‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 57 sur 122 · Clément IV, ep. 666. — Dom Vaissette, t. III, p, 5i · texte numérisé non relu

Clément IV, ep. 666. — Dom Vaissette, t. III, p, 5i

que son fils et successeur Philippe le Hardi, qui, pour couper court à la résistance de Tévêque (Louis), envoya, en 1280, son sénéchal de Beaucaire, Guillaume de Pontchavron, passer la revue des gens d'armes de la contrée. Ce que voyant, Tévêque, de l'avis de son chapitre, exconamunia le sénéchal et ses officiers; mais celui-ci s'en mit peu en peine et fit main-basse sur les biens de féglise.

Hugues de la Tour, successeur de Louis (1283), demanda pardon au souverain, et, par un acte du 1®' avril 1287, passé à Ghâteauneuf du Rhône, promit à Guérind'Amplepuis, successeur de Pontchavron, « d'ester en droit devant le roi, sur tous les articles, auxquels il était tenu de droit et de coutume, et de comparaître en personne au p?'ochain parlement de Paris. » Sur ce, le sénéchal leva la saisie ^

Après Hugues de la Tour et Raymond de Falgate, à qui le roi Philippe le Bel, dont il avait su gagner les bonnes grâces, permit de donner cours à la monnaie qu'il faisait battre à Largentière, le conflit recommença sous leur successeur Albert ou Adalbert de Peyre. Il portait principalement sur les terres que l'évêque, son chapitre et ses vassaux possédaient dans le Rhône et en deçà, et que le roi prétendait être de son ressort et de sa souveraineté, le Rhône séparant alors le royaume de l'empire. De là, cette distinction qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours parmi les riverains et les bateliers du fleuve dans leurs appellations de royaume et empire, appliquées en opposition à l'une et à l'autre rive {lou re.gno, rive droite ; rive gauche, Yimperï).

Or l'évêque Albert voulait bien admettre que le tem-

1. OoM Vaissette, t. IV, p. 61. — Baluze, Portefeuille de Viviers, n*> 4.

porel de son église, un moment confisqué par le sénéchal de Beaucaire, lui fût restitué ; mais quant à ratifier la promesse faite par son prédécesseur (Hugues de la Tour), « d'ester en droit devant le roi », il parut d'abord s'y refuser, se prétendant de nouveau et unique souverain dans ses terres, tant en deçà qu'au delà du Rhône ». Il se croyait d'autant plus fort contre Philippe, que ce prince était alors eu guerre avec la cour de Rome ; mais le roi ; qui n'avait pas craint de braver deux fois les foudres du pape, n'était pas homme à reculer devant la résistance d'un évêque. Aussi, Albert et son chapitre finirent-ils par solliciter un accommodement. Les articles en furent arrêtés le 10 juillet 1305 ; mais comme le prélat réclamait au préalable l'agrément du souverain pontife, Philippe le Bel rompit les négociations. Louis de Poitiers, successeur d'Albert, les reprit ; il se rendit à la Cour, et le 2 janvier 1307, à Vincennes, intervint entre le roi et l'évêque une transaction, d'après laquelle Louis de Poitiers et son chapitre soumettaient au roi, à son ressort et à sa supériorité, les terres qu'ils possédaient, eux et leurs vassaux {ipsi et eorum vassali) dans le Rhône et en deçà {in Rhodano et citrà Rhodanum), De son côté, le roi confirmait à l'évêque toutes ses possessions, le droit de battre monnaie, la juridiction haute et basse, les droits régaliens et autres [et alia jura).

Dans ce même acte, il était question des châteaux que l'évêque de Viviers possédait au delà du Rhône dans l'empire ^in imperio), Donzère, Montpensier et Cbâteauneuf de Rac pour la garde et la provision desquels il était permis à l'évêque de faire sortir du royaume [de regno) tous les blés, vivres et armes nécessaires u pourvu que ce fût sans fraude 9 : s'il arrivait à l'évê-

que de faire la guerre à quelqu'un hors du royaume, le roi ne pourrait s'y opposer ; il prenait enfin sous sa garde et protection l'évêque et son chapitre, ses vassaux et ses biens ; mais Tévêque était tenu de porter les armes royales de France, de s*en servir dans ses enseignes, et de suivre, le cas échéant, le roi à la guerre avec ses hommes d'armes. — Ce traité, signé par Louis de Poitiers, Bertrand son successeur le ratifia, en 1314, en prêtant serment d'allégeance à la Couronne entre les mains du chancelier d'Orgemont.

