‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 95 sur 122 · et 2. Archives delà commune · texte numérisé non relu

et 2. Archives delà commune

protestant suivit de très près la dernière visite du fléau. C'était le 10 mai 1630, Jehan Biihard étant consul. Vers minuit, des cris : au feu! au feu I se firent entendre. Aussitôt la cloche de Téglise sonnant le tocsin, les habitants réveillés coururent au lieu du sinistre ; mais déjà la toiture était en flammes, et l'on ne put sauver de Pédifice que les quatre murs. Le lendemain 11, le Procureur juridictionnel de Donzère, Jacques Peyrot, informa de l'événement le juge ordinaire de la Principauté, Jean de Fayn, ajoutant que peu avant que le feu se déclarât, on avait vu et entendu certaines personnes sur le toit de la maison briser les tuiles, et d'autres rompre les portes à coups de hache. Peyrot demandait, àceteffet, un châti ment exemplaire et requit le juge d'informer. — Ce qui eut lieu le 13. Procès-verbal fut dressé par Barthélémy Mallet, docteur es droit, juge ordinaire du lieu de Donzère, et Ton procéda à une enquête. Roure, curé, et Julhan André, sacristain, et plusieurs notables se transportèrent sur les lieux avec le ju^e. Tous affirmèrent par serment n'avoir rien vu ni su, par qui ni comment ledit temple avait pu prendre feu *. C'est ainsi que le nom des coupables a échappé à la justice de l'histoire.

Cependant, un historien de l'Édit de Nantes (Benoit) ne craint pas, en rappelant ce fait (qu'il reporte par erreur à l'année 1650), d'en rejeter la responsabilité sur l'évêque de Viviers, comme seigneur de Donzère. — <( C'est cet évêque, dit-il, qui fit de son autorité brûler

1. Procès-verbal dressé par Barthélémy Mallet, docteur è$ droit, juge ordinaire du lieu de Donzère^ relatant le bruslement de la maison servant de temple aux habitants de la religion prétendue réformée dudit Donzère.

Ni ce procès-verbal ni les archives de l'église ou de la com-

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le temple, briser les bancs et les chaises et plusieurs autres violences. La chambre de Grenoble en fit informer, et parce que Tévêque faisait des menaces contre le ministre, qui sentaient plus le soldat que l'homme d'Église, la chambre mit ce ministre sous la protection du roi et de la cour et en la garde de Févêque. Cela n'empocha pas que, trois ans après, ce prélat ne renouvelât ses violences, dont la chambre ayant encore informé, il voulut évoquer le procès au Parlement ; mais la chambre n'eut point d'égard à la demande qu'il fit de son renvoi ; elle ordonna qu'elle procéderait devant elle, et par un autre arrêt, elle maintint les réformés dans le droit de leurs exercices, et commit deux conseillers pour l'exécuter*. » Ainsi, l'église réformée de Donzère sur-

mune ne précisent la situation de celte « maison servant de temple » ; mais il résulte d'une Déclaration de V estât des biens de C ancien Consistoire de Donzère (1©' août 1686), que les murs du temple brûlé en 1630 étaient possédés depuis environ cinq ans par Anlhoine Ibot. D'un autre côté, il existe un acte de 1677 (Notariat Meynot) entre les hoirs d'Anthoine Ibot, et dans lequel il est dit que Jean Ibot, le fils atné, aura la maison d'habitation du défunt, « située proche la prière de la cause >». Or, Anthoine Ibot étant mort en 1677 (d'après ledit acte), comment aurait-il possédé, en 1686 (d'après la Déclaration)^ « les restes du temple » ? Nous croyons que par « Anthoine Ibot » il faut entendre le nom resté, suivant l'usage, à la maison patrimoniale, et par «la prière de la cause o la place où fut le temple, qu'en ce temps de réaction catholique, les notaires eux-mêmes n'osaient plus désigner que par des circonlocutions.

