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CHAPITRE XV L'affectation des offrandes ; charges et fondations

La plupart des donateurs ne spécifient pour leurs aumônes aucune destination particulière. Quand le bienfaiteur d'une église indique les fins pour lesquelles il donne, celles-ci correspondent le plus souvent indistinctement à toutes les dépenses obligées des évoques et des abbés. On déclare simplement offrir des biens à Dieu, au saint, à l'église, au clergé ou à la communauté des moines ; ou bien on se propose de procurer aux clercs et serviteurs de Dieu leur nourriture, à l'église le luminaire, aux pauvres leur subsistance. Sous de telles formules, le pieux fidèle remet d'ordinaire au chef de l'église ou du monastère la libre disposition des revenus qu'il consacre à tous les besoins de cet établissement.

Mais le donateur est admis aussi à s'attacher à quelque intention particulière et à préciser l'usage auquel il destine ses libéralités. Une telle exigence était naturelle de la part du bienfaiteur dont la générosité s'est émue au spectacle d'une église délabrée et nue, d'un luminaire mesquin n'éclairant que de pâles lueurs les reliques vénérées ', de moines vivant dans l'indigence, des troupes de pauvres qui assiègent les abords du sanctuaire. Les églises avaient elles-mêmes intérêt à varier les aspects qui peuvent provoquer les largesses des fidèles, à ouvrir autant de chapitres spéciaux au compte de leurs dépenses et à détacher un à un les fruits des pieux sentiments qui s'éveillent dans les âmes de leurs bienfaiteurs.

Les offrandes ont nécessairement une destination fixe quand elles sont faites pour la construction d'une église, la fondation d'un monastère. Il n'est pas rare que la dépense en soit supportée toute entière par un bienfaiteur. Souvent le trésor

1. IJcitraïui <lii Mans donne " iil luniinis cxinde in sancla basilica omni tempore siifficientor afcondatur ut nunu|uani sit, noqne unn Imra noctis, alisqiie luininari ijisa sancla liasilica ■> (Pakukssis. -i.'iO, l. i, p. 200).

174 OKKRANUrOS AIKF.CIKES AUX Rlil'AUATIONS, AU LUMINAIRE

royal couvre tous les frais de iiremior établissement ou de la restauration entreprise i. Le concile de Paris de 014 menace d'anathéme quiconque enlèvera ce qui est donné pour les réparations des églises -. Il s'agit peut-être de matériaux offerts par les fidèles et destinés à la rélection de l'édifice et à l'entretien des toitures. Dagobert assigne pour la couverture de la basilique de Saint-Denis huit mille livres de plomb à prendre tous les deux ans sur le i)roduit des villae royales. Cette quantité de métal due par les domaines du fisc sera, une année sur deux, transjjortée au monastère et remise aux trésoriers de l'église ••.

Les donations faites pour le luminaire de l'église constituent souvent une affectation réelle. C'est toujours le cas quand l'offrande faite en nature procure à l'église la cire * et l'huile ^' nécessaires à l'éclairage. Le cens acquitté en cire pour le luminaire par un tenancier ou un précariste '^ sert aussi à entretenir les lumières de l'autel et du sépulcre du saint. En dehors de ces offrandes de matière propre à l'éclairage, des biens-fonds sont destinés quelquefois aussi à fournir effectivement au luminaire. Un diplôme de Childebert I", qui n'est certainement pas authentique mais conserve sans doute le souvenir d'une

1. Clovis et Clolilde ont fait construire à leurs frais la basilique des Saints- Apôtres (Grégoire de Tours, Hist. Franc, II, 43, p. 106: IV, 1, p. 14-2). Childehert 1er a construit la basilique de Saint-Vincent : Clotaire 1er a reconstruit la l)asilique de Saint-Martin et la fait couvrir détain (IV, 20, p. 156-157). Il a fait les frais delà fondation du monastère de Sainte-Croix de Poitiers (IX, 4-2, p. 401). La sœur de Théodebert 1er, Teudéchildis, a restauré de nombreuses églises (Foa- TLXAT, Carm.. VI, 3, Avct. crntinviss., t. iv, p. prior, p. 135).

■2. Can. VIII : « quaecumque pro sarcetecta ecclesiis fuerint adlegata « (Maassex, p. 187).

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