CHAPITRE XXXIII
L'hospitalité des églises et des monastères.
Le devoir de l'hospitalité incombe au clergé et aux moines comme celui de Taumône. Le plus souvent, accueillir des hôtes c'est encore soulager des pauvres, procurer un abri, une table, des soins à des étrangers, à des infirmes, à des malades, à qui l'aumône ne suffit pas^. Les églises doivent aussi offrir un asile aux faibles, à ceux qui sont poursuivis par un ennemi et dont la vie est en danger. Sans cesser d'avoir un caractère de bienfaisance, l'hospitalité peut dès lors ne plus être facultative. En fait, elle est parfois une charge à laquelle une église ou un monastère n'est pas libre de se dérober, qui lui est imposée soit par le proscrit qui en bénéficie, soit par les rois qui, impérativement, confient quelque hôte à la garde des moines. Commandée par les canons ou simplement dérivée de pratiques charitables, l'hospitalité devient quelquefois, pour les églises et pour les monastères, une contrainte fort onéreuse.
Les monastères sont regardés comme une prison ou comme une retraite sûre. Aussi, parfois, un ordre du roi ou des évêques oblige les moines à recevoir un hôte malgré lui. Il n'est pas rare qu'on enferme dans un monastère des membres de la famille royale qui ont conspiré ou qui paraissent des compétiteurs possibles i, des rois détrônés -, des grands rebelles ou disgraciés -^ Des reines s'y retirent spontanément '' ou y sont
1. Mérovéc fst fiifermé à Saint-Calais (Grégoire m-: Totiis. llisi. Franc, V, 13, p. -.'01).
•2. ("liildoric II fiifernie ;i Snint-Donis son frère Thierry rrùé roi par Ehroin {Vita anon. s. Leodegarii, 3, Marillox, Acta sanct. O. S. li., t. ii. j). 653). Chilcléric III, dernier roi mcrovino^ion est « in nionastcriuni missus », à Sithiu (Ann. Lauriss.y 750, Scrijil., I. i, j). i:i8 ; Foi.QriN, Cliarl. Slthiense, I, 3-1, éd. GlÉRARD, p. 55).
3. Ebroin c.sl relégué à Luxouil {VUa anon. s. Leodegarii, 3, Mabillox, Acta sanct., t. II, p. 652; Liber hist. France, 45, Script, rcruni merov., t. il, p. 217 ; Chron. Moissiac, Pertz, Scrijtt., t. i, p. 288; Ann. Met., p. 317); saint Léger est enfermé au même monastère {Vlta, 6, p. 655).
4. Clolilde se retire à Tours : <• ii)ique ad hasilica l)eali Martini dcserviens. . . in hoc lo&o coinmorata est oniiiilnis diebus vitae suae « {Hist. Franc, ii, 43. p. 106).