LES THÉORIES DE SALVIEN
brutale Salvion déroiivre la source qui coiiiuienrait à sourdre humblement au bénéfice des églises et travaille à en élargir les dégagements ; mais la nappe jaillissait d'elle-même des couches profondes, des croj'ances et sentiments chrétiens dont le prêtre de Marseille se fait rinterprète. Il pousse ii rextrème et jusqu'à l'absurde les arguments propres à décider ses contemporains à abandonner leurs biens à Dieu. C'est que de tels motifs avaient prise sur les âjiies. Salvien jette à pleines mains dans une terre préparée la semence que tous les vents qui passent au-dessus d'elle y ont déjà répandue et qui ne cessera plus de lever.
Le prêtre de Marseille a entrepris de détourner les richesses, qui corrompent le cœur des hommes, vers Dieu, c'est-à-dire vers les églises. Sans doute les legs pieux qu'il sollicite, Salvien les destine aux œuvres pies, spécialement au soulagement des pauvres ', mais à ses yeux comme au sentiment de tous ses contemporains, le temporel ecclésiastique est le réservoir qui les alimente toutes. Ce qui appartient à l'église, écrit le prêtre d'Arles, Pomère, elle le possède en commun avec tous les indigents 2. Tous les motifs que Salvien fait valoir pour décider les chrétiens à se dépouiller de leurs biens, à l'article de la mort, les incitent aussi à faire des églises les dépositaires de leurs aumônes posthumes.
En abandonnant ses biens à Dieu, le mourant remplit un devoir de stricte justice. Il ne possédait qu'en précaire ou en usufruit des biens dont le véritable propriétaire est le Seigneur et il est tenu à sa mort de les lui remettre •'. Il doit tout lui offrir parce qu'il en a tout reçu ^ et s'il lui donne tout, il offre encore trop peu ■'.
1. T'nnnthci ad ccclesiam llbri IV (adversus avaritiain), IV, i (Àuct. aulirjKiss., l. I, p. 163); 7 (p. 165). Cf. plus haut, p. 4.
'2. De cita cotUempl., II, 9: « Quod habet ecclesia, cum oniniltu.s niliil habeiilibushabet commune » (Migne, P. L., t. ux, col. 454). Cf. S.mxt Acgistin, Kj>ist. CLXXXV, 35 : « non .sunt illa noslra socl pauperum, quorum procurationem ([uodanunodogerimus.non proprietatemnolii.s vindicamus •> (Migne,P. L..l.xxxiii. col. 809). Voir R.vïZiNGER, Gesch. cl. Kircfilichcn Aroicnjjffcuc. p. "119.
3. Tiin. ad cccfcs.. J, 5 : ■• usum tanUim earuni rcrum accepimus, quas it-nc- ■mu.s: commodatis cnim a deo facultalibus utimur el tjuasi precarii posscssores sumus; egredientes e mundo islo hic cuncta rclin(|uimus. . . Quid rectiu.s (|uani ut ubi res ab eo discedit qui usum habuit, revcrlalur ad cum po.sso.ssio (|ui utendam concessit » (p. l-H).
4. Op. cit., 11 : " Non offeral totum quod habet si non pulal se debere toUim quod habet " (p. b29). Paulin de Pclla exprime pour son compte per.soiniel le même sentiment : " ([uocirca el totum tibi me, deus optime, debens, cunctaque, quae mea sunt » {f:ucliarislicos, 594-5, Poelae christ, min., p. i, Corj). scrijd. cccles. latin., t. XVI, p. 314).