SOURCES DU SECOND STYLE TOURANGEAU
l’argent très discrètement employés dans le premier style envahissent les lettrines \ dont les lignes dans les manuscrits les plus récents de la série sont faites parfois d’étroites bandes d’or entre des filets de couleur rouge 2.
Les formes nouvelles que prend l’art ornemental tourangeau et que dans le même temps on trouve en usage dans les autres scriptoria de l’ouest 3, qu’elles aient pénétré ou non à Tours par l’intermédiaire d’une autre école, procèdent certainement de l’art antique 4, Elles répondent peut-être à la pénétration jusqu’à Tours de modèles venus du palais, avec lequel l’archichancelier Frédégise est resté en relations. La rusticité tourangelle dont se plaignait Alcuin a cédé sous Frédégise à la mode du jour et le scriptorium de Saint-Martin prend rang, parmi les ateliers qui se sont mis à la fête du mouvement artistique 5.
L’ enluminure tourangelle au temps d’Adalhard
On peut attribuer au temps d’Adalhard, le premier des abbés laïques de Saint-Martin (834-43), un nombre important de manuscrits illustrés, dont la série commence avec la Bible dite de Rorigon.
Celle-ci a été donnée par le comte Rorigon 6, au monastère de Saint-Maur-sur-Loire que ce personnage, mort en 842, avait restauré en 830. Le don en fut fait avant 843, car cette Bible servit à confirmer une donation recueillie en cette année 7, soit peut-être en 838, à l’occasion de la dédicace de l’église du monastère construite par Rorigon, soit à l’occasion de l’entrée de son fils Gauzlin le Ier mars 839 dans le cloitre en qualité d’oblat 8. La Bible a dû être exécutée à Tours peu de temps avant l’offrande qui en fut faite aux moines de Saint-Maur, c’est-à-dire dans les premiers temps de l’abbatiat d’Adalhard. Derrière cette Bible, on peut grouper 9 une série de