Ibid., 111, 2, p
LES APPORTS Ut CLKHGI-: 29
proches à l'église. Que le m(jiirant ne se laisse pas arracher ])ar les parents hypocrites qui Tt^bsëdent ', les biens qu'il peut consacrer à sauver son anie. Dieu, déclarait saint Anibroise, rejette les dons qui affament la famille du donateur 2. Salvien ne suppose pas que parmi les héritiers il puisse s'en trouver qui soient i)auvres ; à l'entendre, la foule des parents qui assiège le lit d'un mourant ne se compose que de riches matrones, d'hommes nobles et oj^ulents -^ Aussi bien n'a-t-il pris la plume que pour fouailler les riches avaricieux.
Le devoir de doter les églises oblige plus rigoureusemeni qui n'a point d'enfants que les pères de famille. Le riche qui néglige les œuvres pies est plus inexcusable que celui qui laisse à ses fils un modeste patrimoine. De même les personnes consacrées à Dieu et qui jouissent des biens offerts au Seigneur sont spécialement tenus de léguer à l'Eglise leur propre avoir.
Déjà au y^ siècle l'apport du clergé contribue à enrichir les églises. Sitôt qu'elles eurent reçu capacité de recueillir des successions, les églises devinrent les héritières ordinaires des évêques ^ et des clercs. La discipline des églises africaines excommunie même les évêques qui préféreraient à leur église soit des étrangers, soit des parents hérétiques ou païens •'. Une constitution de Théodose II crée, en 434, présomption de droit on faveur des églises et des monastères quand meurt intestat un évoque, un clerc ou un moine, qui ne laisse ni veuve ni parents •'.
Les églises des Gaules ont certainementj dès le X" siècle, recueilli souvent l'héritage de leurs évêques et de leurs clercs. Flodoard a lu le testament par lequel un évêque de Reims du
1. Tiiii. ad ecclex., III, -20, \> 159. Salvien les sli}.'iiuitise à peu prés dans les mêmes termes où saint .Jérôme fait le procès des clercs qui, pour édifier leur fortune personnelle, font efirontcment le siège des vieillards (Epint., LU. •"•,
MiGNE, P. L., t. XXII. ("il. 5ai).
2. K.vpos. l'iuitij. sec. Lucuiit, VIII, "T : - Sed dicis le, (luud eras i)ari-milius collalurus, ecclesiae malle conferre. Non quaerit donum Deus de famé parentum > (éd. ScHENKL, Corp. script, cccles., t. xxxii, v. iv, p. 4.31). Saint Augustin pensait comme saint Ambroise. Cf. PossiDits, l'ita s. Auf/iistiai. •>4 : ■• Nam et aliquas eum haereditates recu.sasse novimus, non quia pauperibus inutiles esse possent, sed quoniam juslum et aequum es.se videbal ut a morluorum vel filiis vel i)arentibus vel aflinilms magis possiderenlur, ([uibus ea (leficientes dimiliere noiuerunt ^Migne, t. xxxii, col. h'.i).
;i. Tim. ad cccle.s-., III. ly, p. !'>«. I. Cf. FoiRXERET, p. C".t et suiv.
:.. CmU'.i: ceci, afrir.. caii. LXXXI (Uiu \s. i. i, p. 17:>-0). Cf. I..kmng. hjj. cit.. 1. I, 1). m.
(j. Codex Theod.. L. \'. T. m. De bmiis cleric. el monac, éd. H.venel. <o1. IC7.
Cf. Foi RNERKT. p. W.
30 i.i;.s ÉGLISES HL;i{iTii;Kii:s ul clkkgé
V" siècle, Bennadius, instituait son église pour héritière, lui laissait une somme d'argent, des terres et des forêts ^. Saint Perpétuus, évéque de Tours, a légué ce qu'il possédait dans diverses cités à leurs églises respectives et a fait une large part à l'église de Tours 2. L'un de ses successeurs, Yérus, à la fin du V^ siècle, laisse aussi ses biens aux églises et à quelques personnes de mérite '^.
Beaucoup de membres du clergé ne se croyaient pas tenus d'agir ainsi. Salvien s'élève contre les clercs qui, servant le Seigneur, laissent leurs biens à ceux qui vivent dans le siècle ^. 11 s'en trouve même qui, n'ayant point de parents, font hériter des étrangers de préférence à l'Église. « Des veuves, des vierges consacrées aux autels, des diacres, des prêtres et, ce qui est monstrueux, des évêques mêmes, sans en être pressés par l'affection naturelle, sans y être contraints par des engagements, n'ayant ni enfants ni famille, disposent de leur avoir non pas en faveur des pauvres, des églises, d'eux-mêmes, ne le laissent pas à Dieu, mais à des séculiers et même à des riches et à des étrangers « ^. Au commencement du VP siècle, le concile d'Agde prévoit le cas où des évêques qui n'ont ni fils ni neveux n'instituent pas leur église pour héritière ; il ordonne de soumettre la gestion de ces ingrats à un examen sévère "'.
Le courant d'ascétisme qui, au sein du clergé, lutte au y siècle contre l'envahissement des soins séculiers, prive parfois l'église des biens dont évêques ou clercs se sont dépouillés avant de lui appartenir. Il n'est pas sans exemple au X" siècle qu'un évêque soit promu qui ne possède point ''. Ceux qui sont tirés des cloîtres ont souvent, avant de faire profession de vie religieuse, distribué tous leurs biens aux pauvres s. Salvien s'indigne contre les pères de famille qui déshéritent celui de leurs enfants qu'ils ont offert k Dieu •'. Ces hypocrites
1. Hist. Rcni. ceci., I, il (M. G., Scripl.. 1. xiii. p. 1-.>1). •2. Gréc.oikk de Tonis, Hist. Franc, X, 31. j). 115. :i. IbliL, p. 116.
4. Timolhci ad ccclesiam lihri IV. II. '.' : •• an diMis iiiisier vdii... clericos suos nuindanis po.st se heredibus rcliiiquiTi' •> [Aia-i. aii(i(ii'i!<s.. \. i. ji. liiSi.