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Archives de la commune

Ii2 HISTOIRE DE DONZÈRE

traces. Cette rue aboutissait, au couchant, à une autre porte, dite le Portalet, par où les habitants se rendaient à leurs fonds et que Ton murait dans les temps d'alarme. Du nord-est partait un aqueduc, amenant au château les eaux de Navon. De temps à autre, la charrue en met à jour les conduits. Autour de la forteresse enfin régnait une plate-forme, d'où le regard embrassait Tun des plus beaux paysages du Rhône : au nord, le mont Navon au profil vésuvien; à l'ouest, les montagnes rocheuses du Vivarais; au sud-ouest, le cours du Rhône et ses îles jusqu'au Pont-Saint-Esprit; au sud, la plaine et le rocher de Pierrelalte*; au sud-ouest, le montVentoux; à l'est, les coteaux boisés de Donzère et le promontoire de Lagarde-Adhémar, par de là lequel, à l'horizon, les dernières ramifications des Alpes.

C'est là, dans ce manoir, qu'avant de se rendre indépendants, les Seigneurs de Donzère prêtaient foi et hommage à leur suzerain, l'évêque de Viviers ; et c*est de là qu'ils partaient en guerre, lorsqu'ils étaient au service des comtes de Toulouse, ou que, sous prétexte de péages sur le Rhône et sur les routes, ils faisaient la chasse aux partisans de Montfort et bravaient les foudres d'Innocent III ; c'est là, enfin, dans la grande salle pavée, sous le haut manteau de la cheminée, que le tabellion dressa les contrats de mariage deTiburgeet de Guillaumette, «dames de Donzère ». Aucun souvenir n'est resté de ces nobles fiançailles, ni de la vie intérieure du château, pendant cette première période du moyen âge; mais il touchait de trop près à la Provence, où, du temps du bon roi René, florissaient les cours d'amour et les

1. Aujourd'hui, mis en coupe réglée par ce vandalisme moderne qui s'appelle la spéculation.

trouvères, pour n*avoir pas donné, d*aventure, Thospitalité à Tun de ces poètes de passage, qui la payaient par une chanson de geste.

Au midi, sous le château, s'élevaient encore — du moins en partie et sous le nom de prieuré — les anciens bâtiments de Tabbaye; mais Féglise du xi" siècle était, en 1415, dans un état de délabrement tel que le \icaire épiscopal de Saint-Paul-Trois-Châteaux, qui la visita ' (elle dépendait alors de ce diocèse), ordonna de la réparer dans un an, sous peine d'excommunication. Dix ans plus tard, en 1425, sous le consulat de Guillaume Mottinel ; puis, en 1436, et enfin en 1441, nouvelles réparations. Placée, dans l'origine, sous l'invocation de la sainte Vierge et de saint Pierre, elle avait subi certain changement dans son vocable : saint Philibert au lieu et place du prince des apôtres ; mais, irrévérence à part, on comprend cette prédilection des religieux de Tournus pour leur saint fondateur. C'est même une tradition dans la paroisse qu'ils avaient fait présent à notre église de son pallium^ passé plus tard, on ne sait comment, à celle de Viviers, qui le possédait encore au xvi® siècle.

Simple et sévère comme toutes les églises bénédictines, l'église de Donzère avait, dans ses travées latérales, plusieurs chapelles, dotées par leurs fondateurs : à droite du chœur, Saint-Philibert aux Fayn; à gauche, Saint- André « ayant pour recteur le sacristain * » ; Saint-Jean- Baptiste aux Gontards, seigneurs des Granges; Saint- Jacques aux Bermund d'Aubres; Saint- Joseph aux Joubert; Saint-Antoine à la confrérie de ce nom ; Saint-

1. Dans le compte des consuls de cette année, la visite pastorale du vicaire de Saint-Paul figure pour 3 gros ou 6 sols, — 1 gros valant alors 2 sols, et 12 gros 1 florin .

2» Notice historique sur Donzère, psr M. l'abbé Vincbnt, pi 25*

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Vincent aux Vignerons; Saint-Sébastien \ fondée par la famille Pons, aux Arbalétriers; les Fonts Baptismaux aux Caramentrand ; enfin la chapelle de la Vierge où, chaque jour de l'année, se disait la messe votive. A l'église était contigu le cloître, alors silencieux et presque désert : sa congrégation de moines ayant fait place à un sacristain et à deux ou trois prêtres et serviteurs (pres^^emse/sem^ori^Ms), relevant de Tévêque de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux. Alors ce qu'on appelle aujourd'hui le casuel se réduisait à quelques legs pieux de fidèles, parmi lesquels Aymard Gontard de Donzère et son frère Antoine Gontard, de Saint-Paul (1376) ; Alix Audiguier, veuve David (1405); Mariette Joubert, veuve Martin (1494) ; Noble Ollivier, allant guerroyer contre les Turcs (1495) ; noble Hélie dePayle (1496) ; noble Pons de Guérin (15i4), etc. Mais si parmi les riches Tun donnait un coin de terre; l'autre une vigne ou un pré, pour fondations d'anniversaires ou chantars (messes de mort à haute voix), combien, parmi les pauvres, de legs de 8, de 6 et même de 4 sols ! Il y en avait qui, ne pouvant tout payer en argent, y suppléaient par des « pots de vin », livrables aux vendanges *. Et tous ces legs, la plupart notariés, hypothéqués sur des maisons ou sur des terres, et souvent payés par plusieurs héritiers ^.

Une seconde enceinte de murailles, crénelées et flanquées de tours, enserrait à la fois le bourg, le prieuré et le château ; un ruisseau, celui des Riailles, grossi par les eaux de la Fontaine et courant le long des remparts, y formait comme un fossé, sur le bord duquel des jardins

* , Notice historique sur Donzère^ par M. l'abbé Vincent, p. 25.

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