Annal. Bened,, t. III, p
2. CoLLOMBBT. Hist. de la sainte églUe de Vieiine^ t. I, p. 304.
3. Ge titre, longtemps perdu, fat retrouvé, en 1733, par le Juge- Bailli de Tournas, l'Offlcial et le Garde-Sceau de Mâcon, dans un cartulaire de Tabbaye de Tournus.
Northmans. Il ajoute que, comme cette abbaye leur a été déjà assurée, de son consentement, par le pape Etienne et par les évêques de son royaume, il ordonne de nouveau qu'ils en jouiront perpétuellement sans être inquiétés ni par les juges, ni par les préposés des droits du prince, faisant cette donation pourTamôur de Dieu, pour le repos de Tâme de son père Boson, de sa mère Hermengarde et de Louis, son aïeul, pour la conservation de son royaume et afin que les religieux de Saint-Pbilibert prient Dieu continuellement pour lui et pour tous ses sujets. »
Ce n'est donc plus un refuge provisoire « contre la fureur des Northmans », que Tabbé Blitgaire et ses moines étaient venus chercher à Donzère. Après la donation de Louis Boson, le refuge avait fait place à une occupation perpétuelle. Singulier retour des choses ! c'est par la peur des Sarrasins que les évêques de Viviers s'étaient rendus maîtres de Tabbaye de Donzère ; c'est par la peur des Northmans qu'ils en furent dépossédés au profit des abbés de Tournus. Ainsi que sur les bords de la Saône, il y avait là des prairies, des bois, des plaines très propres au labourage, des ruisseaux, un fleuve (le Rhône), tout ce qui pouvait favoriser l'établissement d'une colonie, et comme autrefois saint Lambert, l'abbé Blitgaire trouva bon d'y installer ses religieux. A son avènement au siège abbatial de Tournus, il avait fait fortifier \e casti^m qui dominait l'abbaye; il est probable qu'il dut en faire autant pour Donzère, la charte de Louis Boson lui donnant le pouvoir non seulement de posséder et d'ordonner, mais aussi de bâtir {asdificandt). C'était d'ailleurs le temps où la France, envahie au nord et au midi par les Barbares et désolée par les luttes sanglantes entre les trois fils de Louis le
64 HISTOIRE DE DONZÈRE
Pieux, se hérissait partout de châteaux forts. Ducs, comtes, abhés et évêques en étaient réduits, par l'inertie ou l'impuissance des princes, à se défendre euxmêmes. Mais si, à leur exemple, l'abbé Blitgaire dut songera se garder et à s'affermir dans sa colonie, il ne paraît pas qu'après sa mort (897) ses successeurs en aient joui sans opposition, les évêques de Viviers, qui avaient déjà pris pied à Donzère et jeté peut-être les premières assises de son château, n'étant pas hommes à se laisser dépouiller aisément. Soit, comme le remarque Salvaing de Boissieu, que « le royaume d'Arles n'eût pas un fondement bien solide * » ; soit que les donations de Boson fussent contestées, toujours est-il que Donzère ne figure point dans les chartes d'Odon (889), de Charles le Simple (915), de Rodolphe (924), de Louis d'Outre-Mer (941), parmi les possessions confirmées par ces princes à l'abbaye de Tournus. Peut-être était-il du nombre des lieux (loca) dont le pape Galixte II parle dans sa bulle de 1120, et que l'abbé de Tournus aurait, dit-il, « anciennement acquis ou légitimement recouvrés {aut légitime recuperaverit) o.
Quoi qu'il en soit, si les évêques de Viviers, de partisans des Bosons, redevenus vassaux de l'empire, durent aux Carlovingiens d'être maintenus dans leurs droits sur l'abbaye et les cellas de Donzère, il n'en fut pas de même sous les Capétiens. Témoin la grande charte de Henri P', roi des Français {rex Francorum), donnée à Reims le 23 mai 1059, le jour même du couronnement de son fils aîné Philippe qu'il avait associé au trône, — charte signée par les deux rois et confirmant à Guillaume I" de Juligny, quatorzième abbé de Tournus, qui avait assisté au couronnement du jeune prince,
i . Usage des fiefs, 1. I, p. 13.
toutes les possessions de son abbaye, parmi lesquelles deux monastères, dans le pagus d'Orange : celui de Donzère et celui du Val des Nymphes * (Duseram et Vallem Nymfarum)^ avec les églises leur appartenant [cum ecdesiis ad se pertinenlibus). Or ces églises que la charte de Henri P' ne nomme pas, la bulle de Galixte II nous en fait le dénombrement. C'étaient pour Donzère les églises de Sainte-Marie, de Saint-Benoît, de Saint-Christophore et de Saint-Saturnin (ecclesias de Dusera Sanctae Mariœ, S. Benedicti, S. Christophori, 5. Satumint), et pour le Val des Nymphes, la chapelle (capellam) de Saint- Michel de Garda (Lagarde-Adhémar) et celle de Saint- Pierre, sur la rive droite de la Berre ', églises et chapelles très vraisemblablement fondées ou édifiées par les bénédictins de Saint-Philibert de Donzère, — grâce aux donations pieuses que leur valurent, comme à tant d'autres abbayes, les terreurs de l'an mil, le dernier, croyait-on, suivant une ancienne prophétie. Ces terreurs passées, on se reprit à vivre et à bâtir. « On ne se contenta pas, dit Ghorier, de réparer les vieilles églises, on en construisit de nouvelles avec plus d'éclat et plus de magnificence ^. »
C'est donc vers le milieu du xi» siècle, dans la période de l'art roman secondaire que l'abbaye de Donzère aurait vu reconstruire son église, devenue trop petite pour la population qui se groupait autour. Bien que déchue de son ancien rang d'abbaye royale et réduite à l'état de prieuré, elle conserva longtemps encore et son titre et son importance. Régie par un prieur, qui relevait de