Archives communales de Grignan
après Ja peste noire (lou maoû nier) qui, de 1348 à 1350, n'avait épargné ni Tournus, ni Viviers, ni Donzère, des bandes de routiers, malandrins, retondeurs, tard-venus ou mange-lard, s'abattirent, en 1357, sur le pays. Vêtus à la diable, traînant à leur suite des chiens, des singes et des chèvres qu'ils faisaient danser, et jusqu'à des moines ou prêtres qu'ils avaient enlevés pour avoir la messe tous les matins ; quelques-uns même, par respect pour les saints ou pour leurs familles, ne portant que des noms de guerre ; ils allaient ainsi, pillant les châteaux, les églises et les monastères; assiégeant même le pape dans Avignon et ne s'en retirant qu'après une forte rançon et l'absolution de leurs rapines *, On conte qu'après avoir pris et pillé Soyons, ils voulurent marcher sur le château de Donzère ; mais que leur chef s'y opposa — un de ses ancêtres ayant reçu l'hospitalité dans ce manoir. — Ce qui est vrai, c'est qu'ils s'emparèrent par surprise du château de Grignan. Cependant, un écrivain dauphinois * ajoute qu'indépendamment de Grignan, les routiers rançonnèrent Suze et Donzère.
De son côté, l'abbaye de Tournus était aux prises avec ses vassaux, qui, déjà, en 1171, avaient essayé de s'affranchir. — Nouvelle tentative en 1370. Ils se plaignirent au roi Jean des violences et de l'oppression des religieux, « nobles, disaient-ils, et nés pour la plupart hors du royaume. » Jean, alors de passage à Tournus, prit les habitants sous sa protection, et ses armes mises sur les portes de la ville, il en confia aux bourgeois les clefs et la garde. C'est à la faveur de ces di-
1 . Mémoires de V Académie des inscriptions et belles lettres, t. XXV, pp. 153-156.