‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 96 sur 122 · Archives delà commune · texte numérisé non relu

Archives delà commune

avait un Chapelain ou Recteur, et un Vice-Recteur, élus par la confrérie ; un conseil, des statuts, et certains privilèges qui consistaient, entre autres, en une procession aux flambeaux, la croix voilée d'un crêpe, le soir du jeudi saint, à travers les rues de la ville; procession suivie de Toffice des Ténèbres, si impatiemment attendu par les enfants, lesquels ce soir-là, en mémoire des prodiges qui suivirent la mort du Christ, avaient pleine liberté, quand l'office était fini et le dernier cierge éteint, de faire dans la chapelle le plus de tapage possible, avec leurs crécelles et certains jouets, appelés Ténèbres. D'après les statuts, étaient rayés du catalogue « ceux des Pénitents qui ne faisaient pas leurs Pâques; les ivrognes, les usuriers, les concubinaires, les voleurs, les impudiques, etc. » Ces statuts étaient encore en vigueur en 1830; mais depuis, la confrérie s'est peu à peu dispersée. Notre-Dame de Lourdes trône aujourd'hui sur l'autel de la chapelle, aux lieu et place de Notre-Dame de Pitié, sans que l'on s'explique autrement que par l'amour du changement et de la mode, une pareille substitution.

Beaucoup plus ancienne était la confrérie de Saint- Vincent ou des Vignerons, dont la chapelle était située à gauche de la nef, en entrant, à côté des fonts baptismaux ou chapelle de Saint- Jean-Baptiste, Disparue pendant les guerres de religion, puis rétablie par l'évêque de Saint- Paul (Aube de Roquemartine), elle avait également ses statuts et ses privilèges, celui, entre autres, de porter « une souche » lorsqu'elle processionnait ; mais un autre évéque de Saint-Paul lui interdit cette innocente coutume. Peut-être n'y voyait-il qu'une réminiscence des fêtes de Bacchus. Chaque année, à la Saint- Vincent y les confrères se réunissaient dans une

agape, laquelle, en vertu de l'article 6 du règlement, devait se passer « sans querelles, ni jurements, ni jeux prohibés, ni libations trop copieuses, sous peine de 2 sols d'amende ou d'exclusion, en cas de récidive *. » Dures épreuves pour des vignerons I Mais enfin leur confrérie subsiste encore. Seulement leur chapelle a dû faire place, en 1840, à un autel expiatoire pour se porter de l'autre côté de la nef.

Donzère avait alors pour curé Pierre Aragon, ancien vicaire de Pierrelatte. Il y était né; il voulut, en dépit du proverbe, y être « prophète «^ et las de rester vicaire, il s'avisa de disputer le gouvernement du prieuré à Mellet d'abord, puis à Frollin, qu'il accusa devant Tévêque diocésain, d'avoir laissé prêcher l'hérésie à Pierrelatte par deux missionnaires de la confrérie de Saint- Joseph de Lyon. A l'entendre, ces missionnaires auraient « troublé la cervelle de ses paroissiens » par des sermons dans lesquels ils traitaient, disait-il, de turcs le roi, ses capitaines et ses péagers, et prétendaient que les vieux garçons ou les vieilles filles qui ne se mariaient pas « avaient leur nid ailleurs - ».

Ayant échoué dans ses accusations auprès de Tévêque, il en appela au prince de Gonti, seigneur engagiste de la terre de Pierrelatte ; mais là encore il se brisa contre le crédit de son adversaire, conseiller intime et prédicateur ordinaire du prince; en fin de compte, nos bons voisins de Pierrefatte s'en débarrassèrent pour en faire présent à Donzère. N'y trouvant -pas à vivre, il disparut un beau jour. Il était retourné à Pierrelatte, d'où il écrivit que « le seigneur gros décimant, refusant de lui payer sa congrue portion, il avait dû rentrer dans

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