Ainsi, la transaction de 1307 n'engageant les évêques de Viviers que pour leur temporel dans le Rhône et en deçà (rive droite), ils conservaient au delà (rive gauche) la souveraineté in solidum sur Donzère, situé dans l'empire, et partant indépendant du royaume. Mais cette souveraineté n'était pas une et indivisible : il y avait les prieurs avec lesquels il fallait compter, non seulement comme représentants des abbés de Tournus, mais comme coseigneurs de Donzère. Si les évêques y percevaient les fruits, les rentes, les revenus et les péages, les prieurs y percevaient les dîmes, c'est-à-dire la dixième partie de tous les fruits croissants ou à croître des terres, vignes, prés et autres propriétés dans le prieuré, et la dixième partie des agneaux, chevreaux, et autres bêtes nés ou à naître dans la paroisse dudit prieuré. Or les évêques de Viviers ne pouvaient s'accommoder d'un tel partage. Il était loin, le temps où ces évêques et les religieux de Tournus se rendaient réciproquement service ; où Raymond d'Uzès, en 1160, écrivait au roi Louis le Jeune, en faveur de leur monastère alors désolé par son abbé, qui avait pris la tuite, après l'avoir ruiné; où ce même évêque Raymond et ses clercs, prisonniers, en 1170, du sire de Beaujeu, 3" du nom.

• ceux de Tournus, en retour, se portèrent caution pour leur délivrance*. Mais, dit la sagesse, un bienfait n*est jamais perdu. C'est pourquoi les successeurs de ! Raymond résolurent de s'annexer le prieuré, ou plutôt de reprendre ce qui avait été enlevé à leur église par le roi Louis Boson. Toutefois, l'entreprise ne paraissait pas facile.

Si l'abbaye de saint Philibert avait subi, auxu« siècle, une éclipse momentanée, tant elle s'était appauvrie, le pape Alexandre III l'ayant, par un bref, dispensée de payer ses dettes et celles des prieurés sous sa dépendance, elle avait repris son ancien éclat. Plusieurs fois brûlée et réparée, puis rebâtie, mais plutôt en forme de citadelle que de monastère, sur la hauteur qui commandait la ville et la Saône, de forme ronde, entourée de murailles, fossés, ponts-levis, parapets et de 15 à 16 grosses tours, elle était plus peuplée de soldats que de religieux. Aux nombreux villages ou prieurés mouvant en fiefs et en arrière-fiefs de son donjon, d'autres, tels que le prieuré des Tourrettes dans le Tricastin, étaient venus s'ajouter, et Philippe le Bel, en 1309, avait confirmé solennellement, «dans son parlement », la grande charte de Henri 1er en faveur de ses abbés. Ces mêmes abbés, dont les armes « portaient de gueules à une crosse d'or et uneépée à la poignée d'or et à la lame d'argent'», officiaient pontificalement; ils rendaient la

1. Lettre de V Archevêque de Vienne à ses frères {sociis suis) de l'église de Tournus.

2. Sceau de l'abbaye : la sainte Vierge tenant Penfant Jésus dans ses bras.

Autre: saint Philibert; au côté droit les armes de l'abbaye, surmontées d*nne fleur de lis, et au côté gauche un autre écu rempli d*un lion.

94 HISTOIRE DE DONZÈRE

justice et battaient monnaie ; ils avaient leurs enseignes et leur milice, et Tétendard de saint Philibert se montra plus d'une fois dans les guerres du temps.

Au cours d'une telle prospérité, Tabbaye ne négligeait pas ses prieurés, et celui de Donzère entre autres était alors très florissant: les prieurs qui s'y succédaient, sortant pour la plupart des plus nobles maisons. Après les Adhémar, dans les xie et xii« siècles, Henri de Vouziac, en 1295 ; Aymon de la Motte, en 1321, furent à la fois prieurs et coseigneurs de Donzère ; Astorge de Perlant qui, vers le milieu du xive siècle, régissait le prieuré, jouissait, dans la contrée, d'une grande considération. Son frère, Rigault de Perlant, ayant été appelé au gouvernement du prieuré des Tourrettes, Tabbé Giraud (38© abbé de Tournus) vint présider en personne à son installation. C'est dans la chambre du prieur de Donzère, le 24 septembre 1344, qu'il signa l'acte de collation, rédigé par Raymond Gari, notaire impérial, en présence de « noble religieux homme Luc Vital, sacristain de Donzère, de l'ordre de saint Benoît ; de Jean de Saint-Flour, barbier du seigneur Abbé », * et d'autres témoins. C'est encore dans la chambre du prieur, qu'eut lieu, l'année suivante, le 25 septembre, l'assemblée des « arbitres et pacificateurs », — parmi lesquels le prieur lui-même, Astorge de Perlant, — au sujet d'un différend survenu entre le nouveau prieur des Tourrettes et les habitants de Grignan '.

Il n'y avait donc pas lieu, pour le moment, de mettre la main sur ce dernier reste de l'ancienne abbaye royale de Donzère. Outre que les temps étaient difficiles:

1 . Il paraît que le roi Louis XI ne devait pas être le premier voyager en compagnie de son barbier.

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