PART DES RESSOURCES ACCORDÉE AUX CLERCS
Les églises franques, loin d'avoir atteint dans l'administration de leur temporel à cette différenciation des organes, ne connaissent même pas le partage régulier des produits de la masse, pratiqué ailleurs entre Tévêque et ses collaborateurs.
Mais si ces derniers ne peuvent prétendre à une portion déterminée du produit des domaines ecclésiastiques, il leur est attribué une part des offrandes apportées à l'autel. Le concile d'Orléans de 511, en réservant expressément à l'évoque tous les biens-fonds, accorde aux clercs urbains la moitié des offrandes manuelles et aux clercs des paroisses rurales les deux tiers des oblations faites à leur église K Aucune trace de ce partage n'apparaît plus par la suite. Dans les basiliques urbaines - et les églises paroissiales des campagnes , toutes les offrandes restèrent aux mains du propre clergé 3, à qui sont laissées en
remontaient à une haute antiquité. C'est ainsi que les Gesta einsc. Virdun. (8, Script., t. IV, p. 43) attribuent à I"évêque Paul (641-648) un « privilegium nostris canonicis de antiquioribus villis ». Suivant les Gesta episc. Camer. (I, 18, Script., t. VII, p. 409), qui dépendent ici de la Vita s. Autberti par Fulbert de Chartres (3, MiGNE, t. cxLi, col. 359), saint Aubert, contemporain de Dagoberi h', a obtenu du roi donation d'un fisc en faveur du clergé de Notre-Dame de Cambrai. Flodoard [Hist, Rem. eccl., II, 11, Scripl., t. xiii, p. 458-9) attribue à l'évêque Rigobertus (69(5-733) le rétablissement de la vie canonique parmi les clercs rémois. Cet évêque leur aurait a.ssigné plusieurs villae, aurait établi pour eux une caisse {aerarium commune) et leur aurait légué plus de quarante manscs garnis de serfs. Lœning (oj). cit., t. ii, p. 345 et n. 3) admet l'authenticité du règlement de Rigobertus et s'efforce seulement de prouver que cet évêque n'a pas institué la vie commune. Il est plus vraisemblable que Flodoard a été induit en erreur. Il dépend ici en effet de la Vita s. Rigoberti (Scri2it., t. xiii, p. 458, cf. Mabillon, Acta sanct. O. S. B., t. III, p. 497), composition sans autorité qui date des dernières années du IX« siècle, et non d'une pièce d'archivé conservée par l'église de Reims et que l'historien aurait eue entre les mains. Le diplôme que peut-être le biographe de Rigobertus a eu sous les yeux n'était qu'une charte apocryphe destinée à établir l'ancienneté de la mense canoniale ouïes droits que celle-ci prétendait .sur certains biens. Cette pièce, si elle exista, signalait à Reims l'existence d'une canonica religlo telle qu'elle est pratiquée par les clercs après la réforme de Chrodegang à la fin du VI1I« siècle, mentionnait la mense, le tré.sor du chapitre, la réfection servie aux clercs à l'anniversaire de leur bienfaiteur, comme le ferait un acte du IX' ou du X' siècle. Un diplôme authentique d'une telle teneur serait au commencement du VIII' siècle unique et inexplicable.