LIVRES ÉCRITS EN OR OU EN ARGENT
et d’argent ou exécutée avec une encre de simili or dont les traités techniques fournissaient la recette aux calligraphies 1. De nombreux manuscrits ont été exécutés, titres et texte courant, d’un bout à l’autre et d’une manière uniforme en lettres d’or. Quelquefois les titres sont traités autrement que le texte courant, d’une part l’or, d’autre part l’argent 2.
Ce sont les Évangiles, dits textus Evangelii ou simplement textus, qui le plus souvent ont été écrits en lettres d’or ou d’argent. Beaucoup ont péri, mais il en subsiste encore un nombre important. Ils ont été exécutés souvent pour des souverains ; mais des églises les ont presque toujours recueillis par don ou en héritage. D’autres ont été faits expressément pour les églises qui les ont longtemps conservés, mais qui ne peuvent pas toujours être identifiées 3. On peut désigner toutefois un bon nombre de monastères et d’églises cathédrales qui possédèrent des Évangiles écrits en or ou en argent. Les trésors de Saint-Riquier 4, de Saint-Wandrille 5, de Saint-Maximin
1. Voir t. III, Églises et trésors des églises, p. 187-8 et plus loin, rhap. xix. Sur l’usage de l’écriture d’or dans l’antiquité, en Irlande et dans les pays anglosaxons, cf. Wattenbach, p. 251 etsuiv. S. Berger, H. Vulg., p. 259 et suiv., passe en revue sous le titre d’école chrysographique toute la série des mss. de la Bible écrits en lettres d’or. Ce terme d’école est inexact ; les mss. à écriture d’or appartiennent à plusieurs écoles ornementales et n’en constituent pas une à part, bien que la plupart des mss. à écriture d’or soient de l’époque de Charlemagne.’
2. Dans un exemplaire pourpre des Évangiles du IX° siècle (B. Léningrad Q v I26), provenant peut-être de Corbie, le texte est en argent, les titres en or, cf. Dobiash, Hist. atelier Corbie, 36, p. 164 et Bessotde Lamothe, Principaux mss. latins de la B. lmp. de S.-Pétersbourg, 29, dans B. Ec. Chartes, 1864, p. 165. Dans les Évangiles du Sacre du Schatzkammer de Vienne, le texte est en or, les titres en argent, cf. S. Berger, H. Vulg., p. 275.
3. En dehors des Évangiles du Sacre qui furent longtemps gardés à Aix-la-Chapelle (S. Berger, p. 275) et des Évangiles de Léningrad dont l’attribution à Corbie est douteuse (n. précéd.), c’est le cas des Évangiles Hamilton, 251, en onciale d’or, datant de l’époque de Charlemagne (N. York, B. I’ierpont Morgan, cf. Lindsay, Notaelat., 469 et S. Berger, p. 259) ; du ms. de la B. de l’Arsenal, 599 (cf. S. Berger, p. 267) ; des Évangiles Harley, ms. 2788, exécutés vers 800, en onciale d’or (cf. Berger, 387) et 2797 en minuscule d’or (cf. Berger, 388), provenant de Sainte- Geneviève (cf. Eric G. Millar, Souvenir expos. Grenville Library, p. 15, PL I ; p. 17, PL VII et Guide to the exhib. mss., P. II, n° 84, p. 31). Les Évangiles de Clèves du Xe siècle (B. Berlin, theol. lat.) sont écrits aussi entièrement en or. Othon II et Théophano ont fait exécuter à Echternac.h le Codex aureus conservé au musée de Gotha.
4. Angilbert a donné un «Evangelium auro scriptum » (Chron. Centul., II, 10, p. 69), «aureis scriptis totus I» (III, 3, p. 93), conservé à la B. d’Abbeville, ms. 1; cf. A. Ledieu, Notice sur V Évangéliaire de Charlemagne, dans R. Art chrétien, 1886, p. 37 et suiv. et S. Berger, p. 267.
5. Anségise a ordonné d’exécuter les quatre Évangiles en lettres d’or sur fonds pourpre ; ceux de Matthieu, Jean et Luc furent seuls exécutés de son vivant ( Gesta abb. Fontan., 17, p. 53).