RÉCLUSION, ASILE
reléguées par ordre i. On envoie des évècjfues coupables faire pénitence dans un cloître -. Des prêtres ^, des laïques, simples particuliers ^, y sont séquestrés. La réclusion de tels personnages dans les monastères constitue une charge assez lourde pour les moines, qui doivent entretenir ces hôtes involontaires, leur suite et parfois les gens armés qui les surveillent ^.
Si un monastère est quelquefois une geôle oii des infortunés sont retenus par force, d'autres vont d'eux-mêmes chercher leur sauvegarde dans les basiliques qui sont lieux d'asile. Les serfs maltraités par leur maître, les meurtriers poursuivis par les parents de leur victime, les criminels, les proscrits, aussi longtemi)S qu'ils sont sous la protection du saint, échappent à la vindicte publique ou privée ''.
Le droit d'asile que possèdent les églises est une charge autant qu'un privilège. Le plus souvent le clergé doit nourrir le réfugié, parfois sa famille, ses domestiques ''. Les gens de qualité qui ont mis en sûreté dans le sanctuaire leur avoir le plus précieux *^ en même temps que leur personne, se suffisent à eux-mêmes. Êbérulfus, qui s'est enfermé dans la basilique de Saint-Martin, envoie ses serviteurs chercher dans ses appartements des vins de prix qu'il veut faire goûter à un visiteur ^. Mérovée, fils du roi Chili)éric, a cherché asile près du môme sanctuaire et invite Grégoire de Tours à sa table ^'\
1. Frèflésonde fait enfermer à Sairile-Croix de Poitiers sa belle-lille Basiua (Grégoire de Toirs, Hist. Franc, A', 39, p. v'3-2). Gonlran relèjjfue au inoiiastére d'Arles Thcodoj,Mldis qui avait été femme de Caribert (IV, 20, |t. 162).
2. Coiituméliosus, évêque de Riez iConc. de Marseille, Maassex, p. 60) ; Saffaracus de Paris (('o^k-. de Paris de 5')2, p. 11(5,' • Salmiius (l'Einl)ruii et Sapillarius de Gap {Hist. Franc, V, 20, 27. p. 218, 222).
3. Grégoire de Tours fait enfermer dans un monastère un prêtre qui, en son absence, a usurpé l'administration du temixirel de l'éylise de Tours (V, 49, p. 342). Cf. Conc de Sarbonne de 589, can. VI : « ([uicunwiue fuerit culi)al)ilis invenlus clericus, aut honoratus de civitate et ad monasterium fuerit deputalus » (Brins, t. H, ]). 60).
4. Félix, évé(|ut' de Nantes, enferme dans un monastère une nièce ((u'il a séparée de son mari {Hist. Franc, VI, 16, p. 259).
5. Gontran n'a laissé au.\ évèqucs de Gap et d'Embnni (|u'un .seul clerc pour servir cha(iue prélat et ordonne de les garder avec des gens armés (V,. 20, ji. 218).
6. Cf. Lœning, Gesch. d. deuts-clien Kirchenrechts, t. ii, p. 537.
7. Gontran Boson proscrit met ses lilles en sûreté à Saint-Martin de Tours puis à Saint-llilaire de Poitiers {Hist. Franc, \, -M, ]). 200). Avec Kbérulfus sont réfugiés à Saint-Martin de Tours, sa femme (VII, 2'J, p. 310) et des j/iuri et jjirellai' dont la curiosité indi.scrète est très à charge au gardien de la basilique (VII, 22, p. 303; 29, p. 30'.>-310).
8. Cf. plus loin, 1). 393. Mérovée, réfugié à Saint-Marlin de Tours, avait dans ses Iwgages des objets i)récieux qu'il dépose sur. le sépulcre du saint (V. Il, p. 203).
V). Grëooire de Toirs. Hi-yl. Franc VII. 29. p. .309. 10. y. 1 I. p. 203.
392 CHARGES qu'entraîne LE DROIT DASILE
Quelquefois aussi il semble que le malheureux n'ait à compter que sur la charité publique. Chramnus donne ordre que personne ne porte à manger à un proscrit qui s'est mis à l'abri dans Tenceinte sacrée afin que la faim l'oblige à abandonner son refuge i. Mais d'ordinaire et même quand il s'agit d'un riche personnage, son séjour est à charge à l'église. Ebérulfus frappe un prêtre qui refuse de lui donner du vin parce qu'il est ivre 2. H a fallu convier le même personnage à s'asseoir au banquet de la sainte basilique 'K
Le serf qui a commis une faute et vient chercher contre un maître irrité protection auprès de l'église peut coûter à celle-ci le prix auquel il est estimé. Elle est en effet tenue de le rendre sitôt que par serment son maître aura déclaré remettre sa faute au coupable ^. Si le prêtre ne peut obtenir sa grâce, qu'il ne le laisse pas fuir, ordonne la loi des Alamans, mais ne le livre pas. En pareil cas, il arrive souvent que par la complaisance ou la négligence du clergé, le serf parvient à s'échapper. Si le prêtre ne peut remettre la main sur le fugitif, il devra indemniser le propriétaire, soit en cédant à ce dernier un autre serf de même valeur, soit en lui payant une somme qui compense sa perte •''.
L'asile qu'une basilique accorde à des personnages qui ont encouru la colère d'un roi entraîne parfois pour cette église un préjudice considérable. Grégoire de Tours est prévenu, de la part de Chilpéric, que s'il n'expulse pas Gontran Boson du sanctuaire de Saint-Martin, la ville et les faubourgs seront brûlés. Les gens du roi s'installent dans la maison de l'église, sise au delà de la Loire, la démolissent, en emportent les matériaux, détruisent les approvisionnements et dévastent tout '^. Un peu plus tard , Chilpéric apprenant que son fils rebelle, Mérovée, est réfugié près du tombeau de saint Martin, fait dire de nouveau à l'évêque qu'il fera dévorer par le feu tout le pays, si le i)roscrit reste l'hôte de la basilique ". L'armée royale vient en effet mettre à sac toute la contrée et n'épargne pas les biens de Saint-Martin ^. Sous prétexte d'empêcher