‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 279 sur 570 · OPÉRATIONS COMMERCIALES DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS COMMERCIALES DES ÉGLISES

avec une càrgaii^on de toutes espèces de marchandises'. Un évoque de Reims du VP siècle faisait acheter des porcs dans la région de Metz '-. Au VIP siècle, Téglise du Mans et le monastère manceau des Saints-Apôtres envoyaient des gens faire emplette de poisson à Bordeaux ■''.

Monastères et églises ont, à cet effet, chariots et navires, voituriers et convoyeurs ''*. Une règle monastique recommande de ne pas confier des chariots et la somme nécessaire aux emplettes k un religieux dont la vocation n'est pas éprouvée, de crainte que le diable ne le tente et qu'il n'émigre en jdes terres étrangères avec l'argent et les voitures ^. Les moines s'assurent parfois très loin la possession d'un port fluvial ^, oii leurs barques pourront être amarrées, où leurs hommes chargeront ou déchargeront les marchandises. En raison du ralentissement du mouvement commercial, en l'absence peut-être d'intermédiaires réguliers, les églises font venir elles-mêmes les denrées du pays producteur et envoient leurs hommes chercher les articles exotiques aux ports où des marchands étrangers les débarquent. Les moines ont calculé sans doute aussi que le prix de revient sera moins élevé si les marchandises voyagent à leur compte, que si elles sont livrées au monastère par les négociants. Les franchises de tonlieux concédées aux établissements religieux accroissaient naturellement les bénéfices de Topération.

Elles étaient avantageuses aux églises en dehors même de tout négoce. Églises et monastères possèdent des domaines épars, quelques-uns très éloignés de la résidence de Tévêque ou des moines '^. En un temps où chacun vit chez soi du rendement de ses terres, la demande des denrées agricoles est faible, les transactions rares; aussi les établissements religieux

1. Vie de saint Philibert, 29: « Scottoruin navis «Uversis merciinoniis jilena ad lilus atfuit, quae calciamenta ac vestimenta fratrilms larga copia minislravil » (éd. POIPARDIN, p. 17;.

•2- Kpist. Av.slras., 15 Œplst. meroic. aevi, l. i, p. 1-29).

:i. Bertrand, évêque du Mans, lègue à son neveu la maison qu'il possède à Bordeaux à charge dy héljerger les missi de ces établissements religieux qui viondronl » pro piscibus ad negotiandum • i P.vrdessls, 2.%, t. i, p. 207).

4. .M. Iml)art de la Tour (oiJ. cit., p. 10 et 11) estime que les églises et les monastères n'ont pas i)ùssédé avant le IX' siècle d'outillage connnercial : le diplôme allégué de Clotaire III i)our Corbie n'autorise pas cette iiiterj)rétation (c{. plus loin, p. 270, n. 1).

T). Re(j. Mag., 87 : « cuni forte incertus de firmitate frater mi.ssus fuoril cum vehiculis animalium et emendarum pretio rerum, mox ducalu diaboli invenlis l)er occasionem sumptibus vol veliic\ilis, in aliénas terras monasterii incipiat uiagis ordinatus migrare » (Holstexils, t. i. p. 282)

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