PERTES LARGEMENT COMPENSÉES
s'exerce le plus activement, s'en viennent fureter en une place si bien iiarnie et enlèvent à la hâte quelque morceau '. Mais jusqu'au N'IU'' siècle, époque où les églises subirent une vaste dépossession, les dommages qu'elles éprouvent n'arrêtent pas rélévation continue de leur fortune. Si les spoliateurs des moines et des clercs sont nombreux, leurs bienfaiteurs sont légion. Ils obtiennent quelquefois restitution et on leur rend parfois plus qu'il ne leur a été enlevé. Si le voleur sacrilège ne satisfait pas à l'église, peut-être ses fils le feront-ils pour lui. Le patrice Celsus, raconte Grégoire de Tours, s'était approprié des biens ecclésiastiques, mais il ne laissa qu'un fils qui n'ayant pas d'enfants légua la plus grande part de ses richesses aux établissements que son père avait dépouillés. 3. Tel qui ravit les propriétés d'une église se fait le généreux bienfaiteur d'une autre. Non seulement l'équilibre s'établit ainsi dans la masse des biens ecclésiastiques entre le préjudice éprouvé et les compensations offertes *, entre les pertes sèches et les apports nouveaux, entre le dommage souffert par une église et les gains réalisés par une autre, mais dans l'ensemble et sans doute pour chaque établissement pris à part la richesse s'accroit en dépit des maraudeurs. L'attaque dirigée contre le temporel ecclésiastique n'en atteint pas les parties vives ; l'organisme se défend et ne cesse de se développer.
A l'époque franque, le courant qui porte la fortune des églises n'a pas atteint les régions désertiques, oii les eaux s'infiltrent dans les sables, où l'oued s'ajjpauvrit et s'assèche. Si parfois le débit décroit de ce que boivent les tetTes traversées, de ce qu'absorbent les gouffres, les eaux jaillissent plus bas en sources et rejoignent le courant. Les précipitations atmosphériques sont si abondantes, si nombreux et puissants les affluents, que le lit du fleuve s'élargit à mesure qu'il descend la vallée, en dépit des saignées que les riverains pour irriguer leurs terres pratiquent h travers les levées protectrices.
1 . Cf. plus loin, livre VII, L'attaqie et la dkfensk di' temi-orel ecclésiastique.
■2. Cf. (tRkgoiuk de Toirs, i»f virt. s. JiiL, s, p. 508.
:). Hisl. Franc, \\, Jl : " scd rcli(juit liliuni (|ui absquc lil)eris funcliis luaximam parleni facullatis aecclesiis quas paler e.xpoliaveral (Ifreliiiquil •■ (p. 160).
■1. Grégoire de Toirs, Hist. Franc, Praef. : «cum... ip.sae quo(|uo edesiac vel ililarcimir a (le%'oUs vcl nudarentur a perfides» (p. 31).