Cf. plus loin, chap. XVI, La dîme
8. Gazophylacium (Stat. eccl. antiq., can. XCIII, Bruxs, t. i. p. 149).
9. Vita .V. Honorati, 28 (^cfa sanct., Janv., t. ii. p. 38C).
TRKSOH DES KGLISKS 17
Honorât expulsa de sa maison le Mammon d'iniquité et employa ce trésor à de bonnes œuvres. Sous son épiscopat, l'église d'Arles grandit en grâce, mais dépérit en numéraire i. Toutefois son successeur, saint Hilaire, put encore consacrer au rachat des captifs l'argent qu'avaient en réserve les basiliques de la ville - et le prédécesseur de saint Césaire, Eonius, reconstituera l'épargne dépensée par saint Honorât ^.
Le trésor des églises renferme déjà au \'' siècle un grand nombre d'objets de prix, croix, vases sacrés ^, encensoirs, riches étoffes, tout un mobilier liturgique qui représente une grande valeur pécuniaire. S'il en avait été besoin, Honorât, au rapport île son biographe, était prêt à sacrifier ces meubles précieux ^, connue le feront plus tard ses successeurs, saint Hilaire '^ et saint Césaire ' qui vendront les vases sacrés de leur église pour racheter les captifs. Ce mobilier précieux, on songe sans doute déjà au IV^ siècle à le protéger contre des dilapidateurs. En 439, le concile de Riez fait un devoir à l'évéque voisin de la cité dont l'évéque est mort de dresser l'inventaire de tout ce que renferme l'église, afin (jue le trésor ne soit point pillé pendant la vacance du siège à la faveur des discordes des clercs ^.
AU Y" siècle, les églises des Gaules possèdent aussi déjà des biens-fonds. Avitus et sa sœur ont donné à l'église de Clermont leur domaine de Cutiacum que l'évéque, Sidoine Apollinaire, apprécie tant en raison des revenus que la propriété rapportera, que parce qu'elle est toute proche de la ville ^. Les églises
1. Vilu s. Hunorati, -2^ ■■ « crevil },'ralii.s, (Iccrcvil iiii-l.illis : (Inimi sii;i... inamoiiji iniquilaUs exclusit et quae oUose cliu congesta fufiaiii. di^Miis laiilum iisiljus dei)utavit » (Acta satict., .Janv., t. ii, ]). 386). - i. Vita s. Hilarii, 11 : >■ quidquid argenti oiunes basilicae halmeruiil caiJlivo- 'ruiii reileniplioni protinus deputavit » (AHa sativt ., Mai, t. ii, p. 29).
:i. Vita s. Cacsarii, I, 32 (éd. Kuisrii, Script . rertnn ineror., I. m, p. 4(jy).
•4. Le concile d'Arles de 314 (eau XIII, Brins, t. ii, p. 108) |)iinil ceux qui out livré les vasa dominica. Au tenii)s des perséculitjiis le uiuljilit'i- lilurgi<iiie éiaii sans doute de faible valeur.
Tj. Vita s. Honovali, loc. cit.
!■). Vita .V. Hilarii, loc. cit. : « fecil u( sacra niiiiisteria caplivis snlalia iic.tiii> praestarent quaui ecclesiis ornamenta ».
7. Vita s. Cacsarii, loc. cit.: « thuril)ulis, calicilms, patt-Misipn- pi ornuitlein
ri'deniplionc dalis, sacralae leiiipli sprcics pn> v.-ri lempii ifd.-nipliont' vi-iiduutin-. "
s. (an. ^'I ; ■ ... ne ([uid ante ordinalloueni discordaiiliuni in noviialiliu.s cli licoruiii suljversiuiii liceret. Ita(|ue... viciins (episcnpis) viciuarinii l'cclcsiarmu inspectin, i-t-censio descriptioque niandalui- •■ HinNs. i. n. p. l-.'ii'
'.I. H/ti.-:!.. m, 1 : " ecclesiani .\rverni niuuicipioli... pi'i-nppnrinna <.lilaliniii- IcK ii|)lclaii(ln : (iijus possessioni pluriniuni Cdniuli.sli Culiaceiisis praedii suliurlianilalc. imn minus... luci prnxiiuilatf... ipiaui n-dilu - Afct. untitjiti.Ks., i. viii.
