B. N. lat. 1152, cf. Morey, p
5. Parmi les objets soustraits par Eudes au trésor de S. Denis (cf. notre t. III, Les églises et trésors des églises, p. 160) figure un « Evangelium auro et gemmis optime paratum et intus auro scriptum », qui est très probablement le « Codex aureus ». Il a été sans doute donné par Eudes à Arnoul, qui en fit présent'aux moines de S. Emmeran. (cf. Hist. s. Emmerani, auctore Arnaldo , I, 5, SS, IV, 551). Mention est faite du « codex aureus » à propos du prétendu transfert du corps de saint. Denis à S. Emmeran relaté dans la Translatio écrite au XIe siècle. Cf. Morey, p. 62.
6. Liuthard a écrit les 48 premiers feuillets du «Codex aureus», comme le montre la comparaison de l’écriture de ces folios avec celle du psautier de Charles le Chauve, que Liuthard au f° 172 de ce ms. déclare avoir écrit jusqu’à la fin (hic calarnus facto Liuthardi fine quievit). A partir du 49e feuillet apparaît une autre main, celle de Bérenger. Cf. Morey, p. 62.
ÉCOLE ÉCLECTIQUE DE SAINT-DENIS
marquent suffisamment que le manuscrit a été exécuté à Saint-Denis 1, là même où on le trouve tout d’abord.
Le Sacramentaire de Nonantola, dont l'ornementation ressemble à celle du « Codex aureus » et du Psautier de Charles le Chauve, présente aussi des caractères liturgiques qui désignent Saint-Denis comme lieu d’origine. En outre, une inscription marque que ce livre a été donné aux moines de Nonantola par Jean, évêque d’Arezzo. Celui-ci avait été envoyé en 876 comme légat du pape auprès de Charles le Chauve et fut reçu à Saint-Denis. Le roi lui fit sans doute à cette occasion présent de ces Évangiles, que l'évêque rapporta en Italie et qu’il offrit au monastère de Nonantola 2.
Le Sacramentaire qui provient, semble-t-il, de l’église de Metz 3 présente aussi les mêmes caractères ornementaux. On a conjecturé qu’il aurait été exécuté pour l’église de Metz à Saint-Denis, afin de commémorer le couronnement à Metz, en 869, de Charles le Chauve comme roi de Lorraine, cérémonie figurée peut-être par la miniature qui représente un souverain nimbé, sur la tête duquel la main de Dieu pose une couronne, avec à ses côtés deux évêques, également nimbés, dont l’un serait saint Arnoul et l’autre saint Remi 4. Le livre de prières
1. Leidinger fop.cit.) attribue le ms.au scriptorium de Corbie, eu raison de l’inscription qu’il porte en tironiennes « Sancte Petre, intercède pro nobis ad Dominum » (cf. Traube, Vorles., III, 289) ; mais l’exécution du ms. à Corbie est rendue très improbable par la copie faite dans ce manuscrit des canons des Évangiles de Soissons.Hilduin,abbé de Saint-Médard, ayant occupé la charge de «bibliothecarius » de Charles le Chauve, on conçoit mieux que ces Évangiles aient été mis par lui en 870 à la disposition de scribes travaillant pour le roi à cette date à S. Denis. Cf. Morey, p. 63.
2. B. N. lat. 2292, cf. Friend, Two ms s., p. 59. Il montre dans les pl. 3 et 4 l’identité du décor en feuilles d’acanthe dans les encadrements des f° 7 du ms. 1141 et f° 8 du ms. 2292.
3. B. N. 1141. Ce sacramentaire dont il ne subsiste qu’un certain nombre de feuillets est, suivant Delisle (Ane. sacram., 33, p. 146) et Leroquais (Les sacram., 13, I, 35), d’une origine indéterminée. Le comte de Bastard (Peint, et ornent, des mss., pl. 196-8) croyait savoir que ce ms. avait appartenu jusqu’à la fin du XVIIe siècle à l’église de Metz et en fait il provient de la collection Colbert. M. Friend (Two mss. of the school of S. Denis, dans Spéculum 1, 1926, p. 59 et suiv.) et Morey ( Lecture notes, p. 66) n’hésitent pas à lui donner le nom de sacr amentaire de Metz.
