CHAPITRE V
Oonzère au moyen Age : sa population, sa Grand'Rue et la Bourgade; rues et andrones; maisons du Dauphin, de Saint-Georges^ de /a Couronne, àe Beaumont, des Moretons^eic, la Viguerie; la maison où se mesurait le blé; la maison du péager; le Tinal, le Four banal; le GhAteau fort; tour du Donjon; Notre-Dame de Saint-Philibert et ses chapelles. — Nouvelle enceinte du Bourg; ses trois portes. — Hors les murs, l'Ostal (l'hôpital); Maladières; Cimetières de Saint Benoit et de Saint-Christol. — Territoire de Donzère : ses divers quartiers et ses îles du Rhône ; — ses limites du côté de Pierrelatte et de La Garde. -^ Prat du chastel. — Bonagach et ses fourches patibulaires. — Croyances, légendes et superstitions populaires : le fantastis; les trois Donzelles, le figuier magique, les âmes en peine; l'homme au fagot dans la lune; le diable qui bat sa femme; le puits de Saint-Vincent; la Baume des Anges; la Tournelle. — Us et coutumes : le charivari ; le feu de la Saint-Jean; le jeu de l'arbalète; le caramentrand, le mai, la farandole, la paume, les quilles, les boules, etc. — Patois de Donzère. — Régime de la Principauté : la cour de Justice ; le châtelain; la commune; le consulat; le budget communal. — Incendie des Archives. — Recours des habitants au seigneur évêque Jehan de Montchenu. — Reconnaissance et confirmation, par ledit seigneur, de leurs anciennes libertés, coutumes et franchises.
Avant d'aller plus loin, un dernier mot sur le Donzère du moyen âge. Au milieu de la servitude féodale, il .i, croyons-nous, son intérêt et son originalité. Situé à l'extrême limite de trois provinces (Dauphiné, Provence et
106 HISTOIRE DE DONZÈRE
Languedoc), et ne dépendant d'aucune d*elles, ce n'est, il est vrai, qu'un coin de terre isolé, perdu sur les bords du Rhône; mais ce coin de terre n'en était pas moins le chef-lieu d'une petite principauté souveraine, dont la population, mi-partie bourgeoise, mi-partie rurale, n'avait rien perdu, paraît-il, de sa vieille sève gauloise. Bourgadins ou paysans, tous, en effet « bonshommes », suivant le mot du temps ; mais jaloux à l'excès de leurs droits et de leurs franchises; hardis, remuants, frondeurs, se donnant volontiers entre eux pour rire {pér farcéja), un sobriquet {faii noum) qui, passant du père au iils, en venait souvent, par prescription, à faire partie de la famille*; plaideurs par tempérament 2; peu prodigues de leurs biens et de leurs deniers; ne payant qu'à regret a» ohhq ou les redevances seigneuriales, et se refusant parfois à la corvée; — au demeurant, probes, actifs, industrieux ; au travail, dès l'aube : les uns, aux champs, au bois ou aux îles; les autres, à leur métier; tous au repos, le soir, après l'heure du couvre-feu; chômant les fêtes et les dimanches, et néanmoins sobres et tempérants (il n'y avait alors, dans l'intérieur du bourg, qu'une seule taverne, — celle où pendait, pour enseigne, l'image de saint Jacques [fostalaîré dé Sanl Jaques)^,
Si, du côté du Rhône, à l'ouest, Donzère était resté stationnaire, au sud et à l'est, vers la Berre, il avait pris
1 . De là, tant de surnoms bizarres encore en vigueur dans le pays: lou Croupatas (le corbeau), lou Canari (le canari); la Patto fino (la patte de velours) ; la Griffo (la griffe) ; lou Badabi (le gobemouche), etc.
2. Sous ce rapport, Donzère s'est fait une réputation légendaire, 11 n'y a pas longtemps, chaque fois qu'un plaideur se présentait à la barre du Tribunal de l'arrondissement, le président facétieux (M. Latil) lui demandait, dit-on, « s'il n'était pas de Donzère V »
3. A cette époque de foi, les tavernes, les boutiques et les hôtel-
MOYKN AGE 107
un certain doveloppement. A ses quartiers primitifs de r ArgentVere ' et de la Double^ était venue s'ajouter la Bourgade [Burgalia) -, c'est-à-dire toute la partie qui s'étendait au delà de sa première enceinte, moins le faubourg qui n'existait pas encore. Du portail Neuf au portail de la Font (portails Fontisy courait, à Test, en passant sous le portail Vieil, une rue nouvelle, bordée, à droite et à gauche de « boticques » aux portes basses et cintrées, recouvertes par des auvents, et de maisons : la plupart avec des bancs de pierre à l'entrée ; quelquesunes avec façade, croisées de pierre et à moulures ciselées; d'autres avec tourelles, escaliers en spirale, écussons et terrasses ; c'était la Grand'Rue [magna canotera); rue très inégale et coupée, par intervalles, de ruelles ou
leries se plaçaient généralement sous le patronage d'un saint, dont l'image, peinte sur un panneau en bois, était suspendue à la porte du logis.
1. Ce quartier comprenait, en outre, la partie basse entre l'église et les remparts, et désignée, dans le Registre terrier sous le nom de Femoras ou Fomoras (du bas latin Femoratium ou FemorasseSy fumier, fosse à fumier) ; — nom qu'il porte encore et qu'il doit, soit aux eaux stagnantes du ruisseau, soit aux fumiers qu'on y déposait. Par suite de la démolition des Barri du sud et de rétablissement d'une fontaine, cette partie du Bourg a été assunie.