Ghorier, t. II, p
66 HISTOIRE DE DONZÈRE
Fabbaye de Tournus, elle en recevait les statuts, et le prieur rendait compte chaque année de sa gestion au chapitre général. C'était une sorte de feudataire des abbés de Tournus, résidant probablement dans le château, alors simple manoir.
Vers 1045, Gaucher Adhémar, fils de Giraud-Hugues .Adhémar, baron de Grignan, paraît avoir été prieur de Donzère. Plus tard, un autre Adhémar, Guillaume- Hugues [Willelmus Hugo ou Hugonis comme l'appelle Raymond des Agiles, dans sa Chronique de la première croisade), et frère d'Aymar, évêque du Puy, était en même temps prieur de Donzère et du Val des Nymphes ; mais il prit la croix en 1095 et partit pour la Terre- Sainte, où il mourut à Jérusalem en 1099.
Pascal II étantdansleVivarais en 1107, passa le Rhône à Valence et se rendit, le 3 août, à Aiguebelle : l'abbaye de Donzère, dont il avait confirmé la possession aux abbés de Tournus, se trouvant dans le voisinage, il est probable que le pape ne s'en retourna point sans la visiter. Calixte II fit plus : par ses bulles du 10 mai 1119 et du 18 mai llil, il prit « les autels et les églises de l'abbaye de Saint-Philibert de Tournus » sous sa protection, avec défense à quelque évêque que ce fût, de la troubler « soit par excommunication, soit par interdit». Ce qui n'empêcha pas, dans la suite, les évêques de Viviers de passer outre ; mais pour le moment, ils n'avaient de vues que sur le temporel de Donzère.
Cependant, des habitations particulières (domi), jointes aux cellas, s'étaient élevées progressivement autour de l'abbaye : les terres ecclésiastiques, dans ces temps barbares, étant plus respectées que les autres, les colons venaient s'y fixer de préférence. Aussi, vers le milieu du IX® siècle, Donzère formait-il déjà, dans le quartier de
VArgentih'e, ce que ron appelait alors un vtcus ou un mas considérable ; mais, pendant les guerres féodales, quand le manoir dut se hérisser d'un donjon, les habitants du mas cherchèrent sous ses murs un abri qu'ils ne trouvaient plus au pied du monastère. De là un second quartier, celui de la Double (villa duplex), nom qu'il a conservé depuis. Des barri ou remparts crénelés, percés de deux portes, Tune au levant (le portail Vieil, plus tard porte de l'Horloge), l'autre, au couchant, (aujourd'hui le portail Neuf), enserrèrent les deux quartiers et l'abbaye. Il reste de cette première enceinte des traces que l'on peut suivre dans lapartie basse du bourg et dans la rue montant à la Double.
Il y eut alors à Donzère un commencement d'organisation communale : les abbés de Tournus le possédant en fief avec droit de haute et basse justice, un viguier ou procureur y rendait la justice en leur nom. C'est, du moins, ce que nous permet de supposer l'existence, au moyen âge, d'une ancienne maison, dite de la Viguerie {la Vigueirta) ^ dans la rue de ce nom ; maison encore debout en partie, près de l'ancienne porte de l'Horloge, et laissant voir quelques traces de l'architecture romane *. Soit tolérance, soit respect pour les coutumes locales, ce droit de haute justice, les abbés de Tournus ne paraissent pas en avoir abusé dans leur fief, et si l'histoire nous les représente inquiétant leurs vassaux à Tournus, la tradition ne nous révèle rien de semblable à Donzère pendant toute la durée de leur gouvernement. A part l'hommage-lige à chaque changement d'abbé, les habitants, au contraire, jouissaient de tous les droits ou