4. Voir Friend, Two mss., fig. 1. Suivant M. Friend (p. 65 et suiv.), l’exécution de ce sacramentaire aurait .été commencée à Saint-Denis, au lendemain du couronnement de Metz. Le prince dont la tête est auréolée d’un nimbe ne peut être Charles lui-même ; il s’agirait de son ancêtre Clovis ; des deux archevêques, l’un en la personne de saint Remi symboliserait l’archevêque de Reims, Hincmar, principal artisan du sacre de Metz, l’autre, saint Arnoul, ancêtre du roi, figurerait à la fois Adventius évêque de Metz, autre acteur en la cérémonie et le siège métropolitain de Trêves alors vacant auquel Hincmar fait allusion. La cité de Metz ayant échappé à Charles en 870, l’exécution du manuscrit aurait été arrêtée ; le livre n’aurait jamais compris que les 10 folios qui subsistent ; la bande prête sous la miniature à en recevoir la légende serait restée vide (p. 69). Voir la critique de cette interprétation par
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de Charles le Chauve, apparenté par l’écriture comme par l’ornementation avec le Psautier exécuté par Liuthard, proviendrait aussi de l’atelier de Saint-Denis h II en serait de même de la Bible de Saint-Paul, écrite par le scribe Ingobert et dont les images sont librement copiées sur celles de la Bible de Vivien. Comme tant d’autres productions du scriptorium dionysien, elle subit directement l’influence de l’école de Tours 2.
Au même groupe de manuscrits appartiennent encore les Évangiles de Noailles 3, ceux de Sainte Aure 4, ceux de Colbert 5, où apparaît le style éclectique qu’influencent à la fois l’école de Reims et l’école de Tours 6. Il est permis deconjec-
M. Schramm, p. 476-7. M. Friend croit reconnaître en outre dans la scène de la Crucifixion (profil du soleil et de la lune et quatuor d’anges) l’influence de la lettre du pseudo Denys à Polycarpe sur l’éclipse qui accompagne la mort du Sauveur et du traité de la Hiérarchie célesre, traduits par Jean Scot à Saint- Denis. M. Schramm (N. Arc-hiv., XLVII, 579) observe que l’argument tiré de la dérogation à l’usage iconographique par la place donnée au soleil et à la lune, dérogation qui serait due à la traduction faite à S. Denis, du pseudoaréopagite par Jean Erigène en 858, ne vaut plus depuis que le P. Théry a signalé la traduction faite antérieurement par Hilduin dès aqant 840.
r. Munich Schatzkammer ; cf. Morey, loc. cit.
2. Trésor de l’église S. Paul hors les murs ; Morey, loc. cit. La Bible de Vivien ayant été exécutée vers 845, la Bible de Saint- Paul, qui est nécessairement d’exécution postérieure, date soit de la fin du règne de Charles le Chauve, soit de celui de Charles le Gros. M. Schramm (Kaiserbilder, 478-9) tient avec Traube (Poetae lut., III, 242) qu’il s’agit de ce dernier, car la reine que le poète ne nomme pas, n’a pas encore d’enfant « qua insignis proies in regnum rite paretur » ; or, observe M. Schramm, Charles le Chauve a eu son premier né bien avant l’exécution de la Bible de Vivien, tandis que Charles le Gros n’a pas eu d’enfants. Il croit pouvoir restituer dans le monogramme avec le nom de Charles celui de Richardis, femme de Charles le Gros. Ces arguments ne sont pas convaincants. Il est dit de la reine qu’on attend d’elle une progéniture royale. L’expression de cet espoir ne peut être à l’adresse d’une reine depuis longtemps stérile et s’il s’agissait de la femme de Charles le Gros, qui ne lui a pas donné d’enfant, le poème ne pourrait dater que des premiers temps du mariage contracté par lui en 862. Mais ce vœu paraît convenir bien plutôt à l’une des épouses de Charles le Chauve. Lorsqu’en août 866 il fait sacrer à S. Médard de Soissons la reine Irmentrude, les évêques rappellent les fils qu’elle a déjà donnés au roi, fils dont l’un est mort déjà, un autre s’est montré infidèle (voir plus haut, n. 209-10) ; aussi ils prient Dieu « ut talem sobolem de ilia dignetur donare unde... regnum necessariam defensionem... possit habere » (Coron. Hermintr., Capit., II, 454). Ermenthrude étant morte le 5 octobre 869, sans avoir donné au roi un nouvel héritier Charles s’empressa d’épouser Richilde (Ann. Bertin., p. 107-8). C’est à la nouvelle, reine que s’adresse sans doute, sous la plume du poète, cette seconde édition du vœu formulé déjà à Soissons trois ans plus tôt. Le nom de Richildis peut aussi bien se lire dans le monogramme que celui de Richardis.