DES ÉVÉQUES FURENT-ILS COMTES DE LEUR CITÉ
de sa cité K Peut-être toutefois pareil fait s'est-il produit à rextrême limite des temps mérovingiens. A la fin du VIII" siècle, révêque de Coire était comte de Rhétie ~. Ce n'est pas Charlemagne qui a mis aux mains des évéques du pays cette fonction ■'*, car nous savons qu'il a tenu à séparer les deux dignités et qu'un agent du roi a été établi par lui à côté du prélat ^. Rien ne répugne davantage à la politique suivie par les premiers Carolingiens que cette immixtion de l'évéque dans les affaires civiles que Charlemagne a fait cesser à Coire. Il est vraisemblable que l'évoque de cette ville est devenu comte de Rhétie à l'époque de trouble oii finit la dynastie mérovingienne, soit par concession des rois ou des maires du palais, soit par usurpation -'. L'immunité conférait à l'évéque sur les domaines de son église le pouvoir comtal qui a pu s'étendre sur tout le territoire de la cité. Au temps de Charles Martel, alors que peut-être des fonctionnaires détiennent abbayes et évêchés 6, il n'est pas impossible qu'un prélat ait pris possession d'un comté, ou qu'un comte ait garde sa charge en devenant évêque.
(cf. Kri-scii, !>ir H'Ucstc Vila Lcurlrgarii, y. Archir, t. xvi, p. 580 et Anal. linUaml., t. xi, p. 105 et 109).
1. Cf. I.ŒNixa, Gr.ich. d. deitlschen Kirchenrcchis, t. ii, p. 360 et 263
'2. Il est dit Raetiaruin rcctnr dans un diplôme de Charlemagne antérieur à 771 (Dipl. Karol., 78, t. i, p. U3). Nou.s connaissons trois évèques de Coire qui ont certainement possédé le couité : Constantius, à qui est délivré le diplôme de Charlemagne, Remigius à qui Alcuin écrit {Kpist., 77, Kpist. harol. aevi, t. ii, p. 119) entre 791 et 796 afin (robtenir pour un marchand franchise de lonlieux aux passages des Alpes, et enfin Victor, qui, dit-il lui-même, a joui du comté avant la dicisio faite par Charlemagne (Plainte adresser à Lonis le Pieux en H23, KiJist. harol. aevi, t. m, p. 309).
li. Dans le dijjlôme cité, Charlemagne dit (lu'il a élahli lévé(|ue Conslanlius rciMcur (le Khélie; mais il ue s'agit ])as d'iuie innovation failc i)ar Charlfinagiie. Le roi installe Constantius en la place tenue i)ar ses prédéces.seurs, comme l'occuperont aussi ses .successeurs " qui ex nostro permisso et volnntate cum clcctione plehis ibidem recturi erunt ».
1. Plainte de l'évéque Victor adressée à Lnids le Pieux en S>3 : " post illam divisionem quam bonae memoriao genilor vester inter episcopalum etconiilatum licri i)raecei)it » {Kjiist. harol. aeri, t. m, p. 309). Cf. plainte présentée en KiO (p. 311).
5. On s'est demandé si révé(|ue de Coire, Victor, présent au concile de Paris (le 1)11, n'est pas déjji praeses de Rhétie. L'épilaphe d'un \"iclor inlusier jiraeses qu'a fait graver sou oncle Victor éecque, montre l)ien que le même ix'rsonnagc n'est pas à la fois évécpie el praeses de Rhétie (cf. I-ikninc, op. cit., t. n, p. •-'•■>3). Le fait ([ue déjà les chefs civil et religieux appartiennent à la même famille, explique peut-être que rcvê(|ue soit devenu comte ou (|ue le comte soit devenu évè(iue, vraisemblablement à la lin du "N'II' ou au commencement du "\'III* siècle.
(>. Cf. Vila s. Hernielandiiy. 7-.'0), 13 : ■• .Vgatheus duarum urbium, Namnelicae scilicet et Redonicae, comes, locumque episcopatus in ))raedictis occuitaris urbibus » (Mabh.i.ox, Acta sancl. O. S. H., t. m, p. i, p, 376). Le biographe qui écrit dans la première moitié du IX« siècle (cf. Diciiks.nk, Fastes épisc, t. ii, p. .361, n. 1) a médiocre autorité. Peut-être sagit-il d'un comte (jui a usurpé le temporel de l'église.