SITE FORESTIER DES MONASTÈRES
un inaitrc, les rois, les grands propriétaires abandonnent volontiers et sans s'appauvrir i aux moines défricheurs de larges tranches d'une forêt dont ils n'usent que rarement pour la chasse.
Il n'est [»oint rare que de^ moines s'établissent dans un caslrum romain abandonné -, dans les ruines de thermes •', d'un palais '*, d'un temple ^', d'un oratoire "', soit aux abords d'une cité '', i)lus souvent dans des régions désertées que la végétation forestière a recouverte ^. Les pans de mur encore debout serviront à asseoir les constructions monastiques élevées avec les pierres qui jonchent le sol ; un sanctuaire païen restauré est peut-être devenu la première église du monastère naissant.
Les moines errant à la recherche d'un lieu désert, propice à l'établissement d'un monastère, s'arrêtent presque toujours sur les bords d'une rivière dont le nom est souvent donné à
1. Vita s. Herluulis. 7. Les parents de la sainte : « haljeliant ])arvulani ac inutilem'silvam.. . paludosam atque infnictuosis arLoribus occupatam » ^p. 610); où sélfva le monastère fondé par elle.
,'. Tels les monastères d'Annegray et de Luxeuil. Colomban a trouvé dans les déserts des Vosges un » castrum dirutum quem antiquorum traditio Anagrates nnncupa!)ant -i Mon'as, Vitac Columb., I, 6, Script, rerum meror., t. iv, p. 7-2). Luxeuil était un .<• castrum firmissimo olim... munimine cultum » (10, p. 70). Théodebert aurait offert pour résidence à Colomban et à ses djsciples l'opjiidum oliin dirutuni de Bregenz (27, p. 101).
:i. Colomban établit son monastère de Luxeuil sur les ruines d'anciens thermes (.JoNAS, Vitac Columt)., I, 10 : " Ibi aquae calidae cultu eximio constructae habeiianlur ; ilji imaginum lapidearum densilas vicina sallus densabant... ; solae ibi ferae... mulliludo luporuni frequentabat », p. 70). Dagobert II a donné au monaslére Saint-Pierre de WissemLourg des thermes construits au delà du Rhin par Anlonin et Hadrien (?) {Dipl. de 67.5, Pertz, 44, p. 41;.
4. Donat, évèque de Besançon, élève auprès de la ville un monastère • quem Palatium nuncupant ob veterum monimenta murorum .• CIonas, Vitae Columb., 1, l'i, p. 79-80).
:>. Vita .<t. Anian'li, 13: « uln fana destruebantur, .Vmandus... statim monasleria aut ecdesias construebat » (Mabillox, ^cfa.vancf. O. s. B., t. ii, \i. 684). Le monaslère de Sainl-Pierre au mont Blandin aurait été notamment édifié par lui sur les ruines d'un temple {Vita s. Bavonls, ^, Scritit. rci-inn merov., t. iv, p. 53~j.
<;. Hn Touraine, saint Sénoch " in cellulam quain ipse inter i)arietes anti(|uos composuerat se removit. collectisque monachis oratorium... n-pai-avit ■> l'OuiiooiuK Dii ToiKS, Hlst. Franc, V, 7, p. 199). Cf. Vitae jjutrum, XV. l, j). 7->l.
7. Tel le monastère élevé par Donat à Be.sançon (cf. n. 4). Lahl aye de Saint-Mathias aux portes de Trêves a été construite sur les subslruclions d'une villa romaine dont des restes ont été retrouvés sous l'église (CJuk^ier, Habitations gauloises et villas latines, p. 186). Le monastère de Sainl-litienne à Strasbourg aurait été fondé à la fin du VIP siècle dans les ruines du vieux Strasbourg (Mauillos, Ann. Bened., XV, 6-2, t. i, p. 45,'ij. A Autun, le mona.stère de Notre- Dame et Saint-Jean a été fondé sur l'emplacement d'un Brrecinihiae fanuin (ibid., VII, 65, p. 185j.
8. Tels, Annegray, Luxeuil (cf. n. 2 et .3). Au pays messin, les restes de villas romaines ont été souvent retrouvés dans des forêts (cf. Giikxier, p. 64, 103, 108, 176).
MONASTÈRES FONDÉS PRÉS DES COURS d'eAU 97
l'abbaye avant qu'elle soit connue sous le vocable d'un saint ^ . Non moins que la forêt qui fournit aux solitaires bois de construction et de chauffage, un cours d'eau qui leur apporte l'eau potable, leur permet d'établir des pêcheries et des moulins-, un port pour les barques -S leur est indispensable. Souvent même les moines s'établissent sur une bande de terre incluse entre deux cours d'eau ^. Pirminius, invité par un noble franc à choisir dans ses propriétés le site d'un monastère, élit domicile au confluent de deux rivières et y fonde le monastère d'Hornbach "'.
Quelques monastères sont établis dans une île fluviale. Saint Herbland, raconte son biographe qui à la vérité n'est pas un contemporain, a trouvé en descendant la Loire en barque une île élevée que l'inondation ne recouvrait jamais, dont une partie était couverte de bois, une autre de pâturages et dont les rives étaient très poissonneuses *^. Là fut fondé vers la fin du VII^ siècle le monastère d"lndre. Les lies du Rhin ■*, de la Saône s, ont aussi servi à l'établissement d'un monastère. Des îles du littoral deviennent aussi quelquefois l'abri d'une colonie monastique : au V'' siècle, Lérins '■' et les îles d'Hyères"', au VII« Noirmoutieri', l'île d'Yen, l'îlot de Batz, celui de Scicy sur la côte normande '-.
La rivière, la mer qui lournissent aux premiers besoins des religieux, les aideront plus tard à développer leur fortune. Outre les droits dépêche et les moulins qui se multiplieront à leur profit, les eaux qui avoisinent l'habitation des moines leur procureront pour le commerce des avantages dont, dès l'époque
1. ("orbie. Elnoiie Saiiit-Aiii.ind . Aiiisola (Saint-Calais), etc. Cf. dom I3e-;se, o)). cit.. ]). 311.
■2. Cf. \ûu^ loin. i>. 101 11. 5 et 0.
."i. Le monasiùre édifié ))ar saint Sulpice entre deux rivières f,>^t ai)|tele Saris " eo quod ibidem jiortus navigiae es.-^e videretur •- iVita s. St<lj)icii, 14, ScrijA. rcvinn nu'ror.. t. iv, j). 'Sf^Oj. Voir aussi la descri|itinn du site de Juiiiièyes (Vir (le saint Philibert. 8. éd. Poip.vrdix, p. 0).
4. Le monastère de Faremoutiers est fondé entre le (iraiid-.Mnrin et l'.Vubetin (JoNAS, Vitae Colioiib., U, ~, \). l-.'l); celui de Saiiit-Suli)iee \>vrs Hourjjres «-ntre lYèvre et l'Auron (Vita s. Sulpicii, 14, i). 380); celui de Sainl-Aiiiaiid i-nire la Scarpe et l'Elnon (M.\bii.lox, Ann. Bened., XII, 59, t. i, p. 341).