‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 33 sur 122 · Chron. de Saint-Denys, t. III · texte numérisé non relu

Chron. de Saint-Denys, t. III

PÉRIODE FRÂNKE 41

braient Gharlemngne comme leur second fondateur, il nous semble que Ton pourrait — sans trop s'égarer, — reporter la date en question soit à 789, année de son capitulaire pour la réforme des monastères, soit, d'après le Codex anianensiSy à 794 ou 795, année de son voyage en Septimanie avec le pape Léon. Quoi qu'il en soit, mis en possession de cette abbaye et de tous ses biens,

— alors propriété privée de Gliarlemagne, — Norfidius ne songea plus qu'à hâter l'œuvre de reconstruction,

— et les libéralités du prince ou les dons des fidèles aidant, l'abbaye, rebâtie dans toutes les règles de l'architecture carlovingienne, sortit enfin de ses ruines, — avant 812 certainement, puisqu'elle se trouve comprise dans un recensement, opéré en cette année, de tous les monastères restaurés ou nouvellement élevés dans l'Aquitaine et la Septimanie. D'après ce recensement, le nombre de ces monastères, dit un contemporain (Astronomus), s'élevait jusqu'à vingt-six et celui de Dusera figurait le quinzième dans l'ordre.

Norfidius en fut le premier abbé [primus abbas). Abbaye royale, indépendante non seulement de Fontenelle, mais de toute autre maison, et placée sous le vocable de « la Bienheureuse Marie, de l'apôtre saint Pierre et des autres saints », elle ne tarda pas à se repeupler et à recouvrer son ancienne prospérité. Sa renommée comme lieu saint [locum sanctum) s'étendait au loin, et de divers pagi lui venaient des pèlerins et des offrandes. Vers les derniers temps qui précédèrent sa chute, le relâchement et l'indiscipline s'y étaient introduits. Norfidius y remit en vigueur la Règle de saint Benoît *.

1. Né en 480, à Nopcia, petite ville de TOmbrie, en Ila'io, saint Benoît fonda le monastère du Mont-Cassin, sur la frontière des Abruzzes et de la Terre de Labour. Après sa mort, en 543,

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D'après cette Règle, tout monastère devait avoir un abbé ou prieur, éJu par la congrégation tout entière ; mais ceux des abbayes royales étaient élus ou confirmés par le roi. Gomme les évoques, les ducs et les comtes, ils étaient fonctionnaires du roi de qui ils tenaient leurs terres et qui pouvait les leur reprendre ; ils lui prêtaient serment d'obéissance ; ils étaient ses leudes ou fidèles. Après l'Abbé venaient son préposé ou Vicaire, rang très envié et très disputé ; les Doyens (Decani), chargés de faire exécuter les ordres de Tabbé ; les Prêtres {Sacerdotes), les Diacres {Diaccni), ordonnés par Tabbé ; puis les Pères {Seniores), les Frères (Juniores) et enfin les Oblats ou Novices. C'était là Tordre hiérarchique : l'administration se composait d'un Cellerier {Cellarius) à qui incombait la charge des vivres, des vêtements et de toutes les choses de la vie ; d'un Hebdomadier ou cuisinier, charge que chaque Frère devait exercer à son tour et dont nul n'était exempt; enfin d'un Foriier {H ostiarius), pour recevoir les pèlerins, les hôtes et les pauvres. Du reste, le monastère devait être construit de façon que tout ce qui était nécessaire, eau, moulin, jardin, métiers, etc., s'y trouvât et qu'il n'y eût pas, pour les moines, nécessité d'errer dehors (vagabundi foras).

Bien qu'il eût le droit d'interpréter et d'appliquer la Règle en souverain, l'abbé devait être comme un père pour les moines (d'où son nom d'abbé, abbas), et se souvenir que Dieu lui demanderait un jour compte de ses actes. Dans les conseils, il devait consulter toute la congrégation, les plus vieux comme les plus jeunes: « Dieu, disait la Règle, révélant souvent par les plus jeunes, ce qui est mieux. »

sa maison devint le chef-lieu de toutes les maisons de cet Ordre.

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Deuxrepaschaquejour(sauf dulSseptembreàPâques, temps de jeûne) : à Sexte ou le matin, le prandium : le soir, la cœna. A chaque repas, une livre de pain et un quart de litre de vin pour chacun, avec une pomme et des légumes {cap, XXXIX).

Si la nécessité ou la pauvreté de la maison obligeait les Frères à récolter eux-mêmes leurs fruits, ils ne devaient pas s'en attrister [ne contristentur), mais se rappeler qu'ils étaient vraiment moines, lorsqu'ils vivaient du travail de leurs mains, comme leurs pères et les apôtres {cap. XLVIIÎ). — Cette pensée de saint Benoît ne semble-t-elle pas jetée là comme l'expression d'un regret et comme un reproche aux moines de son temps, déjà loin des moines agriculteurs ?

Chez eux, la propriété était collective : il n'était permis à aucun d'avoir quoi que ce soit en propre, ni livres, ni tablettes, ni styles, en un mot rien, pas même son corps et sa volonté (omniaque omnibus sunt communia, cap. XXXIII).

Pour lit, une paillasse, un drap de serge, une couverture et un chevet; pour tous vêtements, le cucullus des anciens bardes gaulois, adopté par les Romains, de laine grossière en hiver, plus fine et plus légère en été; une tunique [tunica), un capuchon (cappa), enfin dans le travail le scapulaire comme les paysans. Tous ces vêtements étaient de couleur sombre : d*où, pour les bénédictins, le nom de moines noirs.

Saint Benoît commandait le silence aux moines ; mais comme toutes les règles du monde ne sauraient faire de purs esprits, il fallut suppléer à cette parole qu'on supprimait. De là, le langage par signes que Du Cange, dans son Glossaire de la moyenne et de la basse latinité, nous a conservé.

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Il y avait enfin, dans tout monastère bénédictin, un Bibliothécaire et des Copistes pour la transcription des manuscrits. La salle où ils travaillaient s'appelait le Scriptorium, C'est ainsi qu'au milieu des ruines amoncelées parles Barbares, chaque abbaye était un centre de civilisation, un conservatoire des lettres et des sciences ; et plus tard, la somme des travaux accomplis par cet Ordre fut telle, que le mot de travail de bénédictin devint proverbial.

Norfidius ne paraît pas avoir gouverné longtemps l'abbaye de Dusera; il mourut du vivant de Charlemagne {Carolo supe)*stite) *, laissant pour successeur Dexter. Après la mort de ce prince, en 814, son fils, Louis le Pieux, confirma à Dexter, par une charte {Privilegium), datée d'Aix-la-Chapelle, la veille des Calendes de juin (31 mai 814), première année de son règne, la possession de Tabba^e de Dusera.

Voici cette charte, que nous traduisons en entier, comme le plus ancien titre de notre histoire locale:

*< Au nom du Seigneur Dieu et de notre sauveur Jésus- Christ, Louis, par la grâce de la divine Providence, empereur Auguste ;

« Sachent tous nos fidèles, présents et à venir, que Dexter, abbé du monastère de Donzère, fondé en l'honneur de la Sainte Vierge Marie, de saint Pierre et des autres saints, dans le territoire d'Orange (m territorio Arausi'co), est venu à nous et nous a présenté un Précepte {Prœceptum) du Sérénissime empereur Charles, notre père, — portant qu'il avait cédé à l'abbé Norfidius, et à ses successeurs, ce même lieu, qui était de son domaine propre, pour y construire ledit monastère, et qu'il lui

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