv. v, ch. 3, pp. 106 et suiv.
prétexte de secourir les Massaliotes, attaqués de nouveau par les Saliens, envahirent la Gaule une première fois (155 ans av. J.-C), une seconde fois 30 ans plus tard, mais alors pour y prendre pied par la fondation de la colonie à'Aqiiœ Sextiœ (Aix en Provence). De là, à subjuguer tout le midi de la Gaule, il n'y avait plus qu'un pas : les Allobroges (Dauphiné) se présentèrent pour repousser les envahisseurs au delà des Alpes. C'était, d'après Strabon, Pline et Ptolémée, un des plus anciens peuples de la Gaule ; « ne le cédant à aucune autre nation en richesses et en renommée », ditTite-Live. Déjà, du temps d'Annibal, en 218, ils étaient maîtres du confluent de l'Isère et du Rhône, et leur nom celtique Allô, autre, et Brogue, champs, pays (habitants d'un autre pays), « consacrait le souvenir de cette récente conquête* ». Plus tard, ils étendirent leur domination sur la rive gauche du Rhône et même sur la colonie grecque de Theliné, à laquelle ils donnèrent le nom à'Arelate (Arles) *. Ayant donc pour alliés tous les peuples de la région (Tricoriens, Voconces, Ségalauniens, Tricastins), les plus menacés dans leur indépendance, ils livrèrent, en 122, près de VindcUium ^, au confluent de la Sorgues {Saïgas) et du Rhône, bataille aux Romains.
Vaincus, mais non soumis, les Allobroges, auxquels se joignirent les Arvernes, reprirent les armes l'année suivante. Q. Fabius-Maximus, petit-fils de Paul-Émile, commandait l'armée romaine (5 légions, environ 30,000 hommes). Il dut suivre la route déjà frayée par Annibal, et, remontant la rive gauche du Rhône, passer par le Tricastin, franchir la Druna (la Drôme) et gagner le
\, D'Arbois de Jubainvillb, Les Origines gauloises f p. 36.