18 HIKNS-FONDS l'OSSKDlis PAR LES ÉGLISES
de Reims ^, d'Arles ^, de Vienne ^, d'Auxerre * possédaient certainement des terres à la fin du \" siècle. S'il faut en croire l'évêque d'Angers, Maimbœuf, qui écrit au commencement du VIP siècle, son prédécesseur, saint Maurilius, mort vers 430, aurait acquis de ses propres deniers une cilla pour le compte de l'église 5. Dans la deuxième moitié du Y" siècle, une église peut être déjà nantie d'un bon nombre de grands domaines. Au temps de Sidoine Apollinaire, un candidat au siège vacant de Chcâlon a promis, s'il est élu, de distribuer à ses partisans les domaines de l'église ^. Sur ces terres vivent des hommes qui appartiennent à l'église et elle y possède des troupeaux ~'. Dès la deuxième moitié du V siècle, on s'est demandé si les évêques peuvent aliéner les biens-fonds offerts à leur église. Déjà la question s'est posée, quand en 402 le pape Hilaire prescrit aux évêques des Gaules de n'aliéner un domaine que s'il est en friche ou d'un mauvais rapport et seulement après qu'un concile aura émis un avis favorable ^. Les statuta ecclesiae antiqua ■' règlent aussi une question dont tous les conciles tenus au commencement du YP siècle se sont occupés J*^. Ce souci témoigne que la propriété foncière des églises des Gaules commence à se constituer.
L Bennadiu.s, évêqiie de Eciius, a légué à son église des afjelli et des silcae iFlodoard, Hist. Rem. ceci., 1, 9, M. G-, Script.., t. xiii, p. 4-ilj.
■>. Saint Hilaire d'Arles s'occupait de la culture des champs (Gexnauu s, De script., eccles., LXIX, Migne, t. lviii, col. 1100; Èpltaphc, Ed. Le Bi.ant. In.script. chrét. de la Gaule, 510, t. ii, p. 553). Or, nous .savons qu'il avait donné tous ses biens i)atrimoniaux aux pauvres (Vita s. Hil., 5, Acta sanct.. Mai, t. ii. p. -il; PoMÈRE, De rita contenipl.. Il, '.», Migne, P. L., t. Lix, col. 453,1. 11 cultivait donc les liiens de son église. Le biographe do saint Césaire parle d'un a<ier ai)parlenanl à l'église d'Arles (Fifo s. C'a?*., II, -i-i. Script, rcrum Dierov., t. in, p. 4">2}.
' 3. Le prêtre Claudien, qui suppléait en tout l'évêque ite Menne, Mamert, reml)lissait l'offlce d'un intenilant des domaines ■■ vilicum in i)raeiliis ■■ (Sidoine Apollinaire, Epint., W. il, And. antiqiH-sx., t. viii, p. ()3>
4. Sidoine Apollinaire, dans une lettre adressée à Censorius. évéque d'Auxerre I Yl, 10, 1). lOOj, j)laide la cause d'un clerc originaire d'Arvernie qui a en.semencé un coin de terre « in re ecclesiae, cui sanctitas tua praesidet ».
b. Vita s. Maurilii, il [Acta sanct.. Sept-, t. iv, \\. 74;.
li. Kpist., IV, 25 : <- tacita paclione promiseral ecclesiastica i)lo.soribus suis l)raedae praedia fore » (p. 76).
T. Kuricius, évéque de Limoges, écrit à Cen.sorius, évéque d'.\u.\erre, qu'il s'e.si employé ■■ ut homines vestri aul a custodia liherarentur aul jxircos vestros recipercnt » (A>('.\7., 11. 51, .\i/rl. untiqiiiss., t. vin, p. 345 .
