Cf. LiKNINli. (IJI. cit., l
M LES A(jM1NISTRATEI:RS 1>V TEMI'OHEL
fies soins domestiques. Il est de saints prélats qui ne se contentent pas de surveiller l'exploitation des terres que possède leur église. Saint Hilaire d'Arles, soucieux d"en obtenir un bon rendement afin de pouvoir nourrir les pauvres, s'adonnait en personne aux travaux des champs ^ dans les domaines de son église -. Il invitait son clergé à ensemencer avec lui les terres labourables et à cultiver les vignes •'. Il n'était jamais oisif et chez lui s'employait à tisser les étoffes '. Saint Eutrope, évèque d'Orange, s'adonnait lui aussi au travail corporel. Il défrichait les terrains envahis par les ronces et souvent assistait les vignerons fatigués ''.
A la fin du Y" siècle, il est recommandé aux é vaques de se décharger de la gestion du patrimoine ecclésiastique et de réserver tout leur temps à leur ministère spirituel '^. La croissance déjà sensible du temporel des églises oblige Févêque à se faire suppléer par des membres de son clergé. Le prêtre Claudien, frère aîné de saint Mamert, évoque de Vienne, remplissait le rôle d'homme d'affaires et d'intendant des domaines t; l'évêque avait les insignes du pontificat, le prêtre tout le travail ^. Plus tard, saint Césaire d'Arles commettra tous les soins séculiers à des intendants et à des diacres ^. Les statuts qu'il a recueillis invitent les évêques à laisser l'archiprêtre ou l'archidiacre s'occuper des veuves, des orphelins et des étrangers nécessiteux que leur église assiste •".
Les biens ecclésiastiques sont confiés à l'évêque ; il ne doit
I. Gknnauus, De script, eccles., C9 : << cori)oris sui sollicitus labore fuil. Naiii pro relicieiidis pauijeribus etiam rusticalionem contra vires suas lionio génère clarus et longe aliter educatus exercuit » (Mione, P. L., t. lvih, col. 1100): KpUaiihc : « Rustica quinetiani pro Christo (munia) sumens » (Ed. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, 516. t. ii, p. K.'i).
■2. Cf. plus haut, p. 18, n. ■>.
.i. Vita s. Hilarii, 10 : « Talia sibi suisque ingerens documenta : nianducandi nécessitas incuniblt, semina jaciamus... vineas excolamus • (.\cta saiict.. Mai, I. II, p. •»•)•
1. Unit., 15 : « Necleiidi varias operatio junxerat huras ■> (ji. 30).
">. Vita s. Eulropii,ii : « labori lia niancipatus ut non minus ojjcre con.sumerei corpus quam animuni oralione reliceret. Caedebat igitur silvas et senimisnm (■aiiiporuni faciem vepriuni evulsione purgabat; saepe gravatum vineae cultorcm ijjsc a))i)rcli('iiso ligone pali)abat ■> {op. cit., t. vi, j). 094).
G. Stal. eccl. antifj., can. XX: « Ut episcopus nuUam rei familiaris curam ad .se revocet » (Brins, l. i, p. 143).
7. Sidoine Apollinaire, Epist., IV, 11: " procuratorein in negotiis, vilicum in praediis » {.\uct. anliqviss., t. viii, p. 63).
s. <■ 111e insignia suiniKsit, hic laborem •> (ibid.). Saint .\ugustin .se déchargeait <Ui soin de sa maison- sur des clercs dont il avait fait des praejtosifi dohitts (l'ossiini s. Vila s. .Mkji/sI.. H (Mione, P. L., t. xxxii. col. 53).
'.I. Vita s. Cdcsarii, 1, 15 {.Scrijjl . rrri/ui nn'rur.. 1. m, J). 40-*).
lu .S7(;/. icvt. anli'i-- >an. .\.A'II 'Brins, i. i, ji. 143).
ENTRETIEN UE LA MAISON KI'lSCOl'ALE 35
pas les considérer comme les siens propres '. Les saints évéques, déclare Pomère, se sont regardés non comme les propriétaires mais comme les intendants des biens de leur église -'. Le patrimoine d'une église, ajoute-t-il, n'est pas une propriété particulière, mais collective •'. A Tévéque appartient seulement le soin d'en régler l'usage K
Une part des biens ecclésiastiques sera consacrée à l'entretien de sa maison. Il est recommandé aux évoques d'avoir un pauvre mobilier et une table frugale ''. Les saints évoques du V" siècle se conformaient strictement à cette prescription '^ qui combat sans doute tléjii des abus naissants. L'épiscopat se recrute alors principalement parmi les membres de l'ordre sénatorial ''. Le biographe d'Hilaire d'Arles lui fait un mérite de travailler de ses mains comme un ouvrier bien qu'il fût de grande naissance et de bonne éducation ^. D'autres nobles prélats de ce temps, qui n'avaient point fait comme Hilaire profession monastique avant d'être évoques, mais remplissaient auparavant de grands emplois publics, ont conservé les habitudes fastueuses du haut fonctionnaire qu'ils avaient été, du grand propriétaire qu'ils n'ont pas cessé d'être. Sans doute, Sidoine Apollinaire, devenu évêque de Clermont, goûtait comme autrefois le confort de ses villas de plaisance '•'; il aimait encore
1. Stal. ceci, cndii/., eau. XXXI : « Ut fitiscopus rébus etclesiae lanquam cuiiiiiit'iulatis, UDii lauquarii propriis, ulatur » (Brins, t. i, j). 114): Pomere, De rila contcmpl., II, 'J : « non ut jiroprias sed ut coimuendatas » (Migxe, P. L., t. Lix, col. 454).
•2. " Non ut i)o.s.s('s.sore.s sed ut procuratores facultates ecrlesiac possidebant • {i.bid.).
:{. ■< Non euiiii i)riipriae suul sed coinuiunes ecclesiae facultates » (col. 4.ô3>. Aux yeux de Pomère, l'église possède eu couiuiuu avec les pauvres (cf. plus haut, p. -24, n. 2).
4. 11 : « Sacerdos cui dispensatiouis cura comuiissa est » (col. 455).
5. Stat. ceci. antU/., can. XV : ■< Ut epi.scopus vilem suppellcctilem et uu-nsaiu ac victum pauperem habeat •> (Brins, t. i, p. 143). Le canou ajoute que l'autorité des évéques vient de la dignité de leur vie et non de l'appareil dont ils s'entourent. Le pape Célestin, dans une lettre adrcs.sée en 4-28 aux évéques de Narbonnaise et de Viennoise (J.vfkk 'Watt., Rei/. 3691, leur donne le même avis: « Discernendi a plèbe vel céleris suinus doctrina non veste, conversatione non babitu » (SniMOXD, Conc.antUj. Galliac, t. i, p- 5<3). Déjà Sulpice Sévère dénonce les vonvlvla sumpluosa, que des religieuses i)réparent ;'i leur évé(|ue {Dinl.. Il, 1-2, Corp. scripf. ecclcs., t. i, p. l'.M.i.
•>. Tels saint Hilaire d'Arles <■ unius tegniine luiiic:ie conleuius ■• Vita .s. Ililarii. 10, Atia sanct., Mai, t. ii, p. -21» >, saint Eulrope, évé(iuc d'Orange : « Huic viclus tenuis et dura (cubilia membris) et vestis leginien hispida (eral luuica) » (Le Blaxt, Inucripl. chrét., 503, t. n, )). -230).
7. "N'oir le discours pr(Uioncé par Sidoine .Apollinaire à Bourgi-s i)our l'éleciiou d'un évéque {Kj/ist., ^'1I, '.i, Ai'ct. aiit.itji'iss., 1. viii. |). ll.">).
.s. Cf. plus haut, [). precéd., n. 1.
V. Voir la descrijjtion faite par Sidoine de .son tjrucdiitut Arilucn„i [Ejiisl.. II, •2, Auct. antlquisa., t. Vlll, p. ii et suiv. ; Carm., 18, p. m-'i/-
36 CLERCS Qll SE SllMSENT EN TRAVAILLANT
à se reposer dans les délicieuses demeures de ses nobles amis '. Il n'est pas douteux que le patrimoine de ces évèques bien nés ne contribuât largement aux frais de leur train de maison. C'est plutôt l'avoir parfois considérable de l'évêque, que son travail manuel, qui dispense partiellement l'église de subvenir à ses dépenses personnelles.
En général, au contraire, les clercs sont peu fortunés. La législation , en raison même des exemptions qu'elle leur accorde -, interdit au propriétaire de fuir la curie et les charges de la propriété, en s'agrégeant au clergé •«. Aussi, dans les derniers temps de l'empire, la plupart des clercs sortent de la classe inférieure de la population, de celle qui ne possède pas.
Au III« et au IV- siècle, les clercs recevaient leur part des offrandes 1 des fidèles. Mais elles ne suffisaient pas sans doute à assurer régulièrement la subsistance du clergé qui longtemps a vécu aussi de son travail. Au commencement du V^ siècle, Sulpice Sévère blâme les ministres des églises qui exploitent des terres -•. Au contraire, Hilaire d'Arles pressait ses clercs de se livrer avec lui aux occupations agricoles. Les statuts recueillis par saint Césaire font un devoir aux clercs de chercher leurs moyens d'existence soit dans la culture du sol, soit dans un métier ''.
Certains gagnaient leur vie par un autre labeur que le travail des mains. De bonne heure, dans les Gaules, il a fallu interdire aux clercs certaines professions déshonnétes ou peu séantes à leur condition. Déjà en 314 le concile d'Arles excommunie les clercs qui vivent de l'usure % et cette prohibition sera renouvelée à plusieurs reprises au V siècle ^. Il n'est pas permis à un
I. Kpist. II, 9 : '■ inter agros aniœnissimos, huinanissimo.s dominos... tempus volupluosissiinuia exegi » (p. 30) : cf. VIII, 4 (p. l-i'.t). Evêque, il se félicite de ce ((ue le ijracdium donné par Avitus h son église est j)roche de la ville (cf. plus haut, p. 17, n. 9) : ce domaine devient sans doute une résidence des évèques de Glernionl.
■>. Cf. Lœning, t. I, p. i-^ît-SO.
:{. Cf. Lœnixg, t. 1, p. ■T.i'J.
4. A Cai'lhage, au temps de saint Cyprien, il en était fait une distribution mensuelle aux prêtres (Kpist., 39, éd. Hartei., Corp. script, ccclcs., t. m, p. ii, )). 585). Les Constitutions apostoliques stijmlent que les dîmes et jtrémices .sont pour lévèque, les clercs el les pauvres (M, -25, Mansi. t. i. col. :i-,>4-5; iU. col. .id: VIII, :in,.31. col. 577-8). Cf. Lœnixg, t. i, p. 240-1.
:>. •■ PracdlM cxcoluiU » (Chron. 1, 23, Corp. .script, ccclcs., I. i, p. -.'6).
II. Sliii. crrl. ii/ili(/.. cAi\. Ll : <• clericus ...arlilicio viclum quaer.it »: Lll : « viclum cl vt'slitum silii ariillciolo vel agriculiiira. . . (|uaer.il »; LUI : ■• clerici qui ad upriandiuii validiurcs suni et arlillciola cl liiicras discaiil » (liKi Ns, i. i,
p. IKi).