Archives de Donzère
4. Archives de Donzère. — Lettres du roi Louis XI au sire de Lude, gouverneur du Dauphiné,
Jamais, non plus, sous prétexte d'appel, les officiers royaux n* avaient usé « de maademens ou commandemens ou fait aultre exploit de autorité de justice ou juridiction quelconque, en iceulx chasteaulx de Montpensier, Ghasteauneuf-de-Rac et Dorizère », sur lesquels révêque avait « toute jurisdiction haulte, moyenne et basse, mère, mixte et inipere et tous aultres droiz de seigneurie ». G*étaient ce que l'on appelait des terres adjacentes, « es fins et limites de la sénéchaussée de Beaucaire w, c'est-à-dire, indépendantes de la juridiction royale, mais relevant de Tempire, ayant leurs seigneurs particuliers, leurs coutumes, leurs franchises, et ne pouvant être taillées ou imposées que par leurs seigneurs respectifs.
Cependant, après la cession du Dauphiné à la France, ces terres ayant été mises par les officiers delphinaux sous la main du Dauphin (plus tard Louis XI), « à l'instigation d'aulcuns malveillans de l'évêque » (alors Guillaume de Poitiers), ce prince qui, pendant son séjour en Dauphiné (de 1446 à 1457), avait plusieurs fois visité nos contrées, mieux informé et sur l'avis d'ailleurs de son seigneur et père le roi Gharles VII, rendit ses châteaux audit évêque, « lequel en joyt paysiblement durant le cours de sa vie », et en avait « pareillement despuis joy » son successeur (Hélie de Pompadour), quand le Parlement delphinal s'avisa de le troubler dans sa possession.
Une des clauses de l'acte de cession du Dauphiné, en 1349, portait que cette province ne pourrait être incorporée au royaume que lorsque l'empire y serait joint ; — « ce qui prouve, dit le président Hénault, que les empereurs y exerçaient encore un droit de souveraineté. » Mais pour le parlement delphinal, ce droit n'a-
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vait plus de raison d*être. Il avait alors à sa tête Pierre Gruel, seigneur de Viilebois, d'une ancienne famille du Gapençais*. C'était un de ces hardis centralisateurs politiques, précurseurs de Richelieu, rêvant Tunité de la monarchie et ne craignant pas de mettre la justice et même la force au service de la raison d*État. Déjà, n'étant encore que président en la chambre des comptes, il avait débuté par un coup de maître, en déjouant les tentatives germaniques de l'évêque de Gap dans sa ville épiscopale. Président unique au parlement de Grenoble, en 1461, à l'avènement de Louis XI, il entreprit d'annexer au fief delphinal la principauté de Donzère. Après plusieurs citations, proclamations et autres exploits et procédures « es lieux, places et territoires » de ladite principauté, toutes menaces restées sans effet, il se porta « enarmesetpar manière d'ostillité et guerre contre le chasteau et ville de Donzère, en laquelle, ajoute le roi dans sa lettre au sire de Lude, ils (les soldats delphinaux) entrèrent sans résistance. » Cependant, les portes n'en furent pas moins rompues, le château occupé et des violences commises. Il y eut même des arrestations, et plusieurs habitants de Donzère furent emmenés prisonniers à Grenoble.
Depuis l'acte de 1307, Pévêque de Viviers faisait de droit partie du conseil du roi et portait ses armes. Hélie de Pompadour se plaignit à Louis XI : il y avait, pour lui, dans ce qui venait de se passer « esclande et lésion de justice, dérision et vilipendement de sa personne et de sa dignité épiscopale ». Désavouant ou du moins affectant de désavouer ce qui s'était fait comme « injuste et déraysonnable », le roi accueillit la plainte de Tévê-
1. Guy-Allard. — Bibliothèque historique et littéraire du Dauphiné, 1. 1, p. 80.
que et y fit droit. Par lettres datées du Mans, le 4 janvier 1467, il chargea le comte Jean de Gomminges, maréchal de France, lieutenant général et gouverneur en la province de Dauphiné, de rendre à l'évêque de Viviers l'entière jouissance de ses privilèges. Le comte, à la demande de l'évêque, « parties oyes et le procureur delphinal appelle », élargit ceux des habitants de Donzère qui avaient été arrêtés. « Puis, comme Taffaire étoit grave et demandoit une étude spéciale, il ordonna, par provision, que rien ne seroit innové contre le prélat, jusqu'à ce que par luy en eust été autrement ordonné * ».
Ainsi, le roi dont la main de fer ne reculait devant rien pour briser tout ce qui s'opposait à son œuvre de centralisation monarchique, se montrait plein de respect pour une principauté qu'il croyait hors de son royaume, et qui, en réalité, tout en relevant de l'empire, n'était qu'un petit État dans l'État ; le grand justicier des hauts barons et des apanagistes s'inclinant devant les droits équivoques d'un petit prince régnant par la grâce des empereurs d'Allemagne, voilà la singularité qui paraît ressortir des faits que nous venons de raconter, — non d'après une chronique du temps, mais d'après un témoignage auquel l'histoire était loin de s'attendre : celui du roi Louis XI lui-même.
Avant ces événements, Donzère avait eu à soutenir contre le fisc royal un procès où ses anciennes franchises étaient en cause. Dans un temps où la propriété semblait être le partage de quelques-uns, à Donzère, elle appartenait au plus grand nombre. Nulle part, dans le Tricastin, un territoire alors plus divisé : les anciens colons de l'abbaye, moines ou serfs, — ayant fait souche