8. Kpist. Arelot.. \x -. « ne praedia, (|ue necine déserta, neciue danmn.sa siinl et ad edesia pertinent, ex quibus i)lurimoruni consuevit nece.ssilaiihus suhveniri, alitjuo jUre ;n alteros traiisl'erantui', nisi jjrius a|)ul conciliuni alienalionis iiisius causa docealur » {l-'pist. ineroir. ucvi, t. i, p. -il-^j.
'.I. Cm. XXXI et XXXII !\ims^, i. i, p. 144-5).
lu. Cf. plus liiin. ih,!)!. XXIII. Li:s aliénations.
HICJlESSt; NAlSSANTt; DES tIGLIbKS 19
Le patiiiiiuiue des églises en biens-fonds devait être encore peu considérable dans les Gaules à la fin du V® siècle ^. Le prédécesseur à Clermont de Sidoine Apollinaire, Eparchius (462-472), était obligé d'habiter le saliUatoriuin de son église parce que celle-ci possédait peu de biens dans la ville -. La dotation domaniale de l'église d'Arles était sans doute maigre encore à la fin du V« siècle, puisque saint Césaire, qui n'est ])oint suspect de pratiques de captation et qui n'apportait aucun avoir patrimonial ^ à son église, en a pu doubler le temporel ^. Encore au VI" siècle, certaines églises seront tenues pour pauvres et des gens dont la piété est éclairée rechercheront les évêques besogneux pour leur donner de riches domaines ^. Au V« siècle, aucune église des Gaules n'est dotée en biens-fonds comme le sont, dès le IV^ siècle, les opulentes églises de Rome '% d'Antioche, d'Alexandrie ~.
Néanmoins, en Gaule comme dans les autres régions de l'empire, la richesse descend déjà vers les églises. Parmi les évéques aquitains, gaulois et bretons qui assistèrent en .'359 au concile de Rimini, il ne s'en trouva que trois appartenant à la Grande-Bretagne qui acceptèrent en raison de leur pauvreté les secours pécuniaires que leur offrait l'empereur pour couvrir leurs frais ^. Il est peu vraisemblable que tous les évêques aquitains et gaulois aient possédé une fortune personnelle qui leur permît la dépense d'un coûteux voyage. Au \" siècle, en
1. Suivant une hypotlà'se émise par M. Brunner fZJie Kfbpachl d. ForiiieisaiiintliOKjCH fo/i Angers iind Tours, dans le Zeitsch. d. Sarigmj Slifliniy f'tir Kcchtsgesch., t. v, Germ. Abtheil., p. 76 et 83), les terres d'église qui, en Anjou et en Touraine, sont à Tépoque mérovingienne aux mains de fermiers héréditaires {(•C. plus loin, fhap. XXY) comme jailis les terres pul)li(|ues, proviendrait-ut directement des libéralités faites aux églises à l'époque imi)ériale aux dépens du lise et des cités. M. Esmein {Les baii.v j^crpétuels des formules d'Angers et de Tours, dans Mélanges d'hist. du droit, p. 399-400) observe que la loi de Constantin dont parle Sozoméne (Hist. evclés.. \, 5, Mione. P. G., t. i.xvn, col. 10-28) attribuait aux églises non les terres des cités mais une part de leurs reveiuis (çôp(.)v), du vectigal (cf. Ammien Marcellix, XXV, 4. éd. Nis.vkd, \). -235; ([ue les villes reliraient de leurs i)ropriétés. Peut-être au.ssi s'agit-il ilune part des impo.sitions dues par les cités et que Constantin ordonnait d'employer à nourrir' le clergé (cf. ForiiNEKET, Ojj. cit., p. 110). Il nous paraît invraisemblable que les églises des Gaules soient devenues de grands propriétaires fonciers dès le IV siècle et en vertu des largesses des empereurs.
-.'. Cf. i)lus haut, ]). II. 11. l-,>.
:;. Tesliinieni île s. frsuirc édité par dciii (i. M<)Ri\. A'.-/- \i,-,,rd . jv.iv. i. \vi. 11. 101.