Donc, c'est près de la maisoq Ibot que le temple, paraît-il, se trouvait situé; et cette maison, d'après M. Bompard, serait la boulangerie actuelle qui fait l'angle ouest, sur la Grand'Rue, de la rue montant à la Double,

1 Benoît. Histoire cfe VÉdit de Na?ites, t . III, p . 178 . • Benoît ne nomme pas l'évoqua, lequel, d'après Columbl et Gai' lia Chrisiiana, ne serait autre, depuis 1621, qud François de la

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vécut à la destruction de son temple. Régie par un syndic (Charles Saulas), elle avait encore, en 1637, son consistoire, son cimetière, son collyège, ses rentes ou pensions et ses pauvres ; mais son collyège qui, après l'incendie du temple, dut servir peut-ôtre aux Religionnaires, à la fois d'école et de maison de prière, n'était plus, en 1640, que « ung chazal *» , ou maison en ruine. Par suite des guerres religieuses en Dauphiné, les nobles ou ceux qui se disaient tels s'y étaient considérablement multipliés ; les uns, parce que leur aïeul, bisaïeul ou trisaïeul avait exercé une charge ou possédé un fief; les autres, parce qu'ils avaient reçu, dans un acte de greffier ou de notaire complaisant, la qualiticatiDn de « Mcssires » ou figuré dans les rôles de ban et arrière-ban de la province, tous, même ceux qui avaient acquis ou qui possédaient des biens roturiers, prétendaient, en vertu d'un arrêt du conseil d'Etat en 1609, exemptant des tailles « les nobles noblement vivant et les officiers de longue ou de courte robe », se soustraire à cet impôt, qu'ils regardaient « comme une flétrissure ». Un nouvel arrêt rendu à Lyon par le grand conseil

Baume de Suzk. Ardent catholique et homme de guerre, partant moins tolérant que son ppédécesseur Jean de L'Hostel qui, lors de la publication solennelle de TÉdit de Nantes à Mantélimar dans l'église Sainte-Croix, le 11 novembre 1599, en présence de Lesdiguières, célébra la grand'messe, et réconcilia les cimetières, il s'opposa, en effet, à l'exercice de la religion réformée dans sa seigneurie ; mais, sans mettre en doute la bonne foi de l'historien pro» testant, nous ne voyons rien dans nos Archives, qui paraisse confirmer son assertion au sujet du temple.

1. Cadastre de 1640. — Reconstruite plus tard, c'était en 1700 une maison « jouye noblement », et partant non taxée : elle appartenait au sieur Joseph Bouvier. C'est aujourd'hui la maison MoREL, à côté de l'horloge.

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«en 1639 vint mettre à néant leurs prétentions, en déclarant en principe que tous les biens roturiers, en quelques mains qu'ils fussent, conserveraient leur qualification et seraient par conséquent contribuables aux tailles. Donzère, où, d'après un ancien cadastre, Testimation des fonds taillables s'élevait alors à 4,800 florins, réduits plus tard à 3,446 florins, après nouvelle revision des feux en 1659, prit parti, avec toutes les autres communes du Dauphiné, pour le droit commun contre le privilège. De là, une longue suite de procès dans lesquels les consuls ne craignirent pas d'entrer en lutte avec des familles puissantes : les de Reydon, érnyers, dont le premier ancêtre connu à Donzère (Louis Reydon) était, en 1485, apothicaire sur la Grand'Rue, à l'enseigne de Saint-Georges; les Joubert qui se prévalaient de Fexemption octroyée à l'un des leurs (Antoine Joubert) par Henri III; les Faure, dont la noblesse par alliance datait de 1496; les de Fayn, nobles de 1397*: les Suffise, se qualifiant nobles et néanmoins soumis à la taille; les Divailhe, anciens chevaucheurs du roi; les Moretons, seigneurs des Granges ; les Ferre de la Verrière, anciens verriers-; les Saint-Ferréol ; les Répara, les de la Roche, tous gens de robe ou d'épée. Plus d*un, cependant, grâce à la faveur et à l'intrigue, parvint à éluder la mesure, dont certaines restrictions rendaient l'exécution parfois difficile ; mais combien ne s'en affranchirent qu'à beaux deniers comptants ! Jacques de Suffise, entre autres, fils de Jean,

1, Jacques de Payn, Tun d'eux, châtelain de Charles de Tournon, avait épousé une fille de Riote, notaire: ses fils et petits-fils payaient comme lui les tailles.

2. Une Glaudie de Perrb était sous-fermière des droits de l'évoque de Viviers, en 1568.

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compris parmi les faux nobles du Dauphiné, sujets aux tailles, par Tédit royal de 4658, nous a laissé, dans un Registre ou Mémoire manuscrit S le récit de ses tribulations pour racheter et sa personne et ses biens de la roture. G*estd*abord une somme de « 467 livres, 1 sol, 4 deniers en sous d'or et d'argent » qu'il dut verser en 1659, « au Trésorier ie i'espargne, » sans compter « les espoisses, frais et vacations des sergents, commissaires, chargés d'en faire le recouvrement ». Puis, en 1666, une autre somme de 500 livres à laquelle comme ancien commis de la Douane de Pierrelatte, il fut taxé, par l'arrêt du conseil royal des finances du 25 octobre concernant les offices. Croyant à une méprise, vu sa qualité d'alîranchi, il ne paya qu'au deuxième commandement, et seulement les deux tiers de la taxe. Pressé de se libérer, il ne se hâtait pas : on mit chez lui un garnisaire; on saisit ses grains, on vendit ses meubles, et dit-il, « jusqu'à son lit ». Jacques de Suffise protesta, mais il n'en paya pas moins ; « les traitants, ajoute-t-il, étaient impitoyables ». Ce n'est pas tout: en 1672, toujours en vertu d'un édit royal, il eut encore à verser, comme u supplément d'aifranchissement de ses biens roturiers », 116 livres, 15sols, 4 deniers. Mais pas plus que les autres affranchis des tailles, Jacques de Suffise, ni son fils Gédéon ne jouirent longtemps de ce privilège : le roi, souvent à court d'argent, ne vendait pas seulement la noblesse, mais révoquait même par des édits

\. Ce Registre ou Mémoire^ tenu par Jacques de Suffise, de 1641 à 1686, et continué par son fils Gédéon de Suffise de 1688 h i 128, est en la possession du docteur Peillard de Donzère, qui a bien voulu nous le eommuniquer. Ce n'est pas seulement un précieux Mémorial de famille, mais un document des plus intéressants pour notre histoire locale.

de temps à autre ses concessions antérieures, obligeant par là ceux qui voulaient être nobles quand même à acheter des lettres de confirmation. Ainsi, Gédéon, en 1690, eut à payer, pour droit d'affranchissemcnf, 169 livres 13 sols. Plus tard, en 1702, nouvelle taxe sur les biens roturiers: soit ol6 livres 18 sols, qu'il dut verser pour sa part ; enfin, en 1714, autre taxe de 243 livres 5 sols, 3 deniers, pour être maintenu et confirmé « dans son privilège et exemption ». Il est vrai que le roi promettait de rembourser; mais, en 1720, Gédéon de Suffise attendait encore ledit remboursement, qui ne devait jamais venir.

Donzère avait déjà vu passer sur le Rhône bien des cortèges princiers, mais jamais comme celui dont le singulier spectacle lui fut donné le 14 août 1642 : Richelieu, brisé par la maladie qui le mit au tombeau, remontant le Rhône dans un bateau, où l'on avait construit un riche salon, tapisséde velours rouge à feuillage sur fond d'or. A Tavant-garde, un bateau, chargé d*arquebusiers ; à l'arrière, un autre petit bateau couvert, dans lequel était M. de Thou, prisonnier. Derrière, venaient trois autres bateaux, pleins de bardes, de vaisselles d'or et d'argent, avec force gentilshommes et soldats. Sur les deux rives du Rhône, marchaient, au son des trompettes, deux compagnies de chevau-légers. C'est dans cet appareil, et reposant sur un lit de taffetas pourpre, que le cardinal aborda à Viviers, d'où il repartit le lendemain pour Lyon.

Après Richelieu, passage, l'année suivante (28 juin), du cardinal Mazarin, sur qui déjà s'amassait l'orage de la Fronde. Puis, dans l'hiver de 1649, garnison de l'étatmajor de cavalerie du duc d'Anjou, frère du roi. Par ordre du duc de Lesdiguières, gendre et successeur du

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connétable dans son gouvernement du Dauphinc, la communauté de Lagarde devait contribuer aux frais de cette garnison. Or, on était au 3 février, et Lagarde ne s'exécutait pas. A la requête des consuls de Donzère, assignation par Bertrand, sergent royal delphinal, aux consuls de Lagarde « à l'effet de comparoir à Donzère pardevant le juge ordinaire de la Principauté, le 14 du présent mois, à l'heure de midy. » Ce jour venu, les consuls ne s'étantpointprésentés, ledit sergent « s'achemina, le 9 mars, au mandement de Lagarde et aux Granges-Gontardes*, au domicile de Charles Daudel, l'un des conseillers de la maison consulaire de Lagarde, auquel parlant, lui fit commandement, de par le Roy et Ms^\e duc de Lesdiguières, d'aller promptement ei sans délai payer aux consuls de Donzère leur part de la dépense de l'état-major de cavalerie de M. le duc d'Anjou, à peine d'y être contraints par la force »; et comme garantie de payement, ou par provision, il saisit les chèvres de Lagarde et les fit conduire, au nombre de 8, à Donzère, au logis de Noire' Dame, alors tenu par Thomas Sibourg, qu'il établit « séquestre et gardiateur » desdites chèvres; enfin, les consuls de Lagarde persistant dans leur refus, il se rendit à Donzère, le vendredi 15 mars, jour de marché, sur la place publique, où les chèvres furent amenées et vendues à la criée, en présence de Jacques Vautour, de Michel Gontard et autres témoins'. Ainsi finit cet épisode comique. N'est-ce pas aussi l'histoire de certaine vache célèbre, vendue de nos jours dans les mômes conditions? Rien de nouveau sous le soleil; comme les Homéopathes, le Temps procède par les semblables,

1. Alors les Granges dépendaient de Lagarde, lequel avait trois consuls, dont l'un affecté plus spécialement aux Granges.

2, Archives de Donzère.

et du plus petit 'Comme au plus grand, chacun a son sosie dans le passé.

Jean de FHostel, mort à un âge très avancé (94 ans), avait laissé pour successeur, en 1621, François de la Baume de Suze, son coadjuteur, « évoque et comte de Viviers, prieur et prince de Donzère, baron de Largentière, seigneur spirituel et temporel du Bourg-Saint- Andéol et autres places; abbé commendataire de Mazan, conseiller du Roi. » Si, depuis la cession de leur souveraineté au roi, les princes de Donzère ne Tétaient plus que de nom, en revanche, ils ne se ménageaient pas les qualités. François de la Baume était fils de Rostan, comte de Suze : il appartenait donc à cette famille des comtes de Suze, dont Tun, célèbre capitaine ligueur, était mort en héros au siège de Montélimar, en 1587. Tant de titres obligeaient le nouveau prince: il céda aux consuls de Donzère, et seulement pour cent écus, la plaine de Saint-Benoît; mais il tint rigueur aux Réformés. Ceux-ci ayant voulu rebâtir leur temple, « il présenta, dit Benoît, requête au conseil, où il obtint un arrêt le vingt-huitième de janvier 1654, qui ordonna que les Réformés y seraient assignés, et cependant leur défendit de bâtir leur temple, parce que Tévôque avait énoncé qu'ils voulaient bâtir un temple dans sa seigneurie, au préjudice des éditsqui défendaient, disait-il, d'avoir des temples dans les seigneuries de cette qualité. Après que Taffaire fut liée au conseil, il la laissa traîner sans la faire juger, et même sans la poursuivre *. »

Sous son principat, la croix de pierre du portail de la Font, renversée en 4562, fut redressée en 1663, et trois ans après, le 17 décembre 1666, Alexandre Souchon et Guillaume David étant consuls, eut lieu le

i, Benoît, Histoire de VÉdit de Nantes, t. III, p. 178.

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baptême de la nouvelle cloche de l'hoflogeS couroanant, comme Tancienne, le haut de la tour Vieille, au-dessus de laquelle elle était suspendue au moyen d'une armature en fer, œuvre d*art figurant une abeille. Aujourd'hui, perchée sur une tour de construction récente,— tour carrée, massive, sans caractère, — elle semble, par son tintement mélancolique, regretter le bon vieux temps, pendant que la fontaine qui coule au bas lui rappelle qu elle est plus que jamais d'utilité publique.

De ce même temps date, pour l'église de Donzère, l'institution ou la remise en vigueur de plusieurs confréries religieuses. Celles de Saint-Anthoine et de Saint- Sébastien, les plus anciennes, n'avaient pas survécu aux troubles du xvi^ siècle. Au xviie, outre une congrégation dite du Saint-Rosaire, établie dans l'église, en vertu d'un brevet donné à Rome dans le souvent de Sainte- Marie-Majeure (Suprà Minervam), le X* jour d'octobre 1618, par Raphaël Riphoz, maître de la Sacrée théologie et vicaire général de l'ordre des Prêcheurs, Donzère possédait deux autres confréries, Tune de Pénitents Blancs, et l'autre de Saint- Vincent ou des Vignerons. Celle des Pénitents Blancs, fondée en 1601 par Jean de Moreton, comptait parmi ses membres plusieurs notables, tels que Claude et Jean de Fayn ; Claude de La Cour, Pierre Peyrot, Jacques et Philibert de Reydon, etc. Ils se réunissaient dans une chapelle, joignant l'église, au midi, dans le jardin du cloitre. Cette chapelle, presque ruinée, appartenait à l'évêque de Viviers, qui, en 1624, en avait fait don auxdits Pénitents pour s'y livrer à leurs pieux exercices. Réédifiée sous le vocable de Noire-Dame de Pitié, elle

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