VALEUR DES MOYENS DE DÉFENSE
Les rois et les évoques, les saints qui ont reçu, les morts qui ont donné, tels sont les protecteurs du temporel. La garantie qu'ils procurent aux églises n'est pas toujours efficace. La seule arme qui puisse opposer aux violences une force matérielle est à double tranchant ; on invoque le pouvoir royal pour sauver le bien des églises, mais aussi pour les dépouiller. Les défenseurs naturels du patrimoine ecclésiastique, les évoques, ne disposent que de leurs armes spirituelles. Les saints ne gardent leur église que pai- la renommée des calamités qui frappent les sacrilèges. Mais ni l'anathème des pontifes, ni les châtiments infligés par les saints n'arrêtent toujours les voleurs et ne leur font rendre gorge à chaque fois. C'est de leur tombe seulement que les bienfaiteurs des églises menacent et maudissent les ravisseurs.
Il n'en faut pas conclure que la défense du temjjorel s(jit une entreprise vaine ni qu'elle soit habituellement inférieure à l'attaque. L'anathème des évêques, la terreur qu'inspirent les saints, les imprécations des morts, l'intervention des rois, ne sont que (pielques-unes des formes par où se manifeste et agit la force créatrice et protectrice du temporel ecclésiastique, la foi des fidèles. Si -seule, elle peut déjà fonder la propriété ecclésiastique, elle est capable aussi de la maintenir. Le temporel des églises se défend sous son impulsion à la manière d'un corps vivant. Ses organes de protection ne le garantissent pas toujours des coups; mais parce qu'il vit et se nourrit, il ferme ses blessures, répare ses pertes et se reconstitue.