Du bas latin craperium^ crapier
148 HISTOIHE DE DONZÈIŒ
de ses officiers. Souveat des citoyens, et des plus notables, Pierre Talpenas, Etienne Garamantrand, Claude Mottinel, Pierre Suffise, Malhassole, etc., coupables d'avoir osé protester, se voyaient traduits devant la cour de justice « pour congrégations illicites, rébellion et félonie >». Vainement la transaction de 1513 assurait aux plaideurs comme aux accusés certaines garanties, le juge (M. de la Motte) n'en tenait nul compte. Non moins arbitraire et aussi incapable dans sa charge (officio castellanide), Gonor de Joux, le châtelain, gro-sissait à son gré le prix des lods* (5 deniers selon l'usage) et les frais de justice ou rognait une partie « comme un escu ou deux » des biens des défunts et des héritages des adultes ou des pupilles. Ge Joux avait, en outre, pour greffier un jeune clerc, étranger, comme lui, au pays, sans aucune auto-^ rite de notaire public, inconnu {igno(us), plein de jactance envers les parties, et quelque peu fripon: il prélevait par chaque feuille dans la transcription des actes, le double de ce qui était dû (un sou, unum soldum, au lieu de deux liards) ; et dans les plus petites causes [minimas causas), pire encore était la fraude : « les parcelles d'escriptures montant quelquefois à 14 ou 15 sols » ; en somme, une de ces petites judicatures que Loyseau appelait des « mangeries de villages ». Sans compter les paroles injurieuses et les mauvais traitements dont le châtelain usait à l'égard de ceux qui se plaignaient, et qu'il faisait souvent mettre en prison, sans autre forme de procès.
Une sorte de terreur régnait dans la commune : les sujets de crainte manquaient d'autant moins que, sous prétexte de réparer ou d'achever les fortifications de la
1. Du latin laitda^-e, louer. Ratifications, par les seigneurs, des achats ou ventes de fonds que faisaient leurs vassaux.
RIi:NA]SSÂNCE 1 49
ville, 1 evêque avait fait construire près des remparts (propè mœnia) un certain fort [quemdam fortem), à l'imi-
? tation de ces tours que les tyrans féodaux élevaient en avant de leurs manoirs, comme un défi à leurs vassaux et qu'on appelait Qui qu'en grogne, parce qu'elles n'étaient jamais bâties sans exciter les murmures de ceux qu'elles menaçaient. Donzère murmurait aussi : ledit fort avec ses canonnières {cum canoneriis) lui pa-
. raissant avoir été construit et armé aux fins de menacer la ville (ad fines offendendi villam) ; ce que laissait assez voir, disaient les habitants dans une requête, la haine [odium) que l'évêque leur portait. — « Il y a dix ans, contaient les anciens, n'avait-il pas livré Donzère à deux compagnies, chacune de 500 hommes d'armes à pied, l'une venant d'AlIan et commandée par le capitaine Piolenc, jadis noble [quondam nobilis), et l'autre par Jehan Garin d'Arles, venant de Gruas; lesquels capitaines, avecleurs enseignes et leur suite {sequella), mirent pendant trois jours la ville à contribution, et y perpétrèrent, tels que les Huns et les Maures, des choses inénarrables [damna inenarrabilia), violant les femmes, battant les maris ou les chassant de leurs foyers. »
Puis, comme si cette première exécution n'eût pas suffi au seigneur-évêque, environ quatre ans après, arriva de Rome la compagnie du duc d'Urbin, au nombre de 1500 « gens d'armes à cheval », qui occupèrent également Donzère pendant trois jours et y consommèrent tous les vivres {omnia victualia), et cela par l'ordre et la volonté {Jussu et voluntate) du Révérend Père en Dieu ; chose d'autant plus apparente, disait-on, que, présent alors en son château, il y recevait fréquemment la visite des soldats, les recommandante ses serviteurs qui les accompagnaient par la ville, de maison
150 HISTOIRE DE DONZÈRE
en maison, en leur disant: « Faites-vous bien servir ». Vainement les consuls portaient leurs plaintes au château : — « Vous êtes les maîtres, leur répondait-on, c'est à vous de vous garder *. » — Une ordonnance royale de 1519 donnait, en effet, licence aux sujets du Dauphiné de résister par la force aux gens de guerre qui se permettaient « meurtres, ravissement de femmes, pilleries et roberies es lieux, forts, bourgs ou villages » ; mais n'ayant pour toute milice que des chasseurs ou des che- ' valiers de TArc, que pouvaient les habitants de Donzère, sinon souffrir et protester ?
C'était peu : Claude de Tournon depuis un certain temps avait à son service un sien neveu (des Portes), sorte de soudard-gentilhomme, insolent, querelleur, débauché, ne se plaisant qu'à provoquer des rixes, dans • l'une desquelles deux jeunes gens de Donzère, Gabriel Robinon et Huguet Riote, Tun des fils de Pierre Riote, notaire à Donzère en 1520, furent grièvement blessés. De tels actes, tolérés ou impunis, n'étaient pas quelquefois sans avoir leur contre-coup. Un jour, entre autres, l'évoque et ses gens furent assaillis par des hommes armés, et son châtelain maltraité dans l'exercice de ses fonctions. Sur la requête du procureur épiscopal, les coupables arrêtés durent faire amende honorable, tête et pieds nus, en chemise, une torche ardente à la main, dans l'église de Viviers.
Ainsi, en 1521, les espérances que ce nouveau règne avait fait naître étaient déjà loin ; loin aussi les promesses de 1513 : en vain, les consuls veillaient à leur exécution ; plaintes, requêtes, remontrances, rien n'y ramenait le seigneur-évêque.