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A. Lacroix, No/ice sur Donzère, p

iOO HISTOIRE 1)E DONZÈRË

de petits propriétaires, doQt le nombre croissait chaque jour par les actes d'iaféodatioa quy faisaient, notamment dans les îles, les procureurs du seigneur évoque.

Vers le milieu du xiv* siècle (en 1332, d'après la sentence de 1392), le Rhône ayant fait irruption dans la plaine, avait laissé en se retirant, et divisé en plusieurs îles le terrain qu'il avait occupé. Deux de ces îles, — celles dites de Boscobello (Boisbel) et de Tockelase, — étaient contiguës, et séparées seulement lorsque le Rhône était gros. Mais c'est dans la première surtout que les habitants de Donzère avaient des terres, des vignes et des prairies. D'après le Registre terrier, ils y possédaient alors plus de cent fonds, avec franchise de tout péage pour l'aller et le retour soit à pied, soit en bateau, lors des crues du Rhône; — privilège confirmé, en 1380, par le roi Charles VI; — mais en 1391, après le vojage de ce prince à Avignon, le procureur du roi de la maîtrise des ports de la sénéchaussée de Nîmes, siégeant à Villeneuve-lez-Avignon, contesta aux habitants la propriété et la jouissance de ces îles, lesquelles étant, disait-il, en Vivarais, dans le royaume, se trouvaient, par conséquent sujettes aux droits de foraine que le roi faisait lever à l'entrée de ses États.

Donzère, — et c'est la première fois que la commune entrait en scène, — Donzère, par ses procureurs-syndics, soutenait qu'avant l'irruption du Rhône et la division de son terroir en plusieurs îles, ces îles étaient totum terrenum (tout terre) et qu'il en avait joui de tout temps sans payer aucun droit de foraine : le lieu de Donzère étant d'ailleurs dans l'empire {in imperio), à quatre traits d'arbalète du Rhône [par quatuor tractus arbalestarum), Donzère s'appuyait, en outre, sur l'acte de 1307

MOTEN AGE 101

entre Philippe le Bel et Tévêque de Viviers et sur les lettres patentes du roi Charles VI.

A la suite d'une enquête par-devant le lieutenant du Maître des ports et passages de Villeneuve, celui-ci rendit une sentence par laquelle il fut justifié que les habitants de Donzère étaient a en légitime possession de leurs îles, et en droit de les cultiver, de les semer, d'en couper les bois, et d*y faire paître leurs bestiaux, sans payer au roi aucun droit de foraine ». Cette sentence de 1392 fut déclarée exécutoire par une autre du 23 février 1403, du Maître desdits ports et passages, confirmée par le roi, dans ses lettres patentes du 9 aoTit 1408, adressées au Bailli du Vivarais et Valentinois.

Cependant, les abbés de Tournus ne cessaient de protester contre l'union de leur prieuré de Donzère à l'église de Viviers. L'un d'eux, Louis de La Palu, s'en plaignit au pape Martin V, au concile de Constance, en 1417, comme d'un mauvais exemple pour les autres prieurés sous sa dépendance, et surtout comme d'un grave préjudice pour son abbaye ; le pape, par une bulle du 23 décembre 1418, cassa et révoqua cette union; mais la guerre des Armagnacs et des Bourguignons, dont l'abbaye eut tant à soufiTrir, en 1422, empêcha l'abbé de donner suite à l'exécution de la bulle. Vint le concile de Bâle, en 1431, qui, sans tenir compte de cette bulle, sanctionna ladite union. Après Louis de La Palu, son successeur Hugues III, dit de Pitignac, d'une noble maison du comté de Bourgogne, voulut reprendre cette affaire. Il était en grand crédit, allié à des familles puissantes et conseiller du roi Charles VII, qui passa à Donzère avec son fils le Dauphin, en janvier 1437. — Hugues en appela au conseil du roi, en 1439; mais n'ayant probablement pas reçu toute satisfaction de ce

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côté, il s'adressa au pape Nicolas Y; il lui représenta que son monastère avait obtenu plusieurs diplômes des papes, des rois et des empereurs et autres princes ; mais que plusieurs de ces titres étaient si vieux qu'ils commençaient à s'effacer et à se pourrir. Par ordre du pape, copies furent faites, en 1453, sous la direction de Fabbé de Gluny, de ces titres originaux, par trois notaires, en trois volumes conformes *.

« Nanti de ces titres, dit Juénin, notre abbé, en 1458, essaya de rentrer dans la possession du prieuré (autrefois abbaye) de Donzère, dont les évêques de Viviers s'étaient emparés depuis environ quatre-vingts ans, par droit de bienséance » ; ce qui reporterait le fait à l'année 1378, comme nous l'avons dit, et non à 1373 ou 1374, comme d'autres le présument. — Cependant, comme en vertu de la donation de Louis, fils de Boson, roi de Provence, les moines dé Tournas avaient possédé ledit prieuré « près de cinq cents ans, et y avaient encore quelques-uns des leurs, notre abbé, ajoute Juénin, à l'occasion de quelques circonstances, qui lui parurent favorables, résolut défaire ses efforts pour y rentrer *». — Ces circonstances favorables, que Juénin semble sousen tendre, n'étaient autres, sans doute, que les troubles de la principauté de Donzère, au sujet des hostilités entre le prince évêque (Hélie de Pompadour) et le parlement delphinal.

A cet effet, l'abbé nomma un prieur, Hugues Richalme, avec mission de « réduire, sous les lois du

1 . C'est dans un de ces volumes, aux archives du chapitre de Tabbaye, avant i789, que se trouvaient les anciennes chartes concernant Donzère.

2. Nouvelle Histoire de Vabbaye royale et collégiale de Saint- Philibert.

monastère de Saint-Philibert, ledit prieuré de la bienheureuse Marie de Donzère [Beatae Mariœ de Dunzera)^ depuis longtemps, disait-il, dans les mains de quelques seigneurs évêques qui, violemment et sans aucun titre [violenter et sine quocumque tïtulo), ajoutait Tirascible abbé, s'en étaient emparés* ». Nous sommes loin du droit de bienséance dont parle Juénin. — Ses instructions données au nouveau prieur, « Tabbé fit une imposition non seulement sur lui-même et sur tous les officiers claustraux de son abbaye (camérier, cellerier, hôtelier, infirmier, aumônier, cuisinier, chantre, etc.), mais encore sur tous les prieurés en dépendant. Cependant malgré cette imposition, qui fut de 368 écus d'or ', somme assez considérable en ce temps, Tabbé ne put pas réussir ou en tout cas ce ne fut pas pour longtemps ». Hélie de Pompadour, à la fois protégé par le pape Calixte III et par le roi Louis XI, sut faire valoir ses droits sur le prieuré contre l'abbé de Tournus, comme il avait su défendre sa principauté contre le parlement delphinal, et les évêques de Viviers continuèrent de posséder Donzère et de s'en qualifier prieurs. « Jusqu'en 1537, ils ont pourtant payé au chambrier de l'abbaye de Tournus une redevance annuelle de 10 livres ; mais depuis, ils ont trouvé le moyen de s'en décharger, aussi bien que presque tous les autres prieurs dépendant de cette abbaye' », qui devait finir, comme tant d'autres, dans le désordre

1. Rotulus (Rôle) des taxes pour le recouvrement du prieuré de Donzère (1458).

2. Dans ces taxes, le sacristain de Donzère figure pour trois écus d'or, le prieur du Val-des-Nymphes, pour huH, et celui des Tourr elles ^ pour six.

3. JuÉNiN, Nouvelle Histoire de l'abbaye royale et collégiale de Saint-Philibert,

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et Tanarchie. Au xvii* siècle, en effet, lorsqu'il fut question de la séculariser, ses religieux ne vivaient plus suivant la règle de Saint-Benoît. Ils allaient à la chasse; ils acquéraient des biens dont ils disposaient en faveur de leurs parents ou de leurs amis. On en voyait courant les rues ou s'attablant dans les cabarets. Une maison de jeu, de bals et de mascarades, voilà ce qu'ils avaient fait de ce grand monastère de Saint-Philibert auquel l'abbaye de Donzère avait servi de refuge dans l'adversité ; mais si, devenu tout-puissant, il ne sut la récompenser qu'en la réduisant à l'état de colonie domestique, il semble que la mesure ne lui porta pas bonheur; car le jour où le prieuré de Donzère se déroba à sa domination, ce jour- là commença, pour l'abbaye de Tournus, l'ère de sa décadence. Comme le disait l'abbé Louis de La Palu, il avait donné « un mauvais exemple », mais qui n'en fut pas moins suivi par la plupart des autres prieurés de l'abbaye.

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