Plusieurs laissent voir encore los traces du feu
D'après ces comptes, « les syndics, consols ou proucuraïrés dou luoc », étaient, en 1414, Pierre des Aliers {Alerii)ei Guillaume Las Sueyas, — les plus anciens connus depuis Hugues de Saint-Cirgues, et sous ladministration desquels l'église qui tombait en ruines fut réparée ; en 1425, Etienne Girard et Guillaume Mottinel, qui, sur la nouvelle apportée par des messagers de Pierrelatte, de gens d'armes que vénian (qui venaient), mirent les portes et les remparts de la ville en état de défense * ; en 4436, Rivas et Restaurant auxquels échut l'honneur de recevoir à leur passage à Donzère « lo Rey de Fransa (Charles VII) et Moss. lo Dalphi » (Monseigneur le Dauphin, plus tard Louis XI), allant au Pont-Saint Esprit.
Si nous comparons les budgets de ces trois années, nous voyons, en 1414, la recette [lareceptà) s'élever à 72 florins 5 gros 9 deniers; en 1425, à H8 florins 9 gros 16 deniers, et tomber, en 1 436, à 61 florins, sur lesquels le produit d'une taille imposée « pour reparacionà la gleiza. » Même fluctuation dans la dépense (la dispensa): en 1414, 69 florins 2 gros 9 deniers ; en 1425, Uo florins 8 gros 1 denier ; en 1436, 52 florins 4 gros, dont 2 gros pour porter à l'évêque « un bel porc » (senglar). Toujours un excédent de recette. Si la dépense, en 1425, dépasse de près du double les deux autres, c'est qu'il y eut, cette année-là, surabondance de travaux publics: réparations aux barri, aux portes, à l'église et à « l'ostal de l'ospital » ; plantation de limites
1. Une fausse alerte : ces « gens d'armes », que Pierreîatte avait pris pour l'ennemi, n'étaient autres que la compagnie du marquis de Saluccs, gouverneur de la province, plus douze ca\*aliers de la coropagnin du capitaine Bance, qui, en passant, prirent gîte à Donzère.
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aux îles et aux pâtis ; construction d'un four à chaux et d'une muraille au pont; enfin prolongement des remparts, au sud (Mestre Borrel et Mestre Prunet, maçons).
Jusqu'à la fin du xv* siècle ces budgets annuels varient peu : dans celui de 4484, il y a équilibre même entre les recettes et les dépenses, 214 florins, sur lesquels 4 gros per sieys torlorellos (pour six tourterelles), données à M, l'Official. Tous ces comptes débutent par la formule : cen se lou conté dou temps passa (S'ensuit le compte du temps passé). Après quoi, viennent les détails sous la rubrique : An reçouput ou an vendu (pour les recettes) ; et An paia (pour les dépenses) ; — mais quelle conscience et quelle simplicité dans ces comptes, et comme les temps... et les chiffres sont changés !
«Ainsi constitué, Donzère, dit M. l'abbé Vincent, était au rang des bourgs les mieux partagés du Dauphiné \)) lorsque, en 1485, un malheur irréparable \int le frapper.
Il n'y avait pas encore de maison commune. —Suivant un ancien usage, l'église avait la garde des archives, renfermées dans un coffre en noyer. Ce coffre, placé sans soin {sine cura, dit l'enquête), près de l'autel votif de Notre-Dame [propè votum Nosirae Dominœ), prit feu dans la nuit du 34 janvier, soit par cas fortuit, soit par la négligence de ceux qui étaient chargés du luminaire, et la plus grande partie des archives fut consumée par les flammes. Ainsi périrent nombre de chartes et de parchemins à jamais regrettables pour notre histoire locale,
A cette nouvelle, ajoute l'enquête, la consternation fut
{. Notice historique sur Dont&ey p. 17.
grande dans toute la Principauté. Vénérable maître Jacques Fabry, bachelier es lois [Bacchalameo in legibus), et Bertrand Vitalis, consuls, et prud'hommes Pierre Monier, Pierre Garamentrand, Mondon, Pierre Riote, Jean et Pierre Valentin frères ; noble Robinon Louis Reydon, Barthélémy de Talpenas, Jean Bonfils, André Bilhard, leurs conseillers, recoururent au princeévêque, Jehan de Montchenu, à Teffet d'obtenir la confirmation des anciennes libertés de la commune. Après en avoir conféré et délibéré avec son conseil, Jehan de Montchenu ordonna une enquête ; les consuls, dans une assemblée qui eut lieu chez Jacques Fabry, eurent à faire preuve desdites libertés par des témoins dignes de foi et par quelques fragments d'écritures, échappés au feu, et le 1*' mars 1486, Jehan de Montchenu confirma, par une charte *, lesdits habitants dans la possession des libertés et franchises qu'ils revendiquaient comme en ayant joui de tout temps paisiblement.
« Il est connu de tous et d'un chacun, disait le vénérable prélat, que certains instruments {certa matrumenta), plusieurs documents et d'innombrables écritures [innumbrabilcs scripturae), tant judiciaires qu'extrajudiciaires, avaient été faits et reçus par plusieurs notaires, tant dans le lieu de Donzère qu'ailleurs, touchant ou contenant les libertés, les franchises et les immunités de l'Université dudit Donzère, — lesquels, ô douleur ! [proh dolor!) furent consumés par le feu, dans l'église, il n'y a pas longtemps [non est diu), etc. »
Ainsi se trouvaient reconnues et justifiées ces libertés primitives dont les citoyens de Donzère se prévalaient à
I . Acte reçu, M* Vincent de Mazade, notaire au Bourg-Saint- Andéol, qui en expédia un extrait public aux habitants de Donzère.
(Notariat Meynot.)
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boQ droit. Si la sévérité de l*histoire ne s'offensait pas d'une digression poétique, ce serait le cas — à propos de ces libertés, sorties vivantes du sinistre de 1485 — d'évoquer l'image de la salamandre passant à travers le feu sans s'y brûler. C'est qu'elles ne reposaient pas seulement sur des mots écrits, mais sur la mémoire et la tradition, par lesquelles vivaient et se perpétuaient les coutumes chez nos premiers ancêtres. Donzère n'eut donc qu'à se souvenir pour se retrouver affranchi. Mais il eut aussi l'avantage de rencontrer en Jehan de Montchenu un prince loyal et généreux, — ainsi qu'en témoigne la façon émue dont il parle du malheur arrivé à ses sujets.
Toutefois, d'après le compte des consuls, cette confirmation n'en coûta pas moins de 100 florins à la commune.