GRAND NOMBRE DES ÉTABLISSEMENTS PROPRIÉTAIRES
lies superstitions antiques, une basilique s'élève là où la tradition voulait qu'on consacrât des dons aux génies des lacs et des montagnes. Les gens du Gévaudan apportent désormais à l'autel les toisons, les fromages, la cire, les pièces d'étoffes que leurs pères vouaient au génie du lac qui, sur les sommets, dort au fond d'un cratère éteint '.
Le temporel des églises croît comme grandit la fortune publique partout où s'élève le nombre de ceux qui possèdent, mais la masse des biens ecclésiastiques grossit surtout parce que l'avoir de chaque sanctuaire augmente. L'accroissement des ressources des grandes églises est très rapide au W' siècle. Saint Césaire, en un épiscopat de quarante ans, a presque doublé le temporel de l'église d'Arles '^, bien qu'il en ait largement dépensé les revenus en bonnes œuvres et qu'il ne lui ait fait aucun apport de ses biens personnels.
Chaque église, chaque monastère s'enrichit à part et pour son propre compte. Dieu et les saints sont des propriétaires dont la personnalité juridique se dédouble aussi souvent qu'un temple nouveau leur est consacré ; chaque établissement ecclésiastique est une personne distincte qui possède en leur nom. Jamais à cette époque on n'a émis l'idée que les biens ecclésiastiques appartiennent à un propriétaire unique. Dieu, la grande Eglise catholique, et puissent être transférés par une autorité religieuse ou séculière d'un établissement opulent à un autre pauvre. Le clergé d'une église ne se croit pas tenu d'aider à la croissance du temporel des voisines ni de déverser sur une autre moins bien pourvue une richesse qui ne lui paraît jamais superflue 3. Quand une cathédrale ne dispose que de faibles ressources, même parfois quand elles abondent, il arrive qu'un évêque détourne à son propre usage une part des biens des filiales ; celles-ci pourront être aidées par l'église mère si elles n'ont pas de quoi nourrir leur clergé; mais la règle est que chacune se sulîise à elle-même •.
II y a encore, au début du VI*^ siècle, des églises épiscopales peu fortunées. Au temps du premier concile d'Orléans, en 511, il existe peut-être dans le royaume franc des églises (jui ne
1. Grkooire de ToiRS, Gloria confcss., -2, éd. Arndt, p. 71'.». •2. Testament (G. Morin, Rec. Bénéd., t. xvi, p. 101).
3. Lévêque du Mans, Bertrand, émet toutefois l'idée que l'église mère doit venir en aide à toutes les basiliques du diocèse (cf. plus iiaut, p. 114, n. G). Un évéque (|ui fonde un monastère le dote qiiel(|uefois, i)arliellement au moins, aux dépens de l'église cathédrale (cf. p. 113-4). Ces libéralités sont faites d'ailleurs exclusivement, semble-t-il, à des églises nouvelles duni le temporel n'est pas encore constitué.
4, Cf. plus haut, p. (ir